La sidération

Depuis l’étreinte du matin, à peine le bruit d’une feuille qui se détacherait de l’arbre mais le même piano.

Gaby qui n’y arrivait plus – évidemment c’était un rêve.

Le poème sans rien y vouloir que de m’y trouver vive.

Longtemps ce qui s’y fait de nous. De chercher ensuite à demeure la mémoire de l’aube.

Photo :  LA BELLE – Montréal – Janvier 2024

L’esquive II

La neige et un certain silence.
Au milieu de la rue, un vieil homme lambine.
La vie qui glisse ou le désir.
Et le noir et la chaise, et le mur qui se vide.

Les mains posées sur le piano,
elle se demande encore
d’entre l’automne et le printemps.
Et d’y esquiver le mondain
pour se coller contre les heures. 

C’est vrai pour le désert
et le long poème dans les brumes.
Et pour les feuilles qui s’accrochent
dans le froid de l’hiver.

Photo : AINSI * Montréal – Janvier 2024

Matin glacé

tu me disloques
que mes mains dansent libres –

déjà l’eau et le ciel
et le vent brûlant de janvier

et tous ces bateaux pris d’entre nos mers gelées

j’aurai fait avec quelques lignes
de ton encre belle

Photo : RUE BERNARD * Montréal – Janvier 2024

Des cascades d’oiseaux

Me sont revenus de la nuit quelques rêves flottants. Le trottoir est sans neige, mais les feuilles se défont. Au moment du cri à la table, chacun enlaçait son oiseau. Ne dis rien, que j’entends, en pensant qu’on se doit – la terre veille en substance, tout finit par se dire.

La preuve s’est dérobée mais l’oiseau est resté, il chante les louanges des rives alentour. On s’endort près de la blancheur. En dépit d’autres artifices, le fleuve continue de couler. 

Photo : OÙ PASSE L’EAU * Sur la 15 – Décembre 2023

Ragtime

Les ennemis ont senti le chien et tiré devant nous.

Laisse-moi me perdre, lui dit-elle.
Laisse-moi chanter entre les notes, où d’autres temps se cachent.

Assis là en silence, quelqu’un reprend à boire.
Tout ce murmure encore d’entre les âmes vives.

On a mis la pierre de l’émoi sur l’échafaud des jours.
La mélodie est faible et on ne s’entend plus.

Photo – QUELQUE PART ENCORE, MA VILLE – Montréal *  Décembre 2023

Les ombres

et janvier qui s’en vient avec
ses ombres bleues

t’avais raison pour les oiseaux
j’ai souvent aimé les plus noirs –
comme les poèmes les plus tendres
d’armures et de berceaux

t’en fais pas ma dérive, je nous garde
une chambre – et pour l’obscurité, une rivière
à se prendre

l’asphalte reste noir au battant des matins
faudra de la neige pour les ombres

Photo : QUELQUE PART, MA VILLE * Montréal – Décembre 2023

Petites certitudes

Et tout à l’heure
pour moins de temps.
Au moins j’aurai vu ton visage
et d’autres aussi.
Sur nos bleus d’évidence.
Et dans ces bleus, le fond
du jour et la même folie de
tendresse.

Photo : UN JOUR C’EST TOUT * Montréal – Décembre 2023

La tête ailleurs

D’y être presque. C’est la même mécanique
tant l’oubli a la mémoire longue.
Le même début d’histoire.
Le coup de la salive où l’on retient la note,
la prière cornée pour y arriver seule.
La seiche fait pareil.
On met le temps qu’il faut, dit-elle.

Et là, le même ciel.
Les rares feuilles qui résistent.
Et la blanche tombante. Si pleine d’eau
qu’elle ne fait que noircir l’asphalte.
Ça reste une histoire d’artères,
tant de ville que de corps.
Quand tu m’as lancé la bêtise,
c’est tout mon temps qui l’a reçue.
J’avais la tête ailleurs.
Et une petite mort à me faire.
Ne restait qu’à le vivre.

Photo : HIER RUE SAINT-VIATEUR * Montréal – Décembre 2023

Les manques ordinaires

Il pleut dehors et tout ça nous ressemble.
Le monde comme une fourmilière
mais sans mémoire qui vaille
de la ligne des fleuves et l’entrée des matins.

Avant le temps des muselières, ce qu’elle
aurait chanté peut-être.

Je grelotte, que veux-tu, et pas parce que l’hiver.
Quelque chose de nos manques devenus ordinaires.

Photo : LES TURQUOISES DE NOS ÂMES * Montréal – Décembre 2023

Confundere (mêler en versant)

Petites rues, petits hivers, et qui s’en tire à coups de vers?
Mais ne me prenez pas mon ciel ni ma fenêtre pour le voir.

Dans le plus noir d’une nuit blanche,
j’ai remonté mes pieds sur le divan orange
avec mon manteau de faux poil pour abrier ma peau.
Et je me suis souvenue.
Y avait déluge. T’avais chaussé
tes bottes de pluie pour couper par la mare.
T’es rentré les cheveux visqueux avec
ton grand corps poilu traversé jusqu’aux os.
Si la tristesse te pesait lourd, on ne s’est aperçu
de rien tant tu maîtrisais l’art de l’irrésolution.
Une autre ligne d’âme, lancée à l’eau avec le reste.
Une histoire de fleuve commencée mille fois
sans aller jusqu’au bout. Et plus tard tu as dit
qu’il ne pouvait jamais s’agir que de noir et de blanc,
que les coeurs se confondent.

Ici maintenant, l’asphalte a resurgi.
Invinciblement la mesure.

Photo : ET TRAVERSER LA SAISON FROIDE * Montréal – Décembre 2023

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