Le consentement

et s’y mêlaient l’herbe et le bois
et la langue restée
à l’extérieur du corps – on a dépassé le jardin
on n’en voit plus que la courbure – ce quelque chose
d’une brume au bord de son visage
comme une musique interrompue

et suspendues aux heures, les perles du consentement
de quoi s’en remettre au mirage

en attendant, vaquer à l’errance me va –
et les volcans, demandes-tu

l’attaché-caisse je m’en souviens comme de
l’image d’un cauchemar – le gars assis avec son chien
comme d’un amour au monde

Photo : AMONGST THE WAYS OF BEAUTY – Août 2022 * Montréal

Prise de bec


Les autres, bien sûr. Mais je m’exaspère moi-même.



– On a l’intelligence qu’on a, dit-elle. Et ton regard sur la sienne en dit long sur la tienne. Pour l’âcre et le piquant, le doux est mièvre en sa substance. Va ton parfum, veux-tu, et laisse aller le sien.

Ça avait quelque chose d’un vent de réciproque.

– Réciproque? écrit-il.
– Oui, réciproque. Why not?

En attendant, v’là un pigeon

De pianos et fantômes

c’est une question d’espace
de grange au milieu d’une histoire
peut-être

ou une question de rivière
mais ça reste pareil
mon coeur qui y cherche sa lune

petite j’ai cru qu’elle me suivait
le temps de mes rêves d’enfant

après y a eu le plein
de la neige et du monde
le pesant des atterrissages
après les vols planés

et le piano
les sonates
que je n’ai pas apprises
les préludes non plus

je sais mes rues et mes fantômes
et mes amours un peu peut-être

·


Photo : UN CHAUD SAMEDI DE VILLE – Montréal * Août 2022

Mirador

L’arbre est là, sans mots, même derrière le mur.
Et derrière les saisons, quelque chose s’étire.
L’image d’une plaine.

Certains diraient que c’est étrange, tant ça ramène
au bleu et au blanc de l’hiver.
Le soleil qui arrache l’ombre même de l’ombre.
Où règnent les oiseaux. Et les renards en fuite.

Quelque chose appelle le large.
Ou un désert. Un état d’amour vaste.

Photo : VERRE ET BOIS – Montréal * Août 2022

Qui dit soir dit ciel

Vraiment qui sait. Non mais.
Déjà qu’après, ça vaudra plus la peine.
Ou bien peut-être.

Piocher dans la texture. Le doute, le flou.
Depuis l’étrange même, malgré tout ce qui bouge.

La jardinière y pend, accrochée au balcon.
Pas la femme, le pot.
De là elle entrevoit les prémices de l’aube.

C’est l’orangé tout près du jaune.
Des fleurs. Au fond qui sait.

Non mais. D’ici, ça reste encore
des ombres étalées sur l’asphalte. Ou le trottoir.
Parfois c’est des nuages. Et d’autres fois, des gens.
À vélo ou à pied. Eux et pas les nuages.

Et puis n’oublie pas qu’en attendant je me souviens.
D’un soir venu au monde. Tout bleu tout ciel.

Photo : LE JOUR RESTÉ POSSIBLE – Rue Saint-Laurent, Montréal

Fugue

On racontera qu’on se trouvait
sur un très long rocher.
Et qu’on s’est dit allons plus loin,
dans les beaux draps de cette histoire.
On y verra des morts, les tiens et les
miens pris ensemble, et des âmes
semées comme nos amours de chaque côté –
de quoi ouvrir l’espace pour puiser aux
abîmes et aux vents du désir.
On pourra aussi dire qu’on s’est
conté le bleu là où il n’était pas,
et le rouge, là où l’ombre montait.

Photo : DE CE QUI BRÛLE ENCORE – Juillet 2022

Ces lettres mortes

Où donc va-t-on se rendre –
au mois d’août ou ailleurs ?

y a eu la fois
sur la côte virginienne
dans le creux d’un tournant

tu le savais
mais je ne t’en ai pas voulu –
d’autant qu’on a rejoint le jour
sans grande égratignure

puis c’est devenu lettre morte
on contourne l’histoire
comme ce matin, quand on a viré sur l’automne

penses-tu qu’on y sera encore après l’effort à rendre beau –
comme dans les photos de Marie?

Photo : LE BAISER DE LA BÊTE – Laurentides * Juillet 2022

Poteau de sauge

Te dire le brûlant de l’eau froide et le silence du bruit.
Quand plus rien n’y est attendu.

Mon dos se tend, détourné.
D’un trop d’oiseaux qui s’échouent.

C’est un ciel étalé de son bleu le plus noir
et tout le poids des noces dans un revers du vent.
Mais l’oeil qui reste, devant tout l’indécent,
aussi libre que l’herbe.

Ça ira, me dit-elle.
C’est dire sans ambages la mort qui nous défend.
Et tous les instants d’un poème.

Photo : D’Y ÉPOUSER NOS MONDES – Laurentides – Juillet 2022

Revenir sans tomber

C’était l’astuce, tu m’as dit.
Et tout ça dans le désordre.
Jusqu’à s’inventer des histoires à ne pas mourir.
Et le quartier, et ses fleurs partout.
Même si le monde y tourne un peu carré.
Et les débordements, sans les appels urgents.

Quand t’arriveras, tu stationneras devant.
J’ai mis une fausse pancarte, je suis pas la seule à le faire.
On verra pour la suite.

Et je t’inviterai à souper quand tout sera fini.
Tu toucheras le miracle. Le sommeil, l’amour, et le reste.
Et lui, et ses paumes d’ange.

Photo : LE COURANT D’UN MATIN – Juillet 2022

La peau du monde

bien sûr c’était toujours
d’y aller sans penser
et ça où qu’aller soit

en attendant, je pense
tellement que la rivière
et mon coeur

reste, j’entends
ne t’en va pas
j’y serai longtemps
et encore
comme l’eau des vents
sur la peau du monde

surtout que d’y aller sans penser
s’en va trop vite

Photo : EN PARTANT DE L’INSTANT – Juillet 2022
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