Morsures

du moment que je goûte aux morsures du vent
j’me rirai tant que j’peux des morsures du temps

moi qui m’aime légère
et qui me cabre
encore
quand je sens s’enfuir les vents chauds
si vous l’aviez vu 
ce manteau
beau manteau blanc des derniers jours
venu abrier ma ville

et là maintenant
ce matin de froid polaire
dessous le ciel
qui a bleui
et les pans de lumière
sur les rues déjà sales

j’entends le bruit d’la déneigeuse
et je pense à la montagne
où la blancheur pourra vivre

et la fournaise qui repart
ça fait combien d’fois aujourd’hui
et moi tout à l’heure
et quand même
j’irai mettre le nez dehors
vers le frimas dans mes narines
les brûlures sur mes joues
et le soleil qui danse

et pour la femme au manteau noir
c’était hier dans le métro
sur l’autre quai
j’la trouvais belle assise là
et je résiste pas
j’essaie même pas

Mon chemin d’espérance

Je viens de penser à ce bel oiseau blanc, ce grand cacatoès qu’on s’arrêtait pour regarder, sur une belle rue de Paris, dans la vitrine du garage où il passait ses jours. Je me souviens de lui mieux que de moi à cette époque, si ce n’est que déjà je n’en avais que pour le beau.

Encore aujourd’hui, je creuse. Je creuse mon âme et mon coeur, dans l’espoir de m’approcher toujours plus près de la liberté. La vie est un mystère, mais je n’y pense pas trop. Je vaque avec ce coeur, de plus en plus petit à mesure qu’il se densifie, et que les années passent. Un jour, quand il ne restera que lui, que tout autour aura cédé, il implosera mon coeur, ou il explosera.

En attendant, je creuse. Et je donne à la beauté, qui promet tout encore.

carolinedufourfite3r

PÉPITE DE TEMPS – Il y a quelques jours, dans mon quartier

Petite mort et tu l’auras

moi qui suis faite d’habitudes
je prends souvent les mêmes chemins
et mes chemins me connaissent

première vraie neige
petite tempête
mes yeux l’embrassent
mon coeur la sait
et si je me languis un peu
et mon désir aussi peut-être
c’est rien qu’un petit vent
dans la moisson d’un jour d’hiver
une petite mort
comme tant de petites morts avant
et de commencements

je m’en vais marcher dans la blanche
elle si belle qui tombe encore

carolinedufourtempauc

IL NEIGE PAR MA FENÊTRE – Ce matin, derrière chez moi

Belle brume

Jusque dans ses plus grands brouillards
la planète reste belle
et moi j’imagine
et je rêve
qu’à force de temps passé
à se faire guerres et tourments
peurs et orgueils s’étiolent
et on ne fait plus que danser

carolinedufourbrume

SATIN – Il y a deux jours, sur la montagne

Pensée d’un jour sans neige

Nous naissons. Nous mourons. Nous sommes tout pendant quelques années. Nous ne sommes rien pendant des millénaires. Philippe Claudel

une journée sublime par sa seule lumière – immense
une journée d’air froid et d’hiver sans neige
mais une journée parfaite quand même
et en marchant vers chez ma mère, je me suis entendue penser que tant que les bateaux s’empliront à coups de coeurs qui se vident et d’âmes qui se taisent, je tendrai l’oreille au poète avant de la tendre au marchand

a day sublime by its sheer light – huge
a day of cold air and snowless winter
but still a perfect day
and walking to my mother’s, I heard myself thinking that so long as boats are filled by way of hearts going empty and souls staying silent, my ear will go to the poet before going to the trader

Insoutenable la légèreté ?

même s’ils soufflent
à grands coups
chez les fins comme les fous
les vents de l’amertume
ne viennent plus
dans mes
nuits
pas plus que dans
mon lit les vents de la rancune
qu’ils aillent
souffler ailleurs et gâcher
d’autres vies
je n’offre plus ma peau
qu’aux vents chauds
amoureux
mon pas est plus léger
et là
dans l’instant
mon âme danse

carolinedufoursouch

GOING HOME – Tout à l’heure dans le métro

Assez pour la peine

j’ai croisé bien des hommes
que je n’ai pas enviés
à eux je n’ai rien dit
ça n’aurait pas servi
mais à chacun des autres
qui en valaient la peine
j’espère que je l’ai assez dit

I have met many men
that I did not envy
to them I said nothing
it would’ve been in vain
but to all the others
who were more than worthy
I hope that I said it enough

SOIR DE PLUIE  Rue D'Iberville, novembre 2015

SOIR DE PLUIE
Rue D’Iberville, novembre 2015

Complexe invariable

comme des traces
des signes sur ma peau
vouloir être aimée
exister
sans barrières
ni œillères
trouver les mots
et les couleurs
qui contiendraient tout
toute la sensibilité du monde
et toute la beauté aussi

Désir

je l’ai grimpée
plus vite que d’habitude
mon envie d’elle toujours mais
là c’était pour lui
trop de jours et ce manque
jusqu’à supplier en montant
va pas trop vite j’ai dit
prends ton temps
garde-moi de l’ardeur
pour cette soif qui me brûle
j’arrive au grand tournant
celui avant le lac
le long et le dernier
qui lie les deux versants
attends-moi galarneau
quelques secondes encore
t’as été si absent
et moi qui te veux tant
à peine quelques pas
j’arrive j’y suis presque
ah ça y est me voilà
devant toi qui m’exauces

carolinedufourrachso3

CEPENDANT QU’IL DESCEND SUR L’AUTRE VERSANT – Rue Rachel, avant-hier, le mont Royal en arrière-plan

Petit crime

la distance comme un p’tit crime
qui t’éloigne de moi
un tout petit petit crime
mais tant que tu danses

distance as a li’l crime
that has you far away
a very little little crime
but so long as you dance

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