Ouverture matinale

le ciel se jette sur nous
couverture bleutée picotée de bourgeons
mes yeux se posent

de l’autre côté de la rue
la lumière colore ses cheveux
tandis qu’elle descend les marches

le métal des voitures a l’air presque chaud
je respire
mes épaules baissent

elle remonte l’escalier en vitesse
un oubli sans doute
il l’attend dans la voiture
la portière ouverte

bonjour printemps

*Photo : LA FILLE SUR LE BANC – Hier, sur le mont Royal

Si belle, la neige

mamie, mamie, je n’ai pas de filet
s’il fallait que je tombe, mamie
s’il fallait que je tombe…

« tu n’en as pas besoin, jolie
la vie t’attrapera
et s’il venait qu’on te propose
le bonheur à jamais
ne le prends pas, ma rose
tu t’y endormirais »

quand elle est un peu triste, mamie
elle ne s’en fait pas
« car la neige est si belle, o gué
et puis le temps, tu sais
on sait jamais le temps
on sait jamais »

carolinedufourneifili

IL NEIGEAIT QUAND LA PETITE FILLE REVINT DE L’ÉCOLE – Avril 2016, Montréal

Les blancs silences

ah la neige qui fond
et le froid qui s’en va pour que les choses changent
par chance qu’on n’y peut rien

et en dessous
regarde
ce qu’on avait laissé
un peu exprès peut-être
parce que l’été souvent
rend les choses plus faciles

les belles soirées dehors
la douceur de l’air tiède

ce matin en marchant
je me disais le temps et ce qu’il fait de nous
et à force de lui
ce qu’on arrive à taire et à ne plus se faire

je pensais entre autres
aux silences alizés
qui ont soufflé sur nos soirs
au bout des jours trop froids
et à ces heures passées
à laisser chanter l’habitude

mais quand même
le grand blanc cette année
aura eu plus que son tour
et je me souviendrai de lui
comme d’un boqué à mort
barbouillé de sautes d’humeur

* Photo – LE TEMPS DE LA RAPAILLE
Avant-hier, dans une ruelle de Rosemont Petite-Patrie, Montréal

Velours rouge

à force de rien
ou presque
tout est devenu léger et tendre
et chaud tout à coup

comme l’était le vent d’hier
où la vie s’est laissée prendre

le soleil pleut et j’y vais
me fondre dans l’air

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LE PAS (autoportrait) · Printemps 2016 · Montréal

La sobre abondance

longtemps
à marcher dans nos pas
et le jour
solide
dans la caresse du silence
et fort
d’être si plein de tant
de nuits
sans réel vacarme
nous sommes riches
simplement
d’autant de quiétude

carolinedufourcadmrcous

DIMANCHE D’ENCRE – Mars 2016, Montréal

Le beau lointain

j’ai les yeux sur le ciel
le vent qui s’y attache
et le soleil aussi

je m’habille à l’instant
besoin de vêtements chauds
et d’une laine de courage
parce que c’est froid dehors
malgré le presque avril

une laine légère
pour un rien de courage
puisqu’il s’agit
de rien
que ma peau et mon âme
devant ce qui s’achève
et ce qui recommence

je pars sur la montagne
avec quelques questions peut-être
pour elle et pour les arbres
sur les cœurs gangrenés
et sur la vie qui passe
sans qu’on la voie toujours

en attendant
il reste beau le ciel
et dans tous ses états

+

Photo : CIEL, LA BALLERINE !
Hier, dans la vitrine de la galerie BBAM!
(Sur le chevalet, une oeuvre de Carylann Loeppki)

Plus vive de vous

carolinedufourflecol

Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse
vous mes amis d’hier et d’aujourd’hui
cette amitié dans la continuité
un mot un regard un silence un sourire une lettre
« L’âme à la tendresse », Pauline Julien

J’ai une amie, une belle amie. Et hier, tandis que je trimballais ma peine, que même le soleil et les arbres n’arrivaient pas à m’en distraire, voici ce qu’elle m’a dit : « Ne prends pas la douleur des autres, n’ajoute pas la tienne à la leur… donne-leur de la joie, de la force… Si on se laisse aller à trop réfléchir sur la douleur qui nous rentre dedans, on ne va plus vivre et on donnera raison aux barbares… »

Quand j’ai su pour Bruxelles, j’étais en train d’écrire, je nous parlais de nous. Nous tous autant que nous sommes, du moins je veux le croire… Nos coeurs comme des fleuves rêvant d’une même eau… Et là, la haine, vlan ! La haine qui revenait me toucher de plus près, comme en novembre. Et ma tristesse et ma colère devant autant de douleur, autant de peine encore.

Mais tu as raison, mon amie. Si j’ai pleuré un peu, je te promets, je serai vive demain.

Parfum de saison

J’ai appris à aimer l’hiver. Appris, oui.
Car c’est froid l’hiver. C’est dur l’hiver. C’est exigeant l’hiver.
L’hiver te demande de t’abandonner. Ou tu le fais, ou tu perds.
Pour le printemps, j’ai rien eu à apprendre.
Quand il revient, c’est l’odeur de la liberté qui monte.
Et c’est gagné d’avance.

I learned to love winter. Yes, learned.
Cause winter is cold. Winter is hard. Winter is demanding.
Winter asks that you surrender. Either you do it or you loose.
As for spring, there was nothing to learn.
When it comes back, it’s freedom I smell.
And I win, no matter what.

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PLUS PRÈS DE LA PEAU / CLOSER TO SKIN – Mars 2016, Montréal

Simone, Maslow et les moineaux

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je serai folle, mon amour
comme la feuille qui tombe sans savoir où elle va
comme le ciel qui s’ouvre sans demander la permission
comme le jour qui se lève sans penser à demain
comme la nuit qui s’étend sans demander pardon
je serai folle, c’est tout

L’air était doux. J’étais assise sur le banc, adossée avec Simone au mur de l’ancienne bibliothèque. J’ai toujours aimé ça flâner au soleil avec Simone.

On regardait les moineaux qui se vivaient tranquilles dans un gros arbre, quand on s’est mises à parler de haine, et de besoins aussi. On aime ça philosopher, Simone et moi. On aime ça digresser aussi. Tout ça pour dire que ce midi-là, j’ai demandé à Simone si elle avait des ennemis.

« Des ennemis, moi? Vraiment pas. J’ai pas de temps à perdre là-dessus. Si tu veux savoir, ça fait longtemps que j’ai mis ça dans mon tiroir d’insignifiances. Juste à côté des besoins à la sauce Maslow, le gars à la pyramide, tu vois de qui je parle? Ça tient pas debout son histoire, fie-toi sur moi. C’est juste bon à faire consommer le monde, ça swingue en plein dans le sens de la culture dominante. Celle des grosses business, si tu vois ce que je veux dire. Bref, je suis encore plutôt jeune tu me diras, mais j’ai décidé de vivre comme s’il me restait deux ans devant moi. Ni plus ni moins deux ans. Je m’applique à ça, pis je laisse la vie s’occuper du reste. En passant, si tu y penses, tu serais fine de regarder sur internet pour moi… j’aimerais ça savoir combien de temps ça vit, un moineau. Tu me le diras la prochaine fois. »

C’est là qu’elle s’est levée, m’a servi un sourire grand comme le monde, a repris son carrosse rempli de bontés, pis s’est changée en citrouille. Ou en grenouille, je sais plus. Elle est comme ça. Simone.

*Photo : LE POÈTE À VÉLO – Montréal (Mars 2016)

Le rapprochement

je sais toujours que t’es pas loin
quand j’me réjouis du brun des rues
du blanc gris sale des parterres
des odeurs âcres de l’enfoui
et la lumière le matin
et mon coeur qui se serre
las de calmer son désir
c’est aussi ça mon coeur
tout entortillé dans ma peau
ni l’un ni l’autre qui n’oublie
le souffle tiède qui me rend ivre
et tout le tendre qui se gorge
en d’sous des dernières froideurs
en attendant de fendre enfin
éperdument la terre

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L’ALLÈGEMENT – Mars. Centre-ville

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