Les fleurs du forsythia ont fait ce qu’elles font toujours. Elles sont sorties avant l’arrivée des feuilles. Le printemps commence sur un éclat de jaune. On pourra cueillir des mirages dans les jardins du monde.
Photo – LA RESSEMBLANCE DES COEURS * Avril – Montréal 2024
L’UNE La verticale, la gravité, et quand même tu boites. Serais-tu à ce point perdu ? L’AUTRE en faisant un bond de côté On tient d’écorce et de désir. De ciel et de vent tourloupette. L’UNE reculant de trois pas Si le temps existait vraiment, tout ça serait insupportable. Et pareil pour l’espace. L’AUTRE se voulant immobile C’est le poids du haut vers le bas et toutes les heures qui s’ensuivent. L’UNE en revenant vers l’autre Quoi faire alors de nos âmes à la mer ? L’AUTRE tandis qu’il flotte à la dérive Rien d’autre qu’un tapis de neige. L’UNE en se grattant le doigt Mais encore ? L’AUTRE en plongeant la tête sous l’eau De n’y jamais percer que soi.
La neige a disparu. C’est l’asphalte et les feuilles sèches, et quelques coins de terre brisée pour y laisser monter la suite. On rouvrira bientôt sur la tiédeur de l’air.
Sur tant de jours d’avant, j’ai erré sans trop d’habitudes. Et là, mes livres empilés. De quoi peindre le temps, jouer sur les ombres du doute, me rassoir dans le cadre flou, et me prêter au vent venant comme un chien aux accoutumances.
En attendant quand même, on dirait bien que j’ai failli à ta demande. C’est peut-être mon âme qui se hasarde mieux au chevet des saisons.
Samedi matin sept heures. Sur le trottoir une fille court, son foulard au menton. Juste derrière, un homme boite, sa tuque enfoncée jusqu’au cou. Il fait donc plus froid que j’y vois.
On aura reconnu l’aïeule. Et les longs tremblements qu’elle n’essaiera plus de cacher. J’y suis encore, vous dirait-elle, entre les lignes et par-dessus. Sans jamais trop savoir, sans trop vouloir non plus. Seulement que tout suffise.
Et le temps continue d’ensemencer le doute. Ce sera ça ou rien. Comme l’univers dans le sang et toutes les rivières vivantes. Et au milieu du bas, de la page ou d’ailleurs, des tendresses appliquées sur les désirs fourbus. Le château s’est aseptisé, c’est la danse des rois.
Quand même le printemps ne revient pas sur ses promesses. Non plus sur les raisons du corps, comme l’algue fine au bord des yeux et le grain à la gorge. C’est une même histoire de sable.
Photo – LES CORRIDORS DU MONDE – Mars 2024 * Montréal
La rue et la neige fondante. Et de brider l’ardeur jusqu’à n’y plus jouer que les notes accordées. Et c’est sans parler du piano ni du silence de la corneille (jusqu’à fouiller l’obituaire) ni non plus de l’ourse qui dort et des heures qui s’en vont. Tu te remets bien mal de tes obéissances.
La neige qui étend sa blancheur. On est tôt samedi, avec moins de voitures. Rien n’a encore souillé le couvert de flocons.
Sublime-moi. Mais attends d’abord tout de moi sans jamais rien attendre. Même à bâtons rompus, je n’en suis pas moins là. À ce jeu d’y prendre le jour pour que le laid ne me prenne pas la tête.
Photo – DE MA FENÊTRE, LA LIGNE DU TROTTOIR – Aujourd’hui, à 9h