Le vent et la faille

la tête près du genou
c’est le matin
la neige n’a pas fondu

chavire, qu’elle entend
laisse faire le vent et la faille
le jour t’attrapera, qui t’a tirée vers l’aube

l’hiver est un long port
blanc de remous et de rives

 


Photo – AU GRÉ DE NOS HISTOIRES * Un instant d’hiver – Montréal 2020

 

Au rêveur, le rêve

des notes
sans but

l’homme balaie lentement son balcon
les rêveurs resteront

la cour est vide
et le ciel est strié de branches

il sait l’hiver sans trop y croire
tant que la vague reste douce

le vent s’élèvera
à temps

Photo – LA MÉLODIE D’UN SOIR * Début janvier 2020 – Montréal

Encore d’errance

l’hiver
dans sa lumière
et le jour déjà
redevenu plus long

je te vois faire
et peindre
y donner sans t’en faire
puisque t’en faire n’y ferait rien

à ta manière ou
à la mienne
rendre à la nuit froide
de ce feu qui nous brûle

et sur la même errance
toucher l’azur béant
où le coeur s’apaise

 


Photo – BLANCHE NOCTURNE * Rue De Bullion, Fin décembre 2019 – Montréal

C’était à s’y attendre

Dehors, le temps se déploie.
La poigne du froid a vaincu les bourgeons.

Et ton corps qui bien sûr a largué les amarres.
Et l’absence qui s’installe à l’intérieur de moi.
C’était à s’y attendre sans doute.

Et là de voir la neige qui poudroie l’horizon.
Et d’en être encore.


Photo – GLACE * Sur le mont Royal, 28 décembre 2019 – Montréal

Les mots et la neige

ce matin, tu m’as dit
et le ciel ressemble
à un ciel de neige

nos corps sont habitués aux morsures du temps
et nos égarements sont plus doux

tout se donne et se perd
comme les mots sur un ciel blanc d’hiver
et la neige dans les sillons du vent

 


Photo – JAMAIS ET TOUJOURS, LENTEMENT * Fin décembre 2019 – Montréal

Sur la cadence d’une veille

et ces moments de clair soudain
au grand fil des états de neige

et tout ce qui en vaut la peine
les notes scandées sur un piano

toutes ces choses belles
et nues
et nos cœurs qui s’avouent vaincus

Photo – ERRER AU SEIN DES INFINIS POSSIBLES * Le 22 décembre 2019 – Montréal

Glisser sur la musique

à L.

pour que tu glisses
doucement
dans l’air comme dans l’eau
sur toutes les notes
tous les accords
même les mineurs
et le temps et l’amour
et mille autres rivières

on s’élève en tombant
on tombe en s’élevant
et tout ce temps
la musique qui joue
qui sait où elle s’en va
sur chaque jour qui passe
et s’amène et nous porte

 


Photo – SYMPHONIE D’UN INSTANT * Le 20 décembre 2019 – Montréal

Et d’errer quelque part

Je me heurte à moi-même.
Sans trop me reconnaître.
Ni mon air, ni ma manière.
Comme si ma voix, jusqu’à mes lèvres,
changeait d’envie.

Y a des grenailles plein le trottoir.
Pour nos âmes glissantes.
L’herbe, déjà, ne sait plus la rosée.
C’est vite qu’on oublie les choses.

Là où j’existe est si mouvant.

Et d’errer quelque part à la surface des jours.
Même entre rires et larmes.

Photo – ET MARCHER DOUCEMENT LES HEURES * Décembre 2019 – Montréal

Mais ces trous dans nos paysages

le tissu blanc qui s’épaissit
et j’ai le temps

l’hiver peut y aller de sa neige
de son mordant jusqu’à la moelle

mais ces trous dans nos paysages
ces horizons creux de rochers

l’azur béant, l’amour géant
pareil aux circonstances d’oiseaux

me reste ton regard parlant
éperdument beau et perdu
qui se mêle à la lune

 


Photo – QUIET SNOW * Décembre 2019 – Montréal

Et les jours où l’oiseau suffit

on est grands
qu’on se dit
et pourtant si petits

j’entends ma ville
qui chante
et qui pleure à la fois

mais encore que l’eau reste
et le ciel
et la terre aussi

pour les tendres rivières à suivre
et les jours
où l’oiseau suffit

Photo – FILLE AU CENTRE-VILLE * Le 15 décembre * Montréal 2019

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