Le temps ordinaire

Tout se trouvait derrière le vent.
Caché comme je me cache.

Et là, la neige fine sur les parterres.
Et le goût du café.

Mes jours qui passent. Sur du temps ordinaire.

Mais ne vous trompez pas.
Il m’est bon ce temps ordinaire.

Photo – RUE ST-LAURENT * Le 8 novembre 2019 * Montréal

Tout prendre

Le jour est poreux comme mon corps.
Et puis ce caractère, pressé de dire et d’exister.

Le tissu de ta mort abrille encore mes heures. Et la neige qui s’en vient.

Il m’est toujours si beau le bois qui git sur la grève.
De toute manière, j’aurais fait quoi d’une mer sans vagues?

Le temps crevasse et c’est parfait. J’allierai les louanges et les dérisions,

les circonstances du corps et celles du regard.

Et juste là dans l’aube, les feuilles qui dégringolent.
À m’en faire oublier ma nuit.

Photo – EN RUELLE * Le 30 octobre 2019 – Montréal

Matin d’allant

Matin couleur, matin
saveur. À s’en rouler dans
les feuilles. Ce que
je n’irai quand même
pas faire, les belles sont
trop mouillées.

Ou quand l’érable
n’envie rien au passant
pressé qui le frôle.

Matin de branches sur
le bleu et d’écureuils
excités. De grand dévolu
du soleil sur le
trottoir et sur la rue.

Quant à la fille
assise là, son café est
parfait mais ses pieds sont
déjà trop froids.
Elle n’a pas pensé
à ses bas.

 


Photo – ENCRÉ D’AUTOMNE * Sur le mont Royal – 4 Novembre 2019 * Montréal

Nos radeaux

les aboiements du paysage
et nos tendresses, comme des intersections

harnachée d’ombre et de soleil, d’amours
vifs et de terres ardentes, aux flots qui
débordent déjà, elle swigne des radeaux
de papier

et le sien flotte sur une mare de pluie

Photo – LA PUDEUR DE L’INSTANT * Vue d’hier * Montréal 2019

Samain (Hallows’ Eve)

Mouillées, les feuilles, affalées.
En tas ∼ les unes contre les autres.

Le vent monte déjà qui les séparera.
C’est qu’il y aura tempête, on dit qu’elle sera forte.

Ainsi les jours vont, tranquilles et d’autres lourds.

Le ciel est gris qui noircira. Et les fantômes y passeront.
Et les enfants s’y mouilleront.

Photo – UNE MAIN SUR L’ÉPAULE ∼ ET FEUILLES / Hier * Montréal 2019

Rideau

je tends le bras
et j’ouvre

je le voyais déjà un peu
derrière le diaphane

lui, l’érable

un matin de feuilles mouillées
jaune et rouge sang

les trottoirs sont couverts

et le vent souffle, qui change tout

Photo – CROISÉ * Montréal 2019

Argile

bien sûr, les images ratées
ces choses qu’on tait à moitié

les mots parfois comme de l’argile
qu’on pétrit sans trop de ferveur
tant ils nous semblent sourds au lyrisme des jours
aveugles aux ardeurs de l’automne

 


Photo – HIER SUR MA RUE * Montréal 2019

Navets d’entourloupe

Il faut pas croire dès que l’on dit
que l’on y dit vrai ou vraiment.
On joue de carottes enjouées,
de navets d’entourloupe.

Amanchez tout comme il vous sied,
dans le sens qui fait votre affaire.
Mais laissez-la prendre son pied
et brasser sa soupe.


Photo – AUTOMNANCE * Montréal – 21 octobre 2019

À visage ouvert

Le ciel escorte.
Et ce piano encore.
Comme des gouttes d’âme.

On l’a vue rire sur le trottoir.
Malgré la noirceur évidente.

On l’a vue qui piochait dans l’ombre.
La déchéance et les frissons.
Les là-bas et les solitudes.

Et toutes les parois qui éclatent.
Jusqu’à laisser entrer le vent.

À visage ouvert, elle a ri.
Le temps pesant lâchait la bride.
Le coeur y rembarquait l’errance.
Et la brume sentait bon.

 


Photo – SUBLIME D’OCTOBRE * Campus McGill, Montréal – 21 octobre 2019

Éditation

Dehors les branches de l’érable / dans les grands bras de l’espace / et la lumière qui martèle / jusque dans l’ombre / que tout est là / les rumeurs sont fausses / qui disent qu’on doit forcer / l’été et l’hiver passent / et reviennent / les penchants de l’azur / et les couleurs de l’eau / chaque jour pour se souvenir / les trottoirs / et la marche vive / m’éditer / dans l’automne et ailleurs.

Photo – ENTREDEUX * 21 octobre 2019, Montréal

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