
je serai folle, mon amour
comme la feuille qui tombe sans savoir où elle va
comme le ciel qui s’ouvre sans demander la permission
comme le jour qui se lève sans penser à demain
comme la nuit qui s’étend sans demander pardon
je serai folle, c’est tout
L’air était doux. J’étais assise sur le banc, adossée avec Simone au mur de l’ancienne bibliothèque. J’ai toujours aimé ça flâner au soleil avec Simone.
On regardait les moineaux qui se vivaient tranquilles dans un gros arbre, quand on s’est mises à parler de haine, et de besoins aussi. On aime ça philosopher, Simone et moi. On aime ça digresser aussi. Tout ça pour dire que ce midi-là, j’ai demandé à Simone si elle avait des ennemis.
« Des ennemis, moi? Vraiment pas. J’ai pas de temps à perdre là-dessus. Si tu veux savoir, ça fait longtemps que j’ai mis ça dans mon tiroir d’insignifiances. Juste à côté des besoins à la sauce Maslow, le gars à la pyramide, tu vois de qui je parle? Ça tient pas debout son histoire, fie-toi sur moi. C’est juste bon à faire consommer le monde, ça swingue en plein dans le sens de la culture dominante. Celle des grosses business, si tu vois ce que je veux dire. Bref, je suis encore plutôt jeune tu me diras, mais j’ai décidé de vivre comme s’il me restait deux ans devant moi. Ni plus ni moins deux ans. Je m’applique à ça, pis je laisse la vie s’occuper du reste. En passant, si tu y penses, tu serais fine de regarder sur internet pour moi… j’aimerais ça savoir combien de temps ça vit, un moineau. Tu me le diras la prochaine fois. »
C’est là qu’elle s’est levée, m’a servi un sourire grand comme le monde, a repris son carrosse rempli de bontés, pis s’est changée en citrouille. Ou en grenouille, je sais plus. Elle est comme ça. Simone.
*Photo : LE POÈTE À VÉLO – Montréal (Mars 2016)
Poésie et photographie
(Montréal, Québec)