Si on me demande
je dirai que c’est le temps ou jamais
de se faire son cinéma
Photo – D’UN VERRE À L’AUTRE – Novembre 2020 – Montréal
j’attends longtemps
trop diras-tu
là où les heures, défaites
cèdent leur chair inquiète
aux chairs poétiques
je reste là
à palper l’argile des mots
entre les stries blanches du ciel
et celles du doute
l’apparence du jour
et l’odeur dans l’air
se mêlent au souvenir du vin
sur l’haleine
souvent j’attends
pour que ça dure
éperdue dans la fuite
puis tout ce qui était venu
repart
dans un néant, perdu
mais je n’ai pas d’éternellement
seulement le soleil et le vent
le jeu des feuilles orangées
et toute la gloire que je m’invente
belle comme un désir
Photo – DE VERRE ET DE CHAIR – Hier – Montréal 2020
tous ces mots
de jour et de nuit
pour même un copeau de lune
et la coulure d’un ruisseau
le plancher refroidit
et j’anticipe un peu c’est vrai
l’hiver qui s’en revient quand même
ce temps de vivre et d’y aimer
nos chairs lourdes et poétiques
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Photo – MOUVEMENTS DU DÉSIR – Hier – Montréal 2020
la terre reste vivante
d’entre les lieux et les jours
et je m’abstiens
les mots se tendent mais vont se perdre
quelque part en quête de beauté
et les rivières qui font silence
est-ce que même je les entendais
ce matin le blanc de la neige
venu transformer la lumière
tous nos états, les yeux fermés
sur les ressemblances du coeur
Photo – CES LIEUX DE NOUS – Automne 2020 – Montréal
Chaque jour se dire qu’on joue,
et qu’on triche peut-être, sans trop savoir à quoi.
Dans le solaire et l’invisible, le souffle tend
vers l’ineffable. Et les heures dans leur courbe
se savent mieux que nous.
Si dans la foulée d’une histoire l’oiseau cesse son chant,
c’est que le bruit ambiant étouffe les battements
et que les coeurs ont du mal à s’entendre.
En attendant, je marche dans les pas de l’automne
et de nos souffles coupés court. Et je m’étonne encore
qu’on veuille autant toujours y soumettre le temps.
Photo – VOYAGER LES RUELLES – Octobre 2020 – Montréal
le temps manque d’espace
mais la lumière est belle
le ciel est encore là
et les feuilles et le vent
pour un peu nos âmes
se sauraient l’écho
du plus tendre des pièges
toute cette insistance
à harnacher les corps et les rivières
encore la beauté
coule sans ambages
sur le drame de vivre
Photo – FOULER LE JOUR – Octobre 2020 – Montréal
dans le parc
devant la vieille église
quelque chose d’une foule
quelqu’un sur chaque banc, à chaque table
on y perd le soleil
mais l’air est bon quand même
quelques lignes pour le temps
de s’y aimer encore
on est là
nos corps comme des bateaux lourds
ivres peut-être
à tracer quelque part
une mer, une brise
quelques lignes pour le temps
d’y pleurer de si peu
et d’y rire d’autant
qui sait si nos yeux s’ouvrent
un peu plus grands peut-être
sur ce rêve de nous
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Photo – DANS LA LUMIÈRE DES CHOSES * Octobre 2020 – Montréal
tu m’as envoyé un poème
des vers de Maeterlinck
pour me dire ta tristesse
ça y est l’automne est vraiment là
la vigne est presque nue
pour le petit appartement
on nous a dénoncés
mais tu pourras dormir en bas
quand reviendra le temps
les jours sont lourds ici aussi
c’est à croire qu’on y meurt d’avance
je vague entre le bel automne
et les coins noirs de ma conscience
en attendant
l’air est encore assez chaud
pour l’eau dans le bassin
et j’y vois encore des oiseaux
hier la pluie claquait sur le mur de métal
là tout est plus tranquille
quant aux désirs qui passent
et aux rêves qui se lassent
je te sens et t’embrasse
Photo – LE MILE-END D’ENTRE LES JOURS – Avant-hier – Montréal 2020 (La murale est d’Omen)
la lumière qui fait luire
ton vieux chaudron usé
tu multiplies par quoi
pour y toucher le lieu
le peu
là où déjà pourraient suffire
les oiseaux et l’automne
mais l’humain est une bête
à l’instinct abimé
à la fenêtre, l’orange se berce
ça donne une bonne idée du vent
on dirait qu’elles suivent la musique
oui les feuilles
tellement sexy ce saxophone
tu trouves pas?
et la beauté survit
où passent nos histoires
Photo – CHEMIN D’AUTOMNE * Octobre 2020 – Montréal