Mars. Avril.
La neige sera sale.
Le bord des rues et des ruelles avec.
Et moi je marcherai heureuse dans le vent qui se réchauffe.
Et si je suis encore la même, il m’arrivera d’avoir un peu honte.
De tous les débris qui se cachaient sous l’hiver.
Honte à l’idée que ma ville soit vue ainsi
par des gens qui ne la connaissent pas.
J’aurai envie de la défendre.
De crier à quel point elle sera bientôt la plus belle.
Verte et tendre. Débordante de lumière et de vie.
Et si pleine de tous ces coeurs battants
qui sortent glorieux de l’hiver.
Non, je t’aime
comme l’eau et le vent
il abreuve et inonde
caresse et ravage
redessinant nos paysages intérieurs
et le monde change
Est-ce que tu m’aimes parce que
j’écoute les consignes?
Non, je t’aime.
Les consignes, c’est pour aider la danse,
pour pas qu’on s’marche sur les orteils.
L’amour, lui, suit son propre chemin.
Nos fantômes
Le vent était furieux.
Fufufu. Rieurieurieu.
Là, sur le blanc, une femme.
Aux longs cheveux noirs.
Tête baissée contre le froid cinglant,
elle courait s’asseoir au pied d’un arbre.
Je l’ai observée un temps.
Adossée au tronc. Immobile sur la neige.
Sans abri. Exposée à la pleine violence des éléments.
Mademoiselle, que faisiez-vous.
J’ai eu envie d’aller vous prendre dans mes bras.
J’espère qu’au moins vous aviez rendez-vous.
Nos beaux éclats
D’un coup, le vent s’est levé.
Brutal et puissant.
Après une journée plus douce.
Et j’ai respiré fort.
Le fouet. Ce froid qui nous mordait encore.
À quelques mètres de moi, un homme s’est fâché contre lui.
Tellement ouvertement. Que c’en était beau.
J’ai ri spontanément. D’un rire tonitruant.
Et il a ri aussi.
Tango de circonstance
j’ajuste ma lentille
pour ne pas perdre l’image
danser les circonstances
tango des temps qui changent
j’ajuste mon regard
pour ne pas perdre la vue
changement de perspective
je contemple et j’avance
je peux
alors je danse
pendant que je respire
qu’il y a mon coeur qui bat
Le bruit de l’hiver
C’était beau… froid et beau.
Je m’enlignais vers la montagne lundi.
Mais j’ai reculé. Trop humide, trop perçant.
Mon corps commence à rêver du printemps.
J’y suis allée le lendemain.
C’était moins glacial.
Plus proche de mon courage.
Mais quand même. Sous mes pieds.
J’entendais fort le bruit du grand froid.
Ce froissement qui ne ressemble qu’à lui-même.
Il reste que la lumière change.
Ce matin, sur la rue devant chez moi,
sa nuance sur la neige n’est pas la même.
L’hiver s’en va vers son silence.
Et le bruit du temps qu’il fait changera lui aussi.
Maquiller les choses
T’es quand même bien ici? que j’lui demande.
Tu t’habitues? Ils sont fins avec toi?
Pas de troub’, qu’y me répond.
Il est 18 h.
M’a me coucher, qu’y me dit.
Bye mon Gaby, que j’réponds.
Pis je recule vers la porte.
Clic.
Pis en revenant chez nous
je r’pense à un ailleurs
avec des enfants qui dansent
pis des vieux qui se bercent.
Pas mon jouet
Parfois, je crierais.
Devant certains départs.
Comme un enfant à qui on arrache
un jouet. Ou le coeur.
Mais je ne crierai pas.
La vie des autres n’est pas mon jouet.
Mon coeur, ça, je sais pas.
Comme parfois l’amour
Faut croire que j’y tenais.
À cette image du soleil couchant.
Et pourtant, on pourrait se demander.
Si ça valait le coup…
Les doigts gelés
je remettais mes mitaines
et j’avançais tête baissée
avec et contre le vent
vers l’ouverture
(trafiquée toujours)
dans la clôture du CP.
Mais la neige avait neigé.
Et le plancher était plus haut.
Ou le tuyau de métal plus bas.
Bref, mauvais calcul.
J’ai levé la tête au mauvais moment.
Et bang, mon nez.
Dur. Fort. De plein fouet.
Tout ça pour ça.
Sans vraiment de regrets.
Pulsion
Cinq semaines après ma conception
un premier boum boum.
Sans qu’on sache d’où ni comment.
Aucun déclencheur apparent.
Là, c’est cent mille fois par jour.
Trente-sept millions de fois par année.
Boum boum.
Je n’ai de certitude que le mystère.
Et un peu aussi peut-être, celle des coeurs tendres.









