La grive et le cèdre

une grive solitaire s’est posée
la même qu’hier
sur la même branche, à la même heure
on est en ville pourtant
tu es chanceuse, m’ont dit mes soeurs

et plus tard quand je marchais
l’odeur du cèdre entre mes doigts
consolante d’autant
qu’une femme longeait le mur

j’ai l’ombre vive dessus l’orange
dans l’immense beauté de l’automne

par chance ton silence aussi
m’apporte refuge


Photo – LA BEAUTÉ RESTE TRANSCENDANTE * Octobre 2020

La femme rouge-gorge

moi qui t’avais pris pour le vent
tu me tends un miroir
comme un reproche

par chance la voix de Cécile
n’oublie pas que personne
n’ira au paradis

la lampe est restée allumée
qui éclaire le jardin

j’ai changé l’eau
boueuse
et remis les pierres dedans

c’est la femme rouge-gorge, dis-tu
son regard écarlate

il y a mille manières
de consoler le temps

Photo – CHEVAL NOIR * Octobre 2020 – Ripon

L’étang gravé

J’ai rentré les plantes.
La vigne est belle qui se dénude
dans le crayeux du ciel.
Et dans les parages du corps,
l’amour qui a du mal à être.
Et on sabre dedans.

L’étang d’hier est resté là, gravé
dans son rêve d’espace.
Et je repense à l’oie. Que j’ai
imaginée sceptique devant notre
manière de tendre, les yeux fermés,
vers d’aussi maigres horizons.
En suivant l’appel d’oiseaux borgnes.

Qu’on ne me parle pas d’évolution.


Photo – ET JE L’AI BAPTISÉE ZENNY * Hier, à l’autre bout de l’étang – Ripon

La caravane tendre

je cherche encore la fuite
la caravane tendre
dans l’avare des heures
et l’orangé d’octobre

c’est tant de vent
sans jamais la caresse
ni de près ni de loin
tout l’amour qui nous perd

je t’écris à toi en premier
sans peur
en clair, sur des feuilles dardées
l’amitié sur la route

et on s’éveillera
chacun dans son matin
le corps à fleur de tout

Photo – TOUCHER L’AUTOMNE * Montréal 2020

Ni le ciel ni les bernaches

j’ai ressorti le hamac hier
saoulée que j’étais
par la caresse tiède de l’air

et là malgré le vent fort
les feuilles qui s’accrochent à l’érable

en dépit des travers du monde
je n’aurais voulu perdre au matin
ni le ciel ni les bernaches qui sont passées

depuis l’aube, ma ville était
tranquille, mais là
un marteau piqueur vient de s’y mettre
qui enterre les oiseaux

juste à temps pour mon deuxième café..

la lumière est sublime
dans les feuilles de la vigne

ça sent la pluie


Photo – QUE TOUJOURS L’ERRANCE… * Avant-hier soir, une oie sauvage – Montréal

Plexus

toute cette tristesse sous nos colères
tout cet amour perdu

le ciel est beau ce matin
et les couleurs dans ce qu’il reste de vigne

encore ce creux
celui d’après les dérapages
quand je voudrais tout plus vite

la lumière est tendre
les feuilles tombent une à une
ô le vent sur tout ce qui passe

et cette part de nous
qui m’échappe encore


Photo – LA PATIENCE * Septembre 2020 – Montréal

Haïku de saison

couleur à la main
fascinante dans l’éclat
d’un matin d’automne

Photo – DEVANT MOI * Là maintenant – Montréal

Le ciel tout près

mes yeux sur l’orangé
surtout que l’orangé l’emporte
et le ciel tout près

le temps me prend ce que je suis
le beau comme le laid

je lui prends l’errance au passage
l’eurythmie de la fuite

·


Photo – BATTRE LE PAVÉ * Septembre 2020 – Montréal

Effluve

et l’absence de poids sur hier
coup d’âme ou de hasard

mais suis-moi quand même
viens charger l’instant qu’on y vive

t’as raison que je brume
que les mots et le blanc se font traces légères
flous d’entre les flous

de près, de loin
j’essaie voiles et soies
peut-être mon désir
que le subtil l’emporte sur le lourd

comme un vent de la mer
sans qu’il faille la voir
transporte sur la terre un effluve salin

qu’entre naître et mourir
il s’agisse moins de croire que de vivre

Photo – SUR L’ÉLAN CLAIR * Septembre 2020 – Montréal

Tendre au matin

Cet état de durée qu’aucune sécheresse n’atteint
comme le ciel qui roule et le vent qui se perd
sans rien y attendre

La lumière est plus grande depuis qu’on a ouvert
l’escalier est plein de soleil

Dans le rêve de départ
chacun allait trouver rivière à son âme

et si pendant qu’on avait tout, on avait oublié

Mais au fond je ne sais rien
sinon nos corps célestes et ce désir de temps

et j’aime tendre au matin
qui jamais ne s’en lasse

Photo – REGARDS * Septembre 2020 – Montréal

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