Aussi folle soit-elle, je l’aime cette ville.
Pour sa complexité, son intensité.
Elle me fait vibrer. Fait vibrer mon âme.
Je n’ai qu’à mettre le pied dehors
pour trouver matière à extase.
Plus ou moins grande selon le temps,
mais tant que j’en veux, toujours.
Les couleurs. À la tonne.
Les contrastes. Irrésistibles après la pluie.
Et tout ce monde à voir, personne de pareil.
Et puis ces lignes. Qui partent dans toutes les directions.
J’en deviens fébrile parfois, tellement elle m’électrise.
Cette ville.
Petit bonheur, merci.
Hé oui.
Espoir perdu et retrouvé
C’était vendredi dernier.
Je venais d’accompagner ma soeur jusque chez elle
et je rentrais tranquillement chez moi.
La semaine m’avait servi quelques journées humides
où j’avais bronché en raidissant le corps.
Mais là, l’air était parfait.
Glacial, mais sec. Pour moi, le froid sublime.
Celui dans lequel je ressens le plus grand plaisir.
Bref, c’est ce soir-là, coin St-Michel et Laurier,
que j’ai vu remonter l’espoir que l’hiver sera bon.
Que mon âme y trouvera son compte.
Je l’égare un peu chaque année cet espoir.
Et encore plus quand l’été s’est sauvé trop vite.
L’HIVER EST LÀ – Sur une belle avenue de Rosemont, le 29 novembre 2013.
Neige et parapluies
La première neige sur la ville.
Y a toujours une certaine fébrilité dans l’air.
Qu’on soit né ici ou pas.
Ceux qui arrivent d’ailleurs doivent vivre un rêve.
Du moins, c’est ce que je vivrais, j’en suis sûre.
Si je n’avais jamais connu ça.
Celle-ci était mouillée.
Tellement qu’elle invitait les parapluies.
C’est beau la neige et les parapluies ensemble.
Le plus subtil
L’odeur des feuilles, des peaux,
des écorces, de la terre qui gèle.
Là encore, j’y mettrais bien une vie.
Ce matin, le nez contre son dos,
je me suis dit que si un jour je meurs,
les odeurs dans leur forme subtile me manqueront
et feront partie de ces choses qui m’auront trop souvent,
tant pis pour moi, passé sous le nez.
Mais bon, c’est seulement si un jour je meurs.
Nourritures terrestres
La montagne est un peu délaissée à ce temps-ci de l’année.
N’y viennent plus que les sportifs, et les très amoureux comme moi.
Et quelques touristes aussi.
Les arbres nus, la ville surgit plus souvent entre les branches.
Le sol est abrié d’un grand tapis rose orange. Et d’une boue.
Rien ne craque plus sous les pieds. Le travail nourricier est déjà commencé.
Et la lumière est belle.
Après mon moment parmi les arbres,
il arrive que je pique vers le centre-ville.
Quand j’y ai un certain rendez-vous, le mardi.
En quelques pas, je passe de la montagne à la foule.
Je ressens toujours une sorte d’excitation quand j’arrive en bas.
Là où m’attend une autre forêt, une autre extase.
Qui regorge, elle aussi, de promesses et d’espoirs.

ENTRE MONTAGNE ET VILLE (diptyque) – Montréal, le 19 novembre 2013
Trench-coat et pleine de grâce
Ils sortent souvent, tous les jours je dirais.
Prennent le temps, toujours, de se mettre beaux.
D’apparaître aux yeux du monde dans toute leur noblesse.
Ils sont très vieux. Je devine près de quatre-vingt-dix.
Les deux ont un beau regard. Bon et sans aigreur.
Elle lui tient le bras, toujours.
Ils marchent lentement. Plus que vous ne l’imaginez.
Prennent le temps qui leur reste.
Et continuent de jouer le jeu de la vie.
Et ce faisant, ils m’inspirent. Même si d’eux, je ne sais que ça.
Parce que la noblesse est belle.
Et sur fond de vieillesse, elle le devient encore plus.
Un vent de folie
Ma vie
Si seulement j’en avais deux.
Une où je pourrais faire.
Et l’autre où je pourrais être.
Mêler les deux me la complique.
Même si mon corps a pris racine
j’aime les hautes altitudes
et les longs vols d’observation.
Je ne me pose jamais très longtemps.
Sauf pour l’amour, le court me va.
Le vent
Pendant que je peux rêver
de voir se dédoubler la mienne
voilà que des milliers
d’uniques au monde
sont arrachées là-bas, emportées sans tendresse
par un mauvais coup du vent.
Lui qui n’a été pour moi
toujours et seulement que musique.
Encore ma chance.
Et tandis que ça sent l’hiver
J’ai lu ce matin la belle lettre à la mer qu’a écrite Mylène Paquette
après son long périple sur la grande eau.
J’ai ressenti une pointe d’envie à l’idée d’une telle traversée.
À l’idée de poser mon regard sur la vie et l’infini, loin de tout pendant autant de jours.
Ma vie est faite d’estuaires. Et d’autant de détroits.
De jours où l’espace se referme. Et d’autres où il s’ouvre grand.
Alors, vogues-y mon âme. Puisque tu le peux.
Mon âme n’est pas dupe
Cette ville.
Autant je l’aime, autant elle me rebute parfois.
Et c’est sa grande folie qui suscite, je le sais,
tant mon attachement que ma résistance.
Sa folie, et aussi tout ce qu’elle me cache encore.
C’est ce qui la rend si captivante. Et vidante aussi.
Et puis y a cette délicieuse envie qu’elle éveille si souvent en moi.
De capturer les choses et les moments, de les immortaliser.
Comme dans ce viaduc avant-hier, avec tous ces néons braqués sur l’heure de pointe.
Impossible de garder mon autre oeil dans ma poche.
Mais peu importe la poésie que j’y trouve,
elle y côtoie quand même toujours une certaine violence.
Une violence certaine. Pour mon âme.
Et s’il n’y avait pas quelque chose de royal en son coeur,
il y a longtemps sans doute que je l’aurais quittée.
Ce qui l’emporte
Un dimanche matin d’automne.
Le ciel est tout bleu.
La plupart des feuilles sont tombées,
le vent d’avant-hier a souverainement insisté.
Il reste quand même un peu de doré et d’orange,
j’en vois qui brille à travers ma fenêtre.
On a reculé le temps la nuit dernière.
Comme si on le pouvait.
Le mien avance trop vite, quoi que j’y fasse.
Il y a tant de choses à faire.
Et je ferais encore tant de choses.
Vrai. S’il y a certains jours de grands vents
où je me vois quitter le bateau sans offrir trop de résistance,
il y en a plus, est-ce la chance,
où j’embarquerais volontiers pour une croisière d’éternité.
Au parc Laurier il y a quelques jours, avant le grand vent d’il y a deux jours.






