Il va sans dire qu’à mes yeux,
le plus beau du beau appartient encore au naturel.
À ce merveilleux mystère qui crée l’insurpassable.
Du bruit du vent dans les feuilles, jusqu’au lointain de la mer.
Mais quand même.
Par ces visions qu’on exauce pour essayer de l’imiter,
il nous arrive parfois de mettre au monde de bien belles choses.
Tant d’humeur tranquille
D’instants et de rivières
Y avait des passages sinueux à travers rochers et rapides,
où j’ai pu m’accrocher un peu à quelques solides racines.
Une jolie affiche peinte à la main.
Comme un sourire.
Pour faire jaillir quelque tendresse.
Quelle que soit la rivière du moment,
au gré des jours et de mes marches quotidiennes
mon âme se nourrit de beauté.
De celle qui adoucit un peu le passage obligé du temps.
Comme ces petites choses qui existent
parce que quelqu’un a pris la peine de faire qu’un court instant soit beau.
Les nourritures digestes
J’ai toujours été une créature mal foutue, Mr Bones, un homme criblé
de contradictions et d’incohérences, le jouet d’élans trop multiples.
D’un côté, le coeur pur, la bonté (…). De l’autre, un braque mal embouché (…).
Et le poète? Tombé quelque part entre les deux, je suppose,
dans l’intervalle entre le meilleur et le pire de moi.
Extrait du roman Tombouctou, Paul Auster, 1999, chez Actes Sud.
Je n’aurais jamais avant utilisé le mot naïve
pour parler de ma personne.
Mais voilà que certains évènements récents
m’ont poussée à regarder les choses sous cet angle.
Au final, je me suis demandé
s’il y avait une différence entre le fait d’être naïf
et celui de ne pas user de son temps à l’élaboration de stratégies défensives.
La réponse n’est pas venue, et je ne la cherche plus.
Car quel que soit l’angle que je choisis pour aborder la question,
et quelle qu’en soit l’issue véritable au regard du tout,
la sollicitude dont j’use est encore l’une des choses que je digère le mieux.
Matière à vouloir
Je crois bien sûr absolument
que vouloir donner un sens à sa vie est une matière noble.
Mais je sais aussi que vouloir peut être un habile voleur,
capable de me piquer l’instant et tout ce qu’il m’offre.
C’est sous cette lumière que je propose
que si vouloir autre chose relève parfois du petit larcin hasardeux,
persister à vouloir ce qui est inutile pour l’âme
relève souvent de la pure escroquerie.
Valeurs d’angle
La ville peut m’être incroyablement belle.
Comme dans ces rues étroites et si infiniment droites,
quand le soleil se couche en dessinant du merveilleux.
Ou comme tôt hier matin, du haut de la montagne.
Montagne, montagne, où serais-je sans toi?
Le calme de l’eau
Je l’ai trouvé beau cet homme.
J’ignore comment il se sentait,
et à quoi il pensait,
mais il était beau.
Il avançait tranquillement en s’aidant de sa canne.
Je sais que cette lenteur y était pour beaucoup
dans l’impression de beauté qui m’a frappée.
Un jeune en vélo a ralenti derrière lui,
le temps de s’assurer, sans doute, qu’il ne l’effraierait pas.
Le chemin est étroit autour du lac.
La fille en rouge
Émersion
Elle a surgi dans les derniers jours. Et voilà qu’elle me parle de moi, de ces boucliers que j’ai forgés au fil des ans et que la candeur m’empêche parfois d’élever à temps. C’est qu’il en faut bien quelques-uns dans ce bas monde.
Quand elle m’en aura dit assez ma peine, elle baissera la voix. Mais elle restera là, pas trop loin, à portée d’âme. Et grand bien m’en fasse. Car il me semble que sans elle, qui veille comme elle peut au grain de ma vie, sans elle, je n’aurais pas de coeur.
De béton et d’âmes

Malgré son immense folie, j’aime cette faune humaine et bétonnière.
Cet essoufflement des âmes vers l’inconnu.
Et c’est souvent quand je marche, mon p’tit canon à la main,
que cette effervescence prend un sens pour moi.
Pouvoir la regarder de l’extérieur, la voir sans trop être vue.
Et tout ça sur fond d’arbres, quel luxe quand même.
Juillet est presque là.
Il fait trop gris encore. Et trop froid pour parler d’été.
Mais Montréal, elle, est toujours aussi tranquille.











