L’errance du vent

Et les creux et les plis, tout ça parti d’un coup. 

Si les phrases se sont défaites comme du bois dans la terre noire, il est resté à la surface un long morceau d’écorce en forme de piano. Des chevaux et une aube aussi. C’est sans parler de la musique.

Je continuerai de guetter le retour du vent. En attendant, dans un pays que j’aime, la terre a beaucoup trop tremblé.

Photo : JAMAIS LOIN DANS LA DISTANCE * Avant-hier – Montréal

Samares

J’en ai vu d’autres, me dit-elle. C’est la même chanson, du moins les mêmes notes. 

la pluie s’amène sur l’asphalte et ne prend ni ne retient rien
c’est la musique pour la musique, le noir pour le noir –
et le long du trottoir les samares qui s’entassent

et dans la même immensité, ce refrain de chair à pâté, de rivières
détournées, de seins floués du monde – et toujours la même cour d’école

puis septembre

Photo : CHALEUR & VILLE * Hier – Montréal

Le vent et l’eau

reste, qu’elle dit, ne pars pas, pour moi aussi il faut l’effort je m’ennuie d’un monde à reflet, d’un monde réflexion, de ces âmes plus près de la mienne et ces yeux plongés pour le vrai fais comme le vent et la rivière

nos îles seront ce qu’elles seront
et nos rêves iront où ils vont

pour que l’image du néant y fasse naître l’angoisse, il a suffi de l’aborder au creux d’une nuit déjà longue – naturellement à l’aube, pour les cous en nage et les peaux engourdies, est venu le désir d’oubli
y a rien vraiment qui trop n’y fait, on se desservira encore – la bêtise trouvera ses saisons

Photo : J’ATTENDAIS ANNE SUR UN PALIER * Septembre 2023 – Montréal



Il y a entre la pensée contradictoire et libre et une philosophie systématique la différence qui existe entre l’ivresse et l’ivrognerie. Pierre Reverdy

Les feutres

Autant de choses vagues se mêlent à mon café. Des ronces longent l’ardoise, cherchant la brèche dans l’abîme. Autant de gestes maladroits pour tant de noirceurs et de fleuves.

Le temps ne cède rien, pareil pour la rivière. C’est encore nos terres battues et des poussières dans l’éther. Le fort et le fragile d’un même grand cheval blanc.

Je m’avancerai près du piano à la tombée de l’aube. Mais ce sera un rêve. Couverte de griffures et articulée de travers, je me glisserai entre les feutres pour faire trembler le bois.

Et plus tard la cigale chantera l’été de septembre.

Photo : T’AS CHAUD, TOI ?  * Hier – Montréal

Demain septembre

Un pétale et un bout de papier. Mais l’histoire aussi a jauni.
Et l’été encore m’aura prise comme il fait pour les roses.

Au plus haut de l’érable, les feuilles sont orangées.
On n’y échappe pas – l’automne arrivera trop vite.
Toujours à temps, me dit la vieille.

Mon café reste bon.

pas une fois dans ma vie, je n’ai voulu avoir
raison – de dire l’instant m’a suffi
mais toutes ces fois où on m’aura dit de me taire – 
chaque fois était une fois de trop

La poésie louvoie, ne cherchant qu’à rendre
à la lune la beauté qu’on lui doit.

Il n’y a pas si longtemps, sur un matin comme aujourd’hui,
je serais partie vers le fleuve pour y voir les yeux de Gaby.

Photo : DU DORÉ SUR DU BLEU * Août 2023 – Montréal

Sièges

La fissure était claire et
les mains suffisaient –
les vides se disaient jusqu’à
même les peines.

Mais le sang qui surit
se charge d’autant d’hésitation.

Par chance le ciel entre les feuilles
et les corps qui s’entêtent. 
Et la terre qui nous tient malgré
nos portails assiégés.

Photo : LE MOUVEMENT * Août 2023 – Montréal

Me dis-je vous

je me t’es vue dans le miroir
plus vieille que la fois d’avant
et fort heureusement j’apprends
à te moquer de moi
et de mes facéties et de tes inepties
des culbutes que j’me dis
de clown tu renchéris

la cour se meurt tranquillement
et fonce on dirait vers l’automne
mais je me retiens de l’écrire
de peur de tes comparaisons
et de mes grandes métaphores
à m’envoyer mourir dehors

c’est à toi que je parle ma tête
que j’aimerais pourtant voir se taire

et tu m’en veux d’être aussi bête?
oui je t’en veux nous dis-je tu
mais bête qui ne l’est pas dis-nous
qui ne l’est pas?

Photo : PLAISIR DE SAISON * Hier – Montréal 2023

Le trou

tout avait refroidi à une vitesse
folle et l’eau était
gelée jusqu’à la rive

on a fait un trou dans
la glace et glissé nos deux pieds

ah c’est mieux, qu’on s’est dit
le vent ne tire jamais grand-chose
de nos ventres durcis

ne restait qu’à
bercer le sang et mesurer
le temps

Photo : UN RUISSEAU SI ON VEUT * Avant-hier – Montréal 2023

Plus qu’hier

je suis là et le jour
et le trottoir qui sèche
nos îles
et tout le suspendu
elle qui me l’a dit le savait
les tourments les désirs
ceux-là qu’on efface à mesure
pour y gagner du temps
la terre impitoyablement
ça me va déjà plus qu’hier

Photo : CIEL NUAGEUX * Août 2023 – Montréal

De certains silences

Et l’ombre qui prend le détour et les branches de front. Il y aura encore de la neige et des mains en repli. Des roulants de tempêtes et des désirs pesants. 

La muette s’est exilée, c’est elle qu’on porte disparue. Depuis la même incertitude, elle racontait la vieille histoire d’un père qui ne disait rien du lourd ni du lointain et qui marchait la bouche ouverte malgré la poussière plein les dents. Contre les marées et les vents, les amours et les peines.

Le tapage est tenace, les paupières glissantes. Il tombe des heures de désert, des milliers d’heures de silence.

Photo : CUIRASSE * Août 2023 – Montréal

No more posts.