Pensées flottantes

un autre matin de soleil

tu repenses à la tourterelle
au bord de l’étang
celle que tu jouais à imiter
et qui te répondait

tu humes la rose au passage
du p’tit rosier qu’il t’a offert

tu remontes les stores
et tu comptes pas les fois
pas plus que celles où tu choisis
entre le sordide et l’errance

par chance la lumière de septembre

Photo : NOS PENCHANTS * Septembre 2021 * Montréal

Au pied de la tête

les corps qui se dispersent

et l’instant, gratuit

qui n’attend rien

d’y toucher le plancher
ça ne change pas

c’est au pied de la tête
et ça reste incertain
au moins mystérieux comme hier

et là le vent
dans le rideau de tulle blanc

Photo : ICI ET AU-DEÇÀ * Septembre 2021 * Montréal

Un certain vent

Lou s’avance vers la fenêtre et l’ouvre grande. Le vent est encore déchaîné.
Charles, qui vient de se lever, entre dans la cuisine.
– T’as pas froid, mon amour?
–  Un peu. Mais je voulais voir si j’entendrais peut-être enfin, à travers les rafales, le chant d’une brise ou d’un oiseau.
– T’as entendu quelque chose?
– Une grive peut-être. Mais c’est difficile d’être sûre tellement ce vent déforme tout.
– Vrai.
Il s’approche d’elle et enroule un foulard autour de son cou.
– Je te fais un café, ma Lou?
– Oui merci, my love.
·


Photo : BEAUTÉ BITUME * Septembre 2021 * Montréal

Lettre à Colette

Je suis venue tôt dans la cour, dans un parfum de pluie. J’ai tiré la table et la chaise dessous le petit toit. L’averse tombe en musique sur le bois du balcon. Une claire caresse au jardin, aux orpins qui se rosent. On a taillé les pans de vigne qui coupaient le soleil. La lumière dorée de l’automne se rendra mieux à nous.

J’ai un drôle de vertige, ces temps. Un chancèlement étrange dans un paysage inédit. Si je te racontais l’époque, ses égarements et ses manières, tu me croirais bien sûr. Là où les rivières ne craignent ni les rochers ni la mer, on y rampe dans les broussailles à chercher ce qu’on a déjà. Par chance le vent sait mieux que nous.

Photo : QUAND L’ESPRIT VIENT AUX FILLES * Septembre 2021 * Montréal

La main humaine

Et tout ce temps, le poids de l’autre.
La main qui se tend ou condamne.
Le mystère est si grand pourtant de vivre et de mourir.

Photo : LES VENTS TOURNANTS * Hier, Parc Laurier * Montréal

La main dorée

là où l’orpin tourne au rose
et où fidèle à mon habitude
je pleure un peu d’avance
l’été qui s’en ira –
son image déchirée
par la main de l’automne

Photo : MALGRÉ TOUT * Hier * Montréal

Capitaine mystère

Marche avec moi. J’aime te sentir là, quelque part pas loin. Dans la lumière qui s’immisce, celle du jour au coeur de l’ombre.

La ville porte nos âmes comme des rubans dorés. On flotte au coeur du monde sans avoir rien payé. Un voyage sans capitaine autre que le mystère.

Alors qu’on me laisse vaguer, me laisse divaguer. Qu’un peu j’ouvre les yeux avant que le temps me soit pris.

Tous ces millénaires à se faire sans l’aide de personne.

On ne fera jamais mieux que les feuilles et le vent.

Photo : UN MORCEAU D’OCÉAN – Hier * Montréal

Ô mon réveil perdu

midi cinquante-trois
sortie m’acheter du chocolat, écrit-elle

et le vieil homme sur la toile
apparu soudainement
et les voisins
qu’on endure mal
histoire d’années et de bruit
la ville qui parle

la poésie? je n’en sais rien
alors j’en dirai surtout rien
sinon peut-être qu’elle prend forme
ou pas
naît et serait ou pourrait être
ni plus ni moins que l’arbre
et le nuage
et sans ou avec
préconception le fruit
d’un geste
ou pas
toutes importances confondues

Et la faille qui s’agrandit.
Si tu voyais la perfection de l’orchidée ce matin, de la lumière qui l’enveloppe, celle du soleil qui entre de côté par la fenêtre de la cuisine. Le plaisir qu’elles me font en n’y faisant que ce qu’elles font. S’il fallait qu’elles mesurent et pèsent, ô mon réveil perdu.

Photo : PORTANCES D’UN JOUR – Août 2021 * Montréal

La cigale

Et la mienne de lourdeur, dans cette chaleur que j’aime.

On a pris une nuit au mot, pensant qu’elle en disait plus long que tous les temps mis ensemble et tous les mystères de ce monde.
Heureusement l’errance et le rêve contre les bruits assourdissants. Et la cigale, qui n’en fait qu’à bon vent.
Et là de lire un peu Whitman pour mon coeur qui s’allège dans ces échos de la conscience.

Photo : SONG OF MYSELF * Août 2021 * Montréal

Les vents ou les âmes

perdre pied, encore
sans avoir vu venir, sinon le simple jour

un pas dans le coulant du sable

et les coeurs et la peine
et l’orgueil peut-être

mais rien de tout ça n’est très clair
autre que d’y vouloir aimer

et que les vents ou les âmes
viendront bien à bout de la brume

Photo : EXISTER ENSEMBLE – Août 2021 * Montréal

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