Sa fleur est belle pourtant, mais le rosier d’Aberdeen avait grand besoin d’eau.
Je me suis levée ce matin sans trop savoir combien il me reste de soeurs. Je sais seulement qu’il en manque une, qu’elle a quitté l’histoire quelque part sur un coup du temps, entre les larmes et la tendresse.
Et puis le même bruit est monté de la cave. Mais je n’y descends plus. Avec toute la bêtise déjà qui vient salir les pans de l’aube, le rez-de-chaussée me suffit. Son long corridor par exemple. Avec les mêmes toiles, les mêmes photos, les mêmes visages de ma vie. Les mêmes bijoux aussi, accrochés là comme des pièces de musée. Et la minuscule cuisine, d’où je vois le jardin en faisant mon café. Et enfin cette chambre, où je dors et j’écris. D’où j’observe la rue, entre les mots et les silences. Comme là le vent qui souffle dans les feuilles. Et le gars à vélo, qui roule paisiblement. Ce sera une journée différente et pareille à bien d’autres. À moins que tout ne glisse.
Ce même bruit encore. Mais je ne descendrai que si je suis certaine que c’est un coeur qui bat.
Photo : LE VISAGE DU MONSTRE * Rivière du Nord – Juin 2023
Y a même pas un seul quai de gare. Seulement de longs retours de vent avec des nuits qui tombent. C’est dire ce à quoi on s’expose quand le matin s’avance. Un cahier gris aussi sur la table de chevet. À côté d’un crayon de bois. Assez pour que nos finitudes se mettent à ressembler à de grands oiseaux atlantiques. Et au jour qui revient sans mémoire d’hier. Suivant la trace de ce qui meurt pour nous pousser à vivre.
quand bien même ma tête m’invente mille histoires et que mes certitudes ne font jamais longue route, je jure mes grands dieux que depuis quelques jours, le soleil s’y est mis et le vent, mon amour
Regarde Rose à sa fenêtre. C’est l’espace qui lui manque. Elle a tout, sauf de l’espace.
Maintenant, vas-y. Prends l’autoroute. Aussi longtemps que t’iras vers l’ouest, tu devrais pas frapper de neige. Après, si jamais on t’arrête dans quelque coin perdu, t’auras qu’à plaider le désir de fuir ceux qui tirent les pigeons.
Quand même la pluie qui diminue. Depuis deux jours, le temps est beau comme la lenteur.
Photo : POUR L’AMOUR DES PISSENLITS * Avant-hier … (et mai qui s’achève…)