ni ton père ni le choeur du monde ni jamais pour quelqu’un ni personne
C’est comme ça que s’est tiré le fil, quelque part sur des cordons d’écorce. Et y a eu le point vert au beau milieu du rouge, le soleil, les paupières baissées.
Le même lieu, le même trottoir. Et là l’étreinte du piano, la manière de battre du coeur. Des heures à y tendre la chair, y boire le café, y lâcher des noyaux dans les os de l’hiver.
La maison a changé, un peu le bruit des pas. On a beau dire, c’est comme si tout revenait à la nature des silences – mais toi tu le dirais comment : des ronces dans la neige, des épines de soi, la blancheur de l’oubli ?
sans but que le respir d’entre les lèvres sèches
Photo : DE RUELLE D’HIVER – Montréal – 19 janvier 2024
Ah que ne sait-on la neige, qui m’est chaque fois plus belle et vive que toutes les manières du monde. Ce n’est pas d’abord dans l’homme que je puise mon courage, ni dans le progrès ni la science, ni non plus dans cette conscience qu’on prétend élargir, mais dans la grandeur des jours.
Photos : DANS SON SOULÈVEMENT – Montréal – 14 janvier 2024
On verra ce qui tombe – il est impertinent le temps. Entre le café et le mur, le tulle jauni par le soleil. Ta main gercée et ma lèvre fendue.
La mouche morte emprisonnée entre les deux fenêtres. Tout le brisé et le fourbu. Et puis la rivière aux élans où viennent boire les tendres. Et la neige qui tombe sur l’asphalte mouillé.
L’étoile du voisin n’y est plus.
Et là une femme et son chien – faudra se méfier des trottoirs, ça glisse plus qu’on y voit.
Impertinent le temps – mais la folie des hommes. En attendant, je ne sais rien et trois fois rien sinon que la tringle est cassée.
La neige et un certain silence. Au milieu de la rue, un vieil homme lambine. La vie qui glisse ou le désir. Et le noir et la chaise, et le mur qui se vide.
Les mains posées sur le piano, elle se demande encore d’entre l’automne et le printemps. Et d’y esquiver le mondain pour se coller contre les heures.
C’est vrai pour le désert et le long poème dans les brumes. Et pour les feuilles qui s’accrochent dans le froid de l’hiver.
Me sont revenus de la nuit quelques rêves flottants. Le trottoir est sans neige, mais les feuilles se défont. Au moment du cri à la table, chacun enlaçait son oiseau. Ne dis rien, que j’entends, en pensant qu’on se doit – la terre veille en substance, tout finit par se dire.
La preuve s’est dérobée mais l’oiseau est resté, il chante les louanges des rives alentour. On s’endort près de la blancheur. En dépit d’autres artifices, le fleuve continue de couler.
Photo : OÙ PASSE L’EAU * Sur la 15 – Décembre 2023