Question de regard, peut-être

les poisons
dans tout ce beau
des poisons
économiques
politiques

des eaux sales
des rentiers qui se vautrent
des banquiers qui s’apôtrent
des enfants maltraités
et je pourrais continuer la liste
longtemps

j’pourrais parler des industries aussi
la pharmaceutique entre autres
la blague ô si souvent

puisque je n’agis pas directement
je tourne mon regard ailleurs
c’est lâche diront certains
c’est pas ma vie que j’répondrai
pas celle que j’imagine

mon jardin, pour l’instant, me suffit bien
j’y cultive le beau et la tendresse
au quotidien

on verra c’que ça donne

Chanceuse, oui

j’aime les mots
comme j’aime les arbres
parce que j’y trouve de quoi
habiter les heures
et mon âme

j’ignore les tenants
et les aboutissants
du grand mystère

ce que je n’ignore pas
c’est que j’aime y être
faire partie du privilège

je sais que l’expérience
peut être vue de mille manières
qu’on lève vite le nez sur le rose
ou sur le trop dark

je navigue doucement
et pourtant j’aime les extrêmes
les contrastes forts
les idées divergentes
qui se cognent l’une sur l’autre

et ce matin cet homme
au pas rapide
non non, pas lui, un autre
où s’en va-t-il
les bras chargés de pain frais ?
quelque part de tendre, j’espère

COIN D'OCTOBRE Intersection des rues Mont-Royal et De Lorimier, Montréal 2015

COIN D’OCTOBRE
Intersection des rues Mont-Royal et De Lorimier, Montréal 2015

Le coeur des arbres

Mon père, juste avant de mourir,
m’a dit que la vie pouvait être simple.

un moment
ce matin
la pluie
un regard sur la vie
sans passé ni futur
et sans complexe
ni complication
un simple respir

Sous le ciel

je m’impose ou je reste coite
sans histoire
comme un dieu qui boite
et qui se cherche dans le monde
un monde où tout parfois s’effondre
et tout parfois s’érige

pour la somme des hommes
l’intérêt des choses belles
le jour où on arrive à voir
jusqu’au fond du cœur
le cœur de l’homme et de sa sœur

je vois les feuilles oranges
une rue tranquille
et je rêve
de maintenant
de ce qui est déjà là
et qui ne dépend que de moi

un regard, des mots, des rires
une danse à n’en plus finir
cherchez-moi vous me trouverez
je reviens quand on me sonne
et pourtant
je ne réponds à personne

musicienne
avec toi et lui et elle
et l’instant du ciel
pourquoi j’irais autrement
j’essaie de laisser venir
et puis après on verra

tu vois c’est pas compliqué
et ça ressemble à moi
après j’allume le feu
ou je cours chercher du bois
c’est vrai la forêt me manque
parfois

mais sinon tout va bien
c’était une lettre
quelques mots
parce que je pensais à toi
à nous d’il y a longtemps
j’espère que tu vas bien
malgré toutes les peurs et toutes les erreurs
j’espère qu’on s’est fait du bien
et qu’en bout de compte c’était l’amour
même si parfois on se demande
alors, à un de ces jours
c’était moi, pour toi

SE FAIRE UN CINÉMA, Diptyque - Montréal 2015 et Paris 2003

SE FAIRE UN CINÉMA, Diptyque – Montréal 2015 et Paris 2003

Traversée

je naviguais déjà dans ce billet hier
quand j’ai trouvé devant chez moi
un journal intime échappé
quelques pages seulement, un journal naissant
des rêves charnels, des inquiétudes, le regard des autres
et même jusqu’à la soif du père
un cahier comme j’en ai eu tant
un journal d’un temps de rivière

jusqu’au ruisseau pour le trouver
tendre l’oreille aux bruits de l’eau
entre les massifs de pipeaux
et tous ces souffles qu’on semence
pour inspirer la peur du large
et du doux soleil de l’errance
encore après sur la rivière
avancer sur l’humeur des jours
ramer dur et ramer fort
devant tous les brisants du monde
et puis à voile sur le grand fleuve
vers l’estuaire
chanter pour tout le ciel autour
et sur la mer
la voix qui glisse vers l’azur
encore une chanson d’amour

ÉCLAT DE RUBIS - Campus McGill  / Bord de la rivière l'Assomption, septembre 2015 en deux temps

ÉCLAT DE RUBIS – Campus McGill / Bord de la rivière l’Assomption, septembre 2015 en deux temps

Tant qu’il y aura la beauté

Hier, au marché
une âme bohème
vendait des poèmes
« poems made-to-order » disait sa petite affiche
j’en ai commandé un
il voulait quelques mots, un souffle
j’ai dit autumn, uncertainty, the beauty of uncertainty
et avec juste ce qu’il fallait de promesse dans le regard
il m’a dit « give me fifteen or twenty minutes »
je me suis assise au soleil et j’ai regardé vivre le monde
quand j’ai récupéré mon poème contre la somme demandée
je lui ai dit que j’attendrais d’être chez moi pour le lire
« have a beautiful evening » he very gently said
« you too »
je l’ai lu en marchant, c’est tout moi de ne pas attendre
il est beau son poème, un peu triste mais beau
surtout les derniers vers
entrecousus qu’ils sont de douceur et d’espérance

. BLEUS  ou  LE TEMPS D'UN POÈME D'IVAN KLIPSTEIN Dimanche, au marché Jean-Talon

.
BLEUS ou LE TEMPS D’UN POÈME D’IVAN KLIPSTEIN
Dimanche, au marché Jean-Talon

L’espace devant

L’automne s’en vient, c’est assez certain.
Pour le reste, je cultive l’ouverture et la souplesse.
Dans le temps.

LE CHAMP DE L'INCERTITUDE Il y a 2 jours, dans le parc des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles , à Ste-Béatrix

LE CHAMP DE L’INCERTITUDE
Il y a 2 jours, dans le parc des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, à Ste-Béatrix

Euphories

je revenais d’aller voir Gaby
on suivait le même trottoir
agitée, désorganisée dans ses mouvements
elle zigzaguait mais c’était pas l’alcool
elle bougeait vite et par saccades
sûrement la meth ou une cousine
mais voilà que dans la lumière
jusqu’à sa fumée d’cigarette
tout exaltait la poésie
à m’enivrer, j’avoue
partout y a moi et mes images
non mais quand même son sautillement
pareil à celui d’une enfant
je l’aurais prise dans mes bras, bercée si elle avait voulu
j’la voyais à la fois perdue et belle comme l’automne
et dans son visage quand elle a traversé la rue
à la dernière minute
sa tendre jeunesse
et le hagard et le dur

L'ÉCLATEMENT DES JOURS Hier, en remontant du bas de la ville

L’ÉCLATEMENT DES JOURS
Hier, en remontant du bas de la ville

Matin de saison

il faisait chaud hier
et ce matin
j’ai ouvert la porte sans m’y attendre
je le savais pourtant
la radio l’a dit toute la semaine
samedi sera la dernière

ça y est, l’air est d’automne
douze degrés d’moins du jour au lendemain… brrr…
mais ça me va, je sais qu’il me sera bon le vent froid

et je m’souviendrai de l’été
comme d’un été de grands changements
bourré d’amour, d’ici et d’ailleurs

là maintenant, devant chez moi
ces grands rayons qui raient l’asphalte
et tout ce soleil sur les arbres
j’vais aller voir Gaby, ça fait trop de jours
je pense à lui et je sais qu’il pense à moi
c’est dimanche après tout
et la marche sera belle

bonjour l’automne

LA MATIÈRE DU MONDE Ce matin, en face de chez moi

LA MATIÈRE DU MONDE
Ce matin, en face de chez moi

Au sortir de la vague

parce que je sens
que mes mots ne sauront
que si peu ou bien mal
refléter l’émotion
qui a touché mon âme
et qu’aussi je sais
qu’attirés qu’ils sont
par la lame de fond
ils pourraient s’éloigner du coeur
et aller se perdre en eau trouble
je tente la voie du silence
et celle aussi de la confiance
en la tendresse et les grands vents

L' AVANCÉE Hier, au pied du mont Royal

L’ AVANCÉE
Hier, au pied du mont Royal

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