Éperdument la pluie

l’humanité
sa manière de goûter
d’aspirer le grand vide
la pluie est désarmée pourtant
le monde en serait-il jaloux?

il y a tant à voir tant et tant à aimer
et tant de beau à faire dans le creux des saisons
et des coeurs et des corps

tout ce perdu de temps à s’y perdre à vouloir
les yeux si grands fermés
mille et mille richesses vides de sentiments

dépourvus de tendresse on est si peu
il me semble
ou rien
du tout

carolinedufourfibevbr

DANS LA LUMIÈRE DU SOIR – Rue Beaubien, il y a deux jours

Décider ou vivre

je n’ai rien décidé
ou de si peu de choses
surtout pas décidé
de qui j’allais aimer

j’aurais fait autrement
mais sans doute pas mieux

car on décide quoi
et comment, dites-moi
moi je me donne à croire
qu’on ne décide pas

ce temps qui m’est si court
je préfère le vivre

Photo : LA FILLETTE SUR LE TROTTOIR – Mai 2017, Montréal

L’étonnement

ni plus ni moins que le monde
dans ses danses macabres
et ses valses blanches
du haut de tout
je redescends
et du bas, c’est pareil
je remonte
gris, jour de pluie
bleu, jour de soleil
rien ne détonne
le sens est celui
qu’on lui donne

carolinedufourfenbran

LA BEAUTÉ APERÇUE – Avril 2017, Montréal

À l’insoumise

je suis souvent si bête
et mon intensité encore
comme une enfance inassouvie
la liberté reste à me faire

y a tout à coup
tant de soleil sur le trottoir
et pourtant le ciel est noir

de toute manière
voilà ma quête

à la grande insoumise
qui me fascine et me façonne
et seulement toujours à sa guise
je ne demande que du temps
pour y faire et y voir

et y rêver surtout

continuer dans la foule
malgré l’amour qui a soif
et le vertige partout
d’aller boire au ruisseau

Photo : CELLE QUI RESSEMBLE – Avril 2017, Montréal

La lune ne crie jamais

j’écoute des notes qui s’égouttent
comme ces étrangers qui fascinent
des gouttes d’eau qui me réveillent
ou qui m’endorment, je ne sais pas

on couche bien au fond du bois
où se trouvent les douleurs du monde
on ne s’y noie pas pour autant
peut-être qu’on parle plus doucement
pour ne faire de peur à personne

la lune jamais
jamais la lune ne crie

le temps passe et là je m’étends
sans m’en défaire plus qu’il n’en faut
on tombera de toute manière
ça sert à quoi de tout brûler
aussi bien regarder le temps
le ciel et les enfants

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Photo : BONTÉ DE BRUINE – Hier, dans mon quartier

Il veut vite le monde

le vert et le printemps
et un vent
à écorner les boeufs

un petit son country
et des fenêtres grandes ouvertes
sur un samedi ensoleillé
plus rien d’autre à vouloir, je dis
que des enfants qui se balancent
sur le début de leur histoire
d’une histoire qui leur sera tendre
cousue d’amour-accoutumance
et de grands tiroirs à l’envers
quand on s’en fait pas avec ça

une histoire obsolète
me dira-t-on peut-être
parce que le monde va vite
qu’il veut vite le monde
et que cette histoire-là est lente
et ne veut rien que de vivre

Photo : POUR LA SUITE DU RÊVE – Avril 2017, Montréal

Simone, la finalité et les ruisseaux

C’est pas souvent qu’elle parle autant, Simone. C’était hier, au café. Même qu’elle ruait dans les brancards, pis pas à peu près.

« Est-ce que t’embaucherais un historien, toi, pour enseigner l’éducation physique? Ou un joueur de football pour enseigner l’histoire? Non mais quand même. Dans un monde où la finalité n’est plus l’homme mais l’entreprise, on continue d’élire des clowns ambitieux. Ce que ça me dit moi, c’est qu’y a plus grand monde qui sait réfléchir. Et qu’il est grand temps de donner le pouvoir aux philosophes et aux poètes. Et même là, seulement à ceux d’entre eux qui aimeraient mieux ne pas l’avoir.

En attendant, ça fait longtemps qu’on aurait dû rayer de la liste certains prétendants. T’as fait une émission populaire où tu vendais du rêve? Tu peux pas. T’es à la tête d’une sorte de cartel médiatique? Tu peux pas. T’as une entreprise florissante qui fait travailler des Cambodgiens ? Tu peux pas. Et ainsi de suite, tu vois le genre.

Au final, pas besoin d’éplucher le monde. Il va nulle part, de toute manière. Par chance, ses printemps valent toute l’existence. Et les ruisseaux continuent de couler. Certains même jusqu’à nous. Comme si on était la mer. Un peu naïfs peut-être, mais toujours beaux, les ruisseaux. »

Elle perd jamais tout à fait espoir, mon amie Simone.

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HIER, SOUS LA PLUIE

Tomber, tombe et retombera

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N’attends pas l’or, lui dit-elle.
Viens rire avec moi à la place.
Sur les trottoirs craqués.
À l’orée des vieux boulevards.
On lira au pied des arbres.
Et on tombera amoureux fous.
Tomber, tombe et retombera.
Rappelle-toi le bruit de nos pas.
Et la tête de chat sous la pluie
par la fenêtre de l’autobus
au mois d’avril de l’an dix-sept.
N’attends pas l’or, mon amour.
Viens rêver un peu avec moi.

Photo : LE CHAT DE LA RUE PAPINEAU – Avril 2017, Montréal

Les larmes du printemps

On se méfie de la beauté peut-être.
On avance en regardant autour, partout, pour ne pas tomber.
Comme si les habitudes étaient condamnées d’avance.
On y perd sans doute quelque chose, dit-elle.
Que veux-tu dire?
Rien, je n’ai rien dit.
Le désert est grand et moi je suis petite.
Par chance, c’est avril. Je vois les crocus. Et je croque.
Mieux.
Plus fort qu’en février.
C’est l’histoire qui se répète. Mais sa répétition m’est douce.

J’ai cent mille raisons de t’aimer.
Cent mille raisons d’aimer le monde.
Et j’en ai encore plus au printemps.

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REGARDER LES PIGEONS – Hier, dans le Mile End

Le début et la fin

Faut pas t’en faire avec ça, lui dit-elle. 
Toute ta vie, tu ne seras qu’un début de poésie.

Comme une fleur qui se contente de vivre. 
Un bourgeon qui éclate. À l’entrée, jusqu’à la fin du jour.
Comme la gueule grande ouverte d’un loup qui sait tout.
On est immenses, et toi aussi.
Ta nature n’y fait rien, même si elle y fait tout.

Sois ce début de poésie. Ce morceau, ce départ, cette danse.
Et tu seras la poésie entière.

Photo : MONANDRE – Il y a deux jours, sur l’avenue De Lorimier

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