C’est déjà pas mal

Le simple fait d’être là.
Que les gens que j’aime y soient aussi.
En sécurité.
Y a des jours où je touche à ce simple bonheur.
Qui ne veut rien d’autre que la douceur du temps qui passe.

Il faisait froid, hier. Un vrai froid.
Ça rend vivant le froid.
On a marché. Les bras lourds de pommes au retour.

LES DOIGTS GELÉS - Hier, dans la Petite-Patrie, Montréal 2014

LES DOIGTS GELÉS – Hier, dans la Petite-Patrie, Montréal 2014

La soif

me rafraîchir aux arbres
et aux heures qui passent
tinquer la poésie
jusque dans les ruelles
me GRISER de la nuit
qui monte sur un ciel
MAUVE

et puis
cette autre soif
que je m’explique mal
qui salope les FLEUVES
les terres et les forêts
celle-là qui ne s’étanche
qu’à l’ABRI des scrupules
où l’on ne souffle mot
de la beauté
PERDUE
pétrodilapidée

LA NUIT MONTE DANS LA RUELLE - Fin novembre 2014, Petite-Patrie, Montréal

LA NUIT SE PENCHE – Fin novembre 2014, ruelle de la Petite-Patrie, Montréal

Dis, quand reviendras-tu?

Hier soir. Avec Anne.
On marchait dans ce morceau d’air tiède.
Les deux saoulées par lui.
Ça me fait un peu mal, pas toi?
Oui, comme un baiser parfois sur le quai d’une gare.

L'AIGRE-DOUX - Hier, rue Beaubien, Montréal 2014

L’AIGRE-DOUX – Hier, rue Beaubien, Montréal 2014

Samedi swing

Ça y est.
L’hiver.

Il y aura du ciel.
Et je m’habituerai.
Je l’aimerai même.
Quand je me serai souvenue
du bon du vent
du bon du vent qui me fouette
et me rappelle
le bon du sang dans mes veines.
Et puis y aura toujours les autobus.
Bref, bonjour l’hiver.
Mais t’aurais pu me le dire, hier
j’aurais mis un foulard de plus.

DANS L'ABRIBUS - Hier, Montréal 2014

DANS L’ABRIBUS – Hier, Montréal 2014

L’hiver de force

Gaby, mon beau Gaby.
Journée difficile, hier.
T’as pas envie d’être là.
Tu y vois la permanence.
Et le reste de tes jours.
Entre les mêmes murs.
Que tu connais pas.
Et ça fait mal, je le sais.
On va laisser un peu de temps passer.
Parce que le temps, souvent, sait y faire.
Surtout si on le mêle à la tendresse.
Faque tiens bon, mon Gaby.
T’es pas tusseul.

PAR LA FENÊTRE - Parc Lafontaine, hier,  en chemin avec Gaby vers un ailleurs, Montréal

PAR LA FENÊTRE – Parc Lafontaine, hier, en chemin avec Gaby vers un ailleurs, Montréal

Le temps avance

Mon amie Emma m’a demandé à quoi je crois.
On parlait de ma soeur, de sa mort récente.
À tout et à rien, que je lui ai dit.
Et puis j’ai réfléchi.
Je crois au temps qui passe, Emma.
Et à l’immense mystère qu’il constitue.
À l’idée aussi d’affiner mon regard, d’ouvrir plus grands mes yeux.
Et enfin, et plus férocement peut-être,
que là où la finalité n’est pas l’humain mais l’entreprise,
la pensée et le coeur y perdent quelques plumes.

UN BOUT DE CHEMIN - Sur le mont Royal, novembre 2014

UN BOUT DE CHEMIN – Sur le mont Royal, novembre 2014

Bercement

Je ferai un bout de chemin sous le soleil.
Je penserai à ce que j’ai
plutôt qu’à ce que j’ai pas.
En attendant que c’qui s’passe passe.

RUE MONKLAND - Novembre 2014, Montréal

RUE MONKLAND – Novembre 2014, Montréal

L’abandon

Le jour tombait. J’ai cliqué.
Je savais que la noirceur montante empêcherait la précision.
Mais la beauté tient de quelque chose de subtil.
Et ce qui se dégageait d’eux m’inspirait.

J’aime quand quelque chose me rappelle
qu’on ne contrôle, en somme, que si peu de choses.
Et que j’ai raison de m’abandonner à l’instant.

FIN DE JOUR - Novembre 2014, sur le Mont Royal

FIN DE JOUR – Novembre 2014, sur le Mont Royal

L’absence

Ça y est. D’un coup.
Soixante minutes de moins.
Faut se lever tôt le matin pour compenser la perte.
C’est le moment de l’année, j’avoue,
où mon espoir ressemble au solstice d’hiver.
À ce temps où la lumière remontera doucement.
J’y pense comme au retour de quelqu’un que j’aime.
Je m’y ferai à cette noirceur – comme on se fait à l’absence.
Mais il est cinq heures au moment où j’écris ces lignes.
Et il fait presque noir.
Bonne plongée tout le monde.

LA BELLE ÉCORCE - Mont Royal, octobre 2014

LA BELLE ÉCORCE – Mont Royal, octobre 2014

Inventions humaines

Par la fenêtre, des fleurs me disent
que le gel n’a pas encore touché ma ville.
Et les feuilles s’accrochent.

Il y a tellement de beau
que j’oublie souvent l’existence
de ces hauts lieux et autres planques
où l’on forge des plans sordides
pour asservir les malheureux et les trop-doux.
La soif de dominer m’est si étrangère.
Il y a tellement mieux à faire avec la vie et le temps
que de fabriquer de la misère.
Comme marcher sur une grande rue le soir tombant
pour aller voir quelqu’un qu’on aime.
S’arrêter en chemin contre un gros arbre pour attraper une image.
Le matin d’après, faire un bol de gruau à une petite fille qui vient de se lever.
Et puis regarder dehors, en se disant qu’on a de la chance.

CRÉPUSCULE RUE DE LORIMIER - Plateau, Montréal, octobre 2014

CRÉPUSCULE, RUE DE LORIMIER – Plateau, Montréal, octobre 2014

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