J’attendais sous la pluie, au même feu que lui. Tu ressembles à un amant que j’ai eu quand j’avais vingt-sept ans. S’il avait eu un garçon, j’aurais juré que c’était toi. Dans l’instant, j’ai seulement imaginé et je l’ai écrit dans ma tête. Il pleuvait fort, on n’avait pas de parapluies. Autrement, je l’aurais sûrement dit, pour le plaisir d’un regard et d’un bout de vie partagé. C’était pas banal, il lui ressemblait tant. Et puis je suis comme ça.
Je m’accroche à l’espoir parce qu’ainsi je suis faite, et à la vie parce qu’on n’a pas le choix. Et je reste empressée comme au premier désir, au souffle chaud des premiers soirs qui nous attelle à nos amours, peu importe nos mouvances et les musiques de la nuit. J’ai de la chance. Et s’il faut qu’un jour je découvre qu’au vrai je n’ai fait que souffrir, j’en comprendrai que j’ai trouvé comment endormir le malheur dans les bras du bonheur, et me saurai privilégiée de voir mes rêves pour ce qu’ils sont et de n’en rien demander d’autre.
Sur mon sentier de bohème, où l’on me croit errer parfois dans les galoches de la défaite, je continue de m’endormir en rêvant du prochain matin, qui me verra nomade encore dans tous mes lieux de permanence, courant les chemins sans barrières de mes plus belles solitudes, voulant larguer dans mes errances, aussi minuscules soient-elles, quelques poussières de noblesse, au travers les souillures et toute la bêtise alentour.
Qu’on me démasque, je n’ai rien contre, tant qu’on me laisse bercer mes songes comme il me plait de les bercer.
Poésie et photographie
(Montréal, Québec)