Les promesses de l’incertain

un vent chaud dans la cour
j’ai imité l’oiseau, sifflé comme lui
et j’ai pensé à mon père, son amour de la vie

dans mes plus beaux souvenirs d’enfance
il y a mon chemin seule
pour me rendre à l’école

si jamais un jour je meurs
j’emporterai avec moi
toutes les promesses de l’incertain
et tous les soleils de l’errance

 


Photo – LE MERLE PERCHÉ * Hier, au-dessus de la cour – Montréal

Deux mondes

elle se pose
parce qu’on se pose
c’est l’âme comme l’oiseau
qui y regarde autour
les feuilles
dans le vent qui se donne

et là, dans l’air rendu suave
l’écureuil
sur un fil électrique
et le voisin penché
qui attrape son journal

le ciel est magnifique
et le vert si tendre
qui ne durera pas
puisque déjà encore
la saison qui avance
et l’oiseau comme l’âme

Photo – AVANT DE TRAVERSER * Dans le Mile End * 19 mai 2020 – Montréal

Le bruit des bateaux

« À vouloir allonger la vie, on en perd le sens. »
Mots d’une amie tendre

Tant de bateaux criards
qu’on en perd le vent
et tant d’écueils semés
inconsidérément

J’ai mal à mon monde
et à la peau des autres
à ces regards tranquilles
quand ils croisaient le mien

 



« Le bruit des bateaux à moteur stresse tellement certains poissons
qu’ils réagissent moins souvent et moins rapidement
aux attaques de leur prédateur, ce qui double leur taux
de mortalité par prédation, indique une étude publiée vendredi. »

Agence France-Presse * Février 2016



Photo – D’ERRANCE * Le long de la voie ferrée – 19 Mai 2020 – Montréal


Mais tout le monde

Comme un coup d’eau sous un ciel brûlant.

si un fragment de l’aube s’est déposé quand même
sur elle quoi d’envers la chair et le vivant
serre-la qu’elle sente la vie comme le vent
quand les bourgeons frissonnent

coeurs et corps à se fendre
si fort à se défendre
tout le monde n’est-ce pas
ne peut pas avoir tort

et puis pour la douceur
c’est comme tu l’as dit

Photo – LE SENS DU VENT * 11 Mai 2020 – Montréal

Parfum de noix

qu’on vague tant et autant
dans une histoire de têtes
une histoire de noix
à mirer le même corps
du même nu d’âme

et ces yeux, et ce nez
pas ceux du p’tit visage mais
de cette autre tête
plantée là sur son front…
tu l’avais vue, la tête?

d’autant qu’on naît ce que l’on est
et qu’on se retrouve là un soir
à devenir ce que l’on fait

ça sent le fruit des jours de l’arbre
grège de mon enfance
et l’arôme de tous ces autres
où j’ai joué ma noix
ma p’tite tête de noix
à fouler le chemin
qui collait à mes pieds

Inspiré du portrait ci-haut, un dessin de J’y B.

Gorgées

tous les matins une gorgée d’eau
avec les yeux
vers le soleil ou l’ombre

et là deux hommes
sur le trottoir d’en face
ils refont un terrain, arrachent la clôture
l’un attrape sa gourde
une gorgée
de café sans doute

plus près de moi dans la platebande
le petit pommier pousse
les plus fragiles l’auront échappé belle
le gel de mai n’a rien tué

et puis les jours
comme d’habitude
la suite sera la suite

le coeur se cherche dans cette histoire
de temps arraché au temps


Photo – D’EN HAUT DU VIADUC * Mai 2020 – Montréal

Joli bordel

Je rigole, je rigole, mais j’ai le coeur qui saigne. Jules

Et l’abstraction, qui tant me va.
Je dirais même qu’elle me sied.
M’apporte douceur. Me rend plus tendre.

ainsi je danse
entre le corps et l’essence

En attendant, le ciel est magnifique. Filé de nuages blancs.
Les trottoirs m’attendent. Et les oiseaux et les feuilles.
Qui savent encore voler et pousser par eux-mêmes.

 


Photo – BEAUTÉ D’ACIER * Le 2 mai 2020 – Montréal

Derrière le jour

Je me disais en te lisant qu’on décide pas de qui on aime.
Quant à l’image derrière le jour,
si on regarde bien, on arrive à la voir un peu.

Folle des vieux. De leur sablé d’histoire.
Des bouchées d’ombre et de lumière.
Tout le miel et le tendre. Et l’amer et l’envers.

Folle. Autant que je le suis des vieux arbres.

C’est un courroux en bandoulière.
Et une peine en sacoche.
Au pays des aveugles.

Photo – EN REMONTANT LA RUE ST-LAURENT * Mai 2020 – Montréal

 



Inspiré par ce poème, le Flying Bum a écrit la nouvelle LE MATCIMANITO. S’en dégage un parfum de légende…



Les rois borgnes

les bons sentiments font légion
dans les forêts la nuit

et puis il y a le vent
le vent qui ne fait pas semblant
sous les ailes de l’oiseau

et comme l’autre matin
la terre qui sentait bon

et mon indignation
à ne plus savoir qu’en faire

 


Photo – MA VILLE * 2 mai 2020 – Montréal

Un ciel d’étain

le hululement
c’est le vent, tu me dis
à l’aube, nos pulsions endormies

même si les grandes buses
ont les ailes dans la brume
accolées qu’elles sont aux fourbes avalanches
sur l’horizon voilé, l’anémone reste belle

et sous un ciel d’étain, l’eau perle dans les arbres
aucune cacophonie n’a fait taire la pluie

 


Photo – IMMORTELLE ÉLÉGANCE * Hier – Montréal

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