Nos fuites belles

la nuit aura été trop courte
mais heureusement ton coeur
ne s’en porte pas pire

moins vingt-sept sur la peau
fin février
d’habitude ce serait janvier

quand même il viendra le printemps
la glace fondra et le vent sera tiède

je sais, me dit-elle
mais mon désir se meurt

alors approche un peu
qu’on se fasse murmures

qu’on se dise ces ouvertures
grandes comme l’océan

et ces murs
où laisser faire le temps

et puis nos fuites belles
comme autant de prières

autant de filés de sarcelle
sur un grand ciel d’hiver

 


Photo : BARAQUE DE RÊVE (Souvenir de janvier) * Sur la 40, en route vers le Saguenay * 2019

Fabrications

En façonnant son regard,
l’esprit fabrique sa gloire et sa déchéance,
ses prisons et sa liberté.

En attendant, l’hiver et la glace prennent leur temps.
Et nos cœurs et nos corps poursuivent l’histoire.
D’un univers valsant. Entre l’essor et le déclin.
D’où voir. L’hiver et la glace qui prennent leur temps.
Le printemps qui nul doute viendra.
Avant l’été. Qui le suivra.

Photo : VIVANCE * 21 février 2019 – Montréal

L’effet de chaîne

Concernant l’aire économique.
On me dirait que j’y marche sur la pointe des pieds.
Et je répondrais peut-être.
Que je crains de concourir à l’assourdissement du monde.

Photo : FLOTTEMENTS * 15 février 2019 – Montréal

Le temps lent

tes larmes sur la pierre
et ton coeur, sans autre raison

je n’y sais rien
que le temps lent au milieu de l’hiver
tellement rien
que le pas devant nous
même pas demain

c’est vrai
qu’on fabule surtout

et là, ce matin
le soleil sur la neige

 


Photo : REFLET SIMPLE * 14 février 2019 – Montréal

Matin de février

petit jour, beau petit jour
qui se relève encore

Dans la cour,
la porte est prise dans la glace.

Dans le bureau,
je chauffe une journée tranquille
au petit bois de mots.

Photo : SOLEIL ET GLACE * Avant-hier, rue Beaubien  – Montréal 2019

 

Ton coeur sur la neige

un autre jour
à voir mourir les heures

je t’entends d’ici
qui laisses aller les choses
pour que tout apparaisse

avec ton coeur sur la neige
comme des rigoles au bord du monde

Photo : LE BEL ÉLAN * Février 2019 – Montréal

Donne-moi

donne-moi l’ombre et la faille
mais donne-moi

le blanc, le noir
le début, le milieu
et la fin de l’histoire
mais donne-moi

tes montagnes et tes lacs
tes neiges et tes déserts
tes amours et tes peines
et tous tes vents d’hiver

donne-moi le jour et le soir
les coups de désespoir
la suite et l’abandon
mais donne-moi

je m’occuperai de vivre

 

 


Photo : LUNE DE VERGLAS * Avant-hier soir – Montréal 2019

La part des heures

devant mille choses qu’on échappe
sauter sur la part des heures

parce que déjà d’être vivants

Photo : VALSER LE TEMPS * Montréal – Fin janvier 2019

À mesure des mots

On se fait quoi.
L’un et l’autre. L’un à l’autre.
Des choses tendres. Et dures aussi.

Encore, ce matin, le soleil en découpe.
D’ici, je ne vois que sa portée.
Son éclat sur la neige. La blanche et la sale. Pareil.

Et mon cœur qui bat à mesure des mots.
Qui monte vers ma gorge. De peine et de joie.

Photos : PAREILLEMENT LE JOUR (diptyque) * Montréal – Janvier 2019

Se mettre au monde

Dimanche. La neige semée sur les voitures.
Le ciel est gris. La rue est brune.

Hier matin, quand elle a vu
qu’il faisait moins douze dehors,
elle s’est dit qu’il faisait doux.
Y a pas de doute, quand j’en suis là,
c’est qu’on est au coeur de l’hiver.

Et ce matin, entre son café et la fenêtre,
elle continue d’écrire. De faire ce qui,
quand elle se lève, l’arrache d’elle
et la remet au monde.

*

Je te dirai ma gloire. En silence.
T’as pas besoin d’y voir.
Je te dirai mon coeur. En partance.
Pas besoin de vouloir.
Un seul regard y fait.
Pour que le temps se pose.
Un seul regard.
Et le jour se dépose.

 


Photo : LE CACHE-COU * Montréal – 24 janvier 2019

 

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