Trous de mémoire

chaque jour dans la voix du matin
le poids de la mort et du monde

ah! le bonheur quand même
d’avoir des trous dans ma mémoire
des gouffres à désespoir
où j’peux larguer ad libitum
le lourd et l’inutile

c’est qu’ils aiment souffler à mort
les vents portants du marché
et le sol est moins cassant
pour les oiseaux légers

Photo : GRAFFITI, MUR, NEIGE ET TAILLIS – Avant-hier, le long de la voie ferrée 

Le chant de Rose (Rose’s Song)

Norvège, autour de l’an 1900.

j’ai misé sur l’art de l’utile et me suis adaptée
ainsi, depuis la terre où j’ai vécu
à travers forêts et montagnes, j’ai su ma liberté
et mes racines ont trouvé leur chemin

et si plus qu’il n’en faut j’ai cherché paraboles
c’est qu’on m’en a servies, à moi comme à tant d’autres
sur fond de couronnes et d’épines
et de gloires sanguinaires

c’est vrai que j’ai un sang teinté par l’art dévot
mais dans mes veines affluent les rivières sauvages
les neiges souveraines et les grands vents du large
et ces parfums musqués qui montent des sous-bois


Photo : INCONNUE / L’IMMIGRANTE – Vient de la même collection de photos trouvées dans une grenier de la Caroline du Nord. Celle-ci a été prise à Christiania (maintenant Oslo) en Norvège. Aucune date n’y est inscrite. Mais le photographe, Gustav Borgen, a vécu de 1865 à 1926.

L’encre d’une chair

l’encre d’une chair qui m’imprègne
un matin doré qui me baigne
et je vois plus loin que mes yeux

les vagues passent
et je ne retiens que l’amour

Photo : METAL FLAKES – Rue St-Laurent * 10 décembre 2017

Ne change rien

ne change rien
tout changera
de toute manière

et moi je ne demande rien
seulement que tu sois là

Photo : DOUCEMENT LA VIE – Près de chez moi * Décembre 2017, Montréal

Le temps de ce temps-là

vas-y emporte-moi
à travers tes p’tits mots, tes petites chansons
à travers tes p’tits pas, tous plus grands que mon cœur
je me ferai légère, légère et on rira
je me ferai tendresse, tendre et on chantera
et tu diras oh oh, et on s’esclaffera
on sera bien ensemble le temps de ce temps-là

Photo : SE PENCHER SUR LES HEURES – Novembre 2017

Où couve ton désir

dans ta traversée des nuits d’ambre
y en aura plus d’une qui mène
dans le grand lit de cendres
où couve ton désir

Photo :  RENTRER À LA BRUNANTE – Dans une rue du Plateau * 16 h 25, le 3 décembre 2017

Bye bye la belle histoire

Simone a un visage tombant, lézardé de rides. Hier, je l’ai vue grimacer après qu’une femme aux lèvres démesurées et aux joues impossibles soit passée devant nous.

– Qu’est-ce qu’il y a, Simone, pourquoi tu grimaces?

– Autant de gaspillage me désole, c’est tout. Quand on pense au temps qu’un visage met à se faire. À toutes ces lignes qui se tracent au fil de tellement de jours. Ça me dépasse qu’on en soit à niveler et standardiser des oeuvres uniques qui prennent des années à s’écrire. Bye bye la belle histoire!

Elle poursuit avec ce sourire d’enfer que je ne connais à personne d’autre.

– Mon visage en dit long, t’es pas d’accord? Regarde ce joli mot à côté de mon oeil, ce lyrisme tordu qui traverse mon front, et ces vagues murmurantes qui déferlent sur mes joues. Si je me faisais refaire la face, non seulement l’histoire deviendrait commune, mais sa suite éventuelle verrait jamais le jour. Plutôt triste, tu penses pas? Ce serait comme arracher les dernières pages d’un grand roman et coller à leur place une fin banale et prévisible.

Sur ce, mon amie se lève et m’embrasse. Quiconque la connaît sait qu’elle part toujours sans crier gare. Et rien que sur une patte.

Bref, tout ça, c’est du Simone tout craché. Et moi, plus je vieillis, plus j’aime Simone.

Photo : SUR LE BANC – Parc Lafontaine, Montréal * Fin novembre 2017

Over and over

envoie-moi une fausse note
que je l’attrape

j’ai l’habitude
de m’assoir entre mes amours
pour en perdre le sens
et faire tourner le jour

allez vas-y, une fausse note
pour que ça claque doucement
un air tout croche avant l’averse
on se lavera le coeur ensemble

et là, tu vois
le ciel est parfaitement doré
je prendrai tout de cette beauté
qui fait tomber et retomber

en amour over and over

on finira par terre ensemble
juste pour rire
à faire grincer les vieilles portes

et là, tu vois
le ciel devenu rose
et derrière la maison devant
le soleil qui s’en va

Photo : LA BELLE ÉLÉGANCE – Dans l’arrondissement Ville-Marie, Montréal * Fin novembre 2017

Le paradoxe de la fêlure

Il y a le Bangladesh. 

Et puis il y a ce fond de nuit et d’ombre sur tes ailes,
cette fêlure qui étrangement te rend encore plus belle. 

La grandeur du mystère n’a d’égale à mes yeux
que celle du paradoxe.


Photo : 17 h 51 – Viaduc Papineau * 23 Novembre 2017 

Et les chemins qu’on croyait prendre

ce sera encore pour l’aventure
des noeuds à faire et à défaire
avec toujours
un ciel en réserve
où se noyer un peu

et pour l’ardeur et le désir aussi
avec la faiblesse qui danse
et toute la force qui l’abime

dans la musique que fait l’automne
tu peux venir
je mettrai d’ la soupe à chauffer

je t’aime encore, t’aimerai toujours
malgré nos longs détours
et les chemins qu’on croyait prendre

Photo : LA BELLE ERRANCE – Hier, sur Sherbrooke * Montréal 2017

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