Lapsus calami

Que ne suis-je la mer, son silence berçant.
Et sa fougue, qui ne fuit pas le reste.
Le lapsus était beau, c’est vrai.
Quand même le sentiment qu’on y perdait au change.
Un semblant de naufrage.
En attendant, le vent chaud me reste porteur malgré ses courants anonymes.
Mais il faut voir dedans ma barque l’aïeule et les suites sanguines. 
Et sur ce le temps qui invente une autre fin d’hiver.

Photo – LE MOUVEMENT DES JOURS – Mars 2024 – Montréal

Sortant de saison

J’y vais de maigre bouche, c’est plus tranquille ainsi. Au lieu de rien quand même, je te dirai l’herbe jaunie, les feuilles rousses, le trottoir bruni par la pluie. Le teint chaud de ma rue au sortant de l’hiver. Et mon désir qui continue d’y voir le matin qui s’engage, les jours qui se rendent, la pression qui bascule, et les chiens qui nous mordent l’âme.

Photo – CHAUDE CARESSE – Avant-hier – Montréal

Gouttes

C’est une autre histoire de temps gris, de temps qui passe aussi, comme cet homme jeune et beau qui vient de longer le parterre où il ne reste de la neige qu’un souvenir imprécis. Et le voisin dans sa voiture qui vient de décoller, je sais qu’il s’en va au travail et qu’il a vu sa vie changer tout au long de l’année dernière, une histoire de corps et d’époque. Et mon amour pour le printemps, le printemps le matin, les gouttelettes dans l’air, telle une pousse qui voit l’aube.

Photo : UNE SAISON – 5 mars 2024 * Montréal  

Imprécis de tendresse

j’aurais pu dire à peu près
la même chose
de l’attente des mots
qui en vaudront le coup
ou de celle de la tresse
qui aura ce qu’il faut
pour donner à l’instant
et à nos parapluies
le tendre
qui en vaudra la peine

Photo : DE BELLE BRUINE – 3 mars 2024 * Montréal  

La souplesse de la chair

au bord du jour encore
j’attendais la dérive

au lieu j’ai vu ce qui ressemble
à la fin de l’hiver

et un vieil homme qui
perdait son latin –

la bouche tremblante
de tendresse

Photo : LE TEMPS N’EST PAS PERDU – 4 mars 2024 * Montréal  

Chien noir

et d’y voir ce qui
nous arrive

ç’aurait pu être
une main à l’ombre
ou un lévrier noir

il était fier quand il m’a dit
« les gens n’aiment pas
les chiens noirs »

comme s’il trainait
du bout du bras
le silence de lui

Photo : ELLE ET ELLE – 27 février 2024 * Montréal  

Devant les heures

Et l’inlassable. Et le morose.
Le temps d’hier, gris mais quand même.
La lenteur qu’on aime d’un jour.

Le monde est déjà assez triste, va t’asseoir au piano.

Et qui devant le bleu du ciel et de la neige.
Qui devant les heures qui s’enfuient.

Un autre hiver encore, je ne les compte pas.

Photo : LE GESTE – 23 Février 2024 * Montréal  

Treize heures vingt-huit

À l’heure qui s’en vient du soleil sur ma main,
que te voilà corneille à survoler les toits.

L’ultime contingence ne dépend pas de moi –
de toute manière, je me rêve déjà nue.

Photo : LES TENDRESSES FROIDES DU TEMPS – 16 février 2024 * Montréal  

Les formes blanches

D’entre les choses qu’on observe, il y a le souffle salvateur qui vient désengager les lèvres. Les dents aussi. C’est comme le sable, me dis-tu, soumis aux humeurs du vent. Ça tient d’un abandon. Qu’un peu de sel se dépose entre le penchant et la langue.

Mais pour tout dire, j’hésite encore. Le mouvement se défend, mais la vase me séduit.

Quant aux oiseaux, ça fait longtemps qu’ils savent qu’on éventre la marge. Qu’on s’invente des fables qui souvent saturent les veines.

Nous reste les autres artères et autres formes blanches. Des partitions intimes qui ressemblent à la neige. Ma mère m’aura un peu montré, elle qui savait en enfilade couler des jours sans ennui.

Photo : DESSOUS LE MÊME CIEL – 16 février 2024 * Montréal  

Casser des moules

T’es passé par-dessus le livre. Ou pas. C’est pas grave. Ce ne sont jamais que des perches pour jouer sur l’hiver. Des livres et des lignes, des mots comme des chapeaux pour me rire du temps qu’il fait, inventer le frisson, trouver sur le bout de la langue la preuve que l’espace est un leurre, qu’on vague dans une histoire fabriquée de toutes pièces. De quoi s’amuser à casser au moins un moule par jour.

Et la plante qui s’éclate. J’ai hâte à ce moment où elle sera dehors… l’écureuil freine mon élan en y prenant le sien, et la branche qui oscille comme un fouet sous la voute, et la fille qui marche les yeux sur le trottoir. Ah, le trottoir. Combien d’yeux dessus. Sacré trottoir, va.

Photo : LIGNES – Hier * Montréal 2024  

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