Réponse à un paresseux

Le jeu d’écriture de l’Agenda ironique proposait ce mois-ci d’écrire un conte ou une parodie de conte. Voici donc ma participation… qui fut d’abord involontaire puisqu’il s’agit en réalité d’une réponse envoyée à carnetsparesseux pour décliner, en m’amusant un peu, l’invitation qu’il venait de me faire en ces mots : « … un petit conte de fée d’ici vendredi, ça ne vous tente pas? ».

Et voilà que je découvre ce matin que jobougon, qui héberge l’édition du mois de l’Agenda ironique, a eu vent de ma réponse au paresseux, m’a incluse dans la liste à mon insu, et a même déjà donné un titre à mon « conte »… alors, en vous remerciant de votre enthousiasme, chers amants des mots, je me joins « officiellement » aux conteurs du mois d’août.

Il me faut quand même vous avouer que je m’inscris surtout parce que je viens de lire que le gagnant ou la gagnante aura droit à un tour de citrouille…

FÉE DÉAMBULE

Ah la la… non, mais… mais… y a quoi derrière cette porte? Pas une autre fée!?… C’est que j’en ai vu des fées, moi, dans les derniers mois… des fées à lunettes, des fées à corvette… j’ai même vu des fées à déambulateur… bon, c’est vrai, je n’ai pas encore vu de fée à grenouille, ni de fée à citrouille.. … peut-être que je n’ai pas regardé au bon endroit, vous dites? … ah ça va, ça va, j’ai compris, je vais aller voir puisque vous me le demandez si gentiment… bon, ma loupe, mon appareil photo, mon magnéto au cas où il s’agirait d’une fée chanteuse… pas question surtout que je me rende là sans m’être bien préparée… après tout, j’aurai des petites oreilles à remplir moi… elles sont parties pour un temps mais elles reviendront bien un jour, n’est-ce pas?… et c’est qu’elles sont gourmandes ces petites oreilles, et elles m’aiment bien sucrée dans mes histoires, bien drôle, et effrayante à souhait… alors, tant qu’à y aller, je vais m’équiper intelligemment… pour m’assurer de rassembler toutes les preuves d’une éventuelle rencontre avec une citrou… Mais, qu’est-ce que c’est que ça? Non… pas déjà… une grenouille et une citrouille?… une à côté de l’autre, aussi vite que ça dans l’histoire?… c’est à croire qu’on les a placées là spécialement pour moi… mmm, est-ce que quelqu’un essaierait d’me jouer un tour?… est-ce qu’on me prendrait par hasard pour une raconteuse d’histoires? C’est que j’en ai raconté moi des histoires de fées et de monstres dans les derniers mois… j’pensais que j’en avais vu la fin pour un moment… mais il semble bien que non… ce paresseux aussi… qui m’fait de l’œil… ok, l’appareil photo, clic… mais… mais voilà que la citrouille me parle maintenant !… quoi? je vous entends mal..  Ah, vous voulez que j’vous suive… c’est bon, allez-y, roulez, moi je me tiendrai derrière… vous voulez que j’attrape la grenouille pour qu’elle vienne avec nous? Elle a mal aux dents, vous dites? Ah, bon.. Allez hop! Viens-t‘en la grenouille, mais tiens-toi tranquille, t’es un peu gluante et j’pourrais changer d’idée… et toi, tu ferais mieux de rouler la citrouille, et vite qu’on en finisse… oh! oh! manquait plus que ça maintenant… un sentier? Un arbre avec des pommes dorées? Une porte rose barrée à clé? Non mais vous m’prenez pour qui à la fin? Une raconteuse d’histoires? Je vous l’ai dit, j’ai besoin d’un p’tit repos… j’y reviendrai de toute manière à ces contes de fées, quand les oreilles gourmandes ressoudront, d’autant qu’elles seront peut-être affamées… en attendant, heureuse d’avoir fait ta connaissance citrouille, et toi aussi vadrouille, euh j’veux dire grenouille… et à la revoyure… je retourne dans mon monde… qui restera sans doute exempt de fées pour un petit moment… et de monstres aussi, c’est un peu dommage quand même… mais bon, tout ça pour dire, cher carnets, que je n’ai pas le temps, ah ah, pour les contes de fées… snif, snif… mais merci quand même pour l’invitation!

La fabuleuse réalité

Impostures et illusions passent pour d’incontestables vérités,
tandis que la réalité est fabuleuse. H. D. Thoreau

j’insiste, lui dit-elle
je vous peindrai sans visage
on y verra celui qu’on veut
dépend de l’âme qui regarde
c’est qu’il faut bien se vivre
et s’imaginer là où il fait bon se voir
on est dimanche aujourd’hui
le temps est clair, le vent est doux
et votre coeur qui bat toujours
c’est déjà bien extraordinaire
alors laissez-moi faire
je vous peindrai sans visage
on ne s’y voit souvent que mieux
et plus tard
nous irons marcher dans les arbres

CE QUI NOUS LIE

CE QUI NOUS LIE

Cake d’âme

y a des jours où vraiment
j’ai du mal à me cuire
je vadrouille, je contourne
j’avance et je recule
puis vient enfin le temps
où je lâche le morceau
c’est que j’veux qu’il soit beau
mais surtout qu’il soit bon
bon et tendre à souhait
tendre, oui
comme un bon gros gâteau
qu’on sortirait du four
au fait, j’y pense
mon nom, c’est…
aaaah voilà, tout s’éclaire maintenant…

LE TRÈS PRÉCIEUX BISCUIT

LE TRÈS PRÉCIEUX BISCUIT

Autoportrait sur coup de balai

les bouts d’papier collés
sur les roches du jardin
pour la belle aventure
qu’on s’était inventée

lui balaie la terrasse
et à travers les feuilles
des petites choses d’elle
un ballon dessoufflé
un bracelet oublié
les belles tempêtes d’amour
ça laisse toujours des traces
mais il faut bien au moins
balayer la terrasse

BLEU ET ROSE, SUR LA VIE QUI CONTINUE  Hier, sur une belle vitre sale, tout près d'la voie ferrée, en rentrant d'une longue marche

BLEU ET ROSE, SUR LA VIE QUI CONTINUE
Hier, sur une belle vitre sale, tout près d’la voie ferrée, en rentrant d’une longue marche

Nos grands battements d’ailes

c’t’idée aussi qu’il y ait la vie des autres
celles-là de vies qui m’éclaboussent
à faire presque exploser mon coeur
après cinq ans collés
et deux mois collés collés
hier, mes amours décollaient
s’en allant loin
et pour un long long temps
et plus tard hier en marchant
j’ai vu un gros nuage blanc
un blanc éclatant de lumière
vu le soleil qui descendait
bon bonheur mes amours
j’vous attendrai le coeur volant
parce qu’il faut bien qu’il vole le coeur
plus haut, toujours plus haut

LA DERNIÈRE BOÎTE -  Hier matin… à Montréal

LA DERNIÈRE BOÎTE – Hier matin… à Montréal

Pianissimo-canicule

hier
j’ai fait queq’z’heures avec gaby
sur un gros bateau
sur l’eau, le fleuve, le beau fleuve
et plein d’autres beaux vieux
amochés
une sortie organisée
des vieux qui relativisent
beaux j’vous dis
pis j’suis revenue par st-laurent
j’l’ai montée comme on monte un fleuve
pour toute la beauté du monde
on aurait dit quarante à l’ombre
mais j’aime la chaleur
la grande
ç’aurait pu être une photo d’eux
tous autant qu’ils étaient
eux, les vieux
mais j’trip sur cet autoportrait
dans la vitrine d’une galerie d’art
j’ai marché lentement depuis l’port
c’était bon, j’étais bien
toute la journée depuis l’matin

AUTOPORTRAIT DE CANICULE - Devant la galerie du  Viaduc À travers la vitre, on distingue des fragments d'une oeuvre de Pierre Lamarche

AUTOPORTRAIT DE CANICULE – Devant la galerie du Viaduc
À travers la vitre, on distingue des fragments d’une oeuvre de Pierre Lamarche

T’as bien fait de venir

je passe mai dehors, les pieds dans le jardin
c’est à peine si j’en sors jusqu’à la mi-juin
en juillet je l’arrose quand il a besoin d’eau
si jamais tu venais…

y a ta joie et tes rires
et ta peine et tes larmes
comme un vent au matin sur la mer
et l’amour qui s’invente au tournant des rivières

ta joie et tes rires
et ta peine et tes larmes
comme une ligne de soleil sur un champ
et des feux de silence sur un grand ciel d’aurore

t’as bien fait de venir
et quand tu reviendras
je serai là encore

AU FIL DES CHOSES

AU FIL DES CHOSES

Tellement (la pleureuse)

… tellement la rivière a gelé
tellement sa rive s’est érodée
comme ce souvenir de toi
qui s’en va un peu malgré moi

j’oublie la forme de tes doigts
le son reposant de ta voix
tes grands yeux accrochés à moi
tellement que je n’voyais que toi…

Si cette chanson me tient à coeur, c’est beaucoup parce que j’y sens et j’y entends mes racines québécoises. Elle n’a mis que quelques heures à venir au monde, et c’était il y a quelques années déjà. En la composant, j’ai eu l’impression qu’elle existait depuis longtemps, quelque part dans l’univers.

Je vous l’offre aujourd’hui, aussi inachevée soit-elle, en la dédiant à mon père, qui est parti beaucoup trop jeune, un 24 juillet, il y a de cela vingt-cinq ans… Pour toi, papa.

UNE TOMATE POUR DÉJEUNER

Il s’éveilla reposé. La chambre était plongée dans le noir, sauf pour un filet de lumière qui traversait le plancher depuis la fente du rideau.

Il sauta dans la douche et finit avec un bon coup d’eau froide, content de pouvoir jouir d’un jet fort et vivifiant. Il s’habilla vite et fonça dehors. L’air chaud sur sa peau et la hauteur du soleil lui firent comprendre que le matin était déjà avancé. Ne voyant personne autour, il fit quelques pas sur l’allée d’ardoise, cueillit le premier gros fruit rouge qui s’offrait à lui, et le mangea avec bonheur en laissant son regard errer au hasard.

Le lieu était plus charmant qu’il ne l’avait cru la veille. Dans la lumière du jour, les murs de la chapelle délabrée prenaient une allure poétique. Deux arbres énormes se penchaient sur la moitié de la cour, comme pour la protéger. Quant au potager, savamment clairsemé de fleurs sauvages et d’herbes hautes, il semblait parfaitement exposé. On sentait partout la présence d’une main aimante.

Il arriva tranquillement au bout du bâtiment, où le terrain montait en pente. Une barrière était entrouverte, comme une invitation. Il la franchit et grimpa sans réfléchir. Enlacées dans un hamac tendu entre deux arbres, il reconnut la serveuse et la fillette du bistro. Les deux semblaient dormir paisiblement. Il sentit sa poitrine se serrer et, retenant son souffle, il recula d’un pas et s’enfuit comme un voleur.

Il retourna à sa chambre et s’étendit sur le lit. Au bout d’un moment, il alluma son cellulaire et vit qu’on lui avait laissé plusieurs messages. Il allait les prendre, mais se ravisa. Il attendrait quelques heures encore avant de réintégrer sa vie.

LA BUTTE

LA BUTTE

Juillet sur un dimanche

il a plu cette nuit
de longs longs filets
qui tombaient en musique
entre les grondements de l’orage

ainsi par deux éveils
au coeur de la noirceur
j’ai pu tendre l’oreille
comme aux vagues de la mer
et au grand coulant des rivières

et là, ce matin
un filet de soleil frappe la maison d’en face
et dessine de l’espoir sur le trottoir mouillé
le ciel se dégage on dirait

j’ai moins l’cœur à vouloir que je l’ai à donner
le temps m’ayant fait voir que j’ai raison d’aimer

AU BOUT DE LA RUELLE - Hier, Mile-End, Montréal

AU BOUT DE LA RUELLE – Hier, Mile-End, Montréal

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