Dans nos veines (pour S.)

Comment t’arrives à respirer avec ces sales reflets du monde?

Le parc est plein depuis trois jours. On sonne le glas des heures tièdes et des pieds qui se traînent. Il me vient un parfum de sauge, âcre et sauvage comme je l’aime. Une femme en fait brûler à la table d’à côté.

Quand j’ai pris ton message, je pensais au nous des derniers mois, à tout ce qu’on ne se dit pas, c’est vrai que j’y pense souvent. Je sais pour le feu dans nos veines sinon que je t’aime moi non plus. Tout ce qu’on crée et ce qu’on tue, et nos mêmes démons et nos anges, et toutes nos brisures d’avance. Le vouloir t’éviter le pire qui t’arracherait le meilleur. Et le jour qui se fait porteur des matins que l’on sème. Tout autant qu’il me semble, depuis les siècles qu’on vend nos âmes, qu’on les rachète avec le temps.

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Photo – DERRIÈRE NOS SILENCES – Novembre 2020 – Montréal

Se faire son cinéma

Si on me demande
je dirai que c’est le temps ou jamais
de se faire son cinéma

Photo – D’UN VERRE À L’AUTRE – Novembre 2020 – Montréal

Pour que dure la fuite

j’attends longtemps
trop diras-tu
là où les heures, défaites
cèdent leur chair inquiète
aux chairs poétiques

je reste là
à palper l’argile des mots
entre les stries blanches du ciel
et celles du doute

l’apparence du jour
et l’odeur dans l’air
se mêlent au souvenir du vin
sur l’haleine

souvent j’attends
pour que ça dure
éperdue dans la fuite
puis tout ce qui était venu
repart
dans un néant, perdu

mais je n’ai pas d’éternellement
seulement le soleil et le vent
le jeu des feuilles orangées
et toute la gloire que je m’invente
belle comme un désir

Photo – DE VERRE ET DE CHAIR – Hier – Montréal 2020

Copeau de lune

tous ces mots
de jour et de nuit

pour même un copeau de lune
et la coulure d’un ruisseau

le plancher refroidit

et j’anticipe un peu c’est vrai
l’hiver qui s’en revient quand même

ce temps de vivre et d’y aimer
nos chairs lourdes et poétiques

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Photo – MOUVEMENTS DU DÉSIR – Hier – Montréal 2020

Les ressemblances du coeur

la terre reste vivante
d’entre les lieux et les jours
et je m’abstiens

les mots se tendent mais vont se perdre
quelque part en quête de beauté

et les rivières qui font silence
est-ce que même je les entendais

ce matin le blanc de la neige
venu transformer la lumière

tous nos états, les yeux fermés
sur les ressemblances du coeur


Photo – CES LIEUX DE NOUS – Automne 2020 – Montréal

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