Vincent

– Laisse-moi à la Gare du Canal, me dit Vincent. 
– … Pourquoi ?
– Parce que c’est pas la Gare LaSalle et que la Gare LaSalle me rappellerait un souvenir qui fut heureux mais qui mena au mauvais sort qu’est peut-être ma vie.
– T’es sérieux ?
– Pas du tout.
– Alors pourquoi ces mots, dis-moi ?
– D’abord parce qu’ils sont beaux. Et puis pour voir où ils iront et si tu les croiras. 
– Et toi tu les crois pas ?
– Pas une seconde. J’ai trop d’intelligence pour nourrir des regrets.
– Pourtant, s’ils te viennent à l’esprit… c’est que quelque part ils existent ?
– Évidemment qu’ils existent. Le monde est plus vaste que moi. Et puis c’est vrai que j’ai coulé plus souvent qu’à mon tour sans doute. Mais je suis encore là. J’ai donc eu assez d’air pour survivre aux grandes profondeurs. Que devrais-je regretter, dis-moi… d’avoir osé, d’avoir été naïf, trop magnanime peut-être, de pas avoir eu assez peur ?

Photo :  DANS LA PART DES JOURS * Avant-hier – Montréal 2026

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