Insoutenable la légèreté ?

même s’ils soufflent
à grands coups
chez les fins comme les fous
les vents de l’amertume
ne viennent plus
dans mes
nuits
pas plus que dans
mon lit les vents de la rancune
qu’ils aillent
souffler ailleurs et gâcher
d’autres vies
je n’offre plus ma peau
qu’aux vents chauds
amoureux
mon pas est plus léger
et là
dans l’instant
mon âme danse

carolinedufoursouch

GOING HOME – Tout à l’heure dans le métro

Assez pour la peine

j’ai croisé bien des hommes
que je n’ai pas enviés
à eux je n’ai rien dit
ça n’aurait pas servi
mais à chacun des autres
qui en valaient la peine
j’espère que je l’ai assez dit

I have met many men
that I did not envy
to them I said nothing
it would’ve been in vain
but to all the others
who were more than worthy
I hope that I said it enough

SOIR DE PLUIE  Rue D'Iberville, novembre 2015

SOIR DE PLUIE
Rue D’Iberville, novembre 2015

Complexe invariable

comme des traces
des signes sur ma peau
vouloir être aimée
exister
sans barrières
ni œillères
trouver les mots
et les couleurs
qui contiendraient tout
toute la sensibilité du monde
et toute la beauté aussi

Désir

je l’ai grimpée
plus vite que d’habitude
mon envie d’elle toujours mais
là c’était pour lui
trop de jours et ce manque
jusqu’à supplier en montant
va pas trop vite j’ai dit
prends ton temps
garde-moi de l’ardeur
pour cette soif qui me brûle
j’arrive au grand tournant
celui avant le lac
le long et le dernier
qui lie les deux versants
attends-moi galarneau
quelques secondes encore
t’as été si absent
et moi qui te veux tant
à peine quelques pas
j’arrive j’y suis presque
ah ça y est me voilà
devant toi qui m’exauces

carolinedufourrachso3

CEPENDANT QU’IL DESCEND SUR L’AUTRE VERSANT – Rue Rachel, avant-hier, le mont Royal en arrière-plan

Petit crime

la distance comme un p’tit crime
qui t’éloigne de moi
un tout petit petit crime
mais tant que tu danses

distance as a li’l crime
that has you far away
a very little little crime
but so long as you dance

Gaby et le sublime

les rues sont noires d’eau, comme les trottoirs
la brique, le ciment, tout est foncé
j’y glisserai mes pieds tout à l’heure
pour aller voir Gaby
on sera heureux lui et moi
et puis ça m’fera fuir un peu
cette passion qui prend parfois
des airs de petite assassine
vas-y tue-moi que je lui dis
avec toi je suis si vivante…

MARIAGE MATINAL

c’est tout
comme un grand matin ordinaire
qui tout à fait me va
et si elle fraie un peu ma peine
si je l’ai laissée faire
c’est que j’y ai vu quelque chose
comme une ouverture vers la mer
mais l’autre
qui verse trop près de l’orage
et me souffle tourmente
elle je la tiens en joue
je veux garder mes gestes tendres
et mes belles errances
oui je le veux
ni rien qui ne soit à outrance
ni rien qui ne soit déjà là
que ça
juste ça
rien de moins que
ce sublime respir

LE GRAND MOUVEMENT

LE GRAND MOUVEMENT

Le vent me le dira

y a encore du vert dans la cour
qui perce à travers le rouille et le doré de l’automne
il pleut et c’est gris
j’arrive à voir la beauté mais
mes pas sont bêtes
le rideau est resté fermé
plus longtemps que d’habitude
mon geste se fait attendre
j’ai vidé et rempli la machine
le comptoir est propre
la lumière se penche doucement
et le vent, je le vois qui souffle
ce matin m’intimide
mais la cour est belle
et mon café est bon
et tout à l’heure
le vent s’en mêlera
et il me le dira
j’irai dehors

CE MATIN LA COUR - Rosemont Petite-Patrie, 2 décembre 2015

CE MATIN LA COUR – Rosemont Petite-Patrie, 2 décembre 2015

Souffle d’automne

je suis de cycles et de vent
du premier au dernier matin
je l’imagine et je le dis
jusqu’à le porter dans mon souffle
je vis la mort de mes saisons
dans leurs envers et leurs ardeurs
des feux qui détruisent mon corps
à ceux qui enflamment mon coeur

mon chemin s’est tracé tout seul
je n’ai eu qu’à rester debout
la nuit bleutée me le répète
quand je lui tends un peu l’oreille
dans les états des jours changeants
rassasie-toi

LES DERNIÈRES MUSIQUES D'AUTOMNE - Fin novembre sur le mont Royal

LES DERNIÈRES MUSIQUES D’AUTOMNE – Fin novembre sur le mont Royal

Mouvances

J’attendais sous la pluie, au même feu que lui. Tu ressembles à un amant que j’ai eu quand j’avais vingt-sept ans. S’il avait eu un garçon, j’aurais juré que c’était toi. Dans l’instant, j’ai seulement imaginé et je l’ai écrit dans ma tête. Il pleuvait fort, on n’avait pas de parapluies. Autrement, je l’aurais sûrement dit, pour le plaisir d’un regard et d’un bout de vie partagé. C’était pas banal, il lui ressemblait tant. Et puis je suis comme ça.

Je m’accroche à l’espoir parce qu’ainsi je suis faite, et à la vie parce qu’on n’a pas le choix. Et je reste empressée comme au premier désir, au souffle chaud des premiers soirs qui nous attelle à nos amours, peu importe nos mouvances et les musiques de la nuit. J’ai de la chance. Et s’il faut qu’un jour je découvre qu’au vrai je n’ai fait que souffrir, j’en comprendrai que j’ai trouvé comment endormir le malheur dans les bras du bonheur, et me saurai privilégiée de voir mes rêves pour ce qu’ils sont et de n’en rien demander d’autre. 

Sur mon sentier de bohème, où l’on me croit errer parfois dans les galoches de la défaite, je continue de m’endormir en rêvant du prochain matin, qui me verra nomade encore dans tous mes lieux de permanence, courant les chemins sans barrières de mes plus belles solitudes, voulant larguer dans mes errances, aussi minuscules soient-elles, quelques poussières de noblesse, au travers les souillures et toute la bêtise alentour.

Qu’on me démasque, je n’ai rien contre, tant qu’on me laisse bercer mes songes comme il me plait de les bercer.

 

Comme ça

dire comme les arbres juste assez rien de trop
et faire comme les feuilles qui tombent à bon propos
le ciel qui neigera sans me voler ma vie
chez moi l’hiver s’en vient et je l’attends tranquille

je voudrais chanter comme ça
berçant l’oubli sans fêler les âmes
chanter comme ça
et conquérir le coeur d’avant
pour le coeur de devant
connaître la musique
celle où l’arbre monte toujours
sans jamais rien brandir pourtant
avec toute sa sève

éclater de rire en pointant
vers l’horizon qui s’ouvre
au milieu des lointains murmures
et entendre les mots portés
par les grands vents de l’âme
sur tous nos courants de tendresse
vouloir en couler de légers
qui chantent aussi forts que doux
et n’en verser pourtant qu’un peu
qui tremblent
si frissonnante je suis
de tant vouloir te dire
combien j’aime quand on se regarde
à travers les yeux de l’espoir
et tous les desseins de l’amour

S'AIMER, ET LE CHANTER FORT DANS LE VENT

S’AIMER, ET LE CHANTER FORT DANS LE VENT

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