D’amour et de racine

La montagne est belle. Après plusieurs jours de pluie, la terre s’assèche et l’air se réchauffe à nouveau. En m’assoyant entre deux énormes racines pour m’adosser à un vieux chêne, je me suis souvenue de ce temps où j’allais m’adosser à un vieux hêtre, tout au bout de la belle forêt où j’ai passé huit ans de ma vie. Et où j’ai marché des milliers d’heures. J’ai aimé cette forêt de toute mon âme. J’en garde le souvenir et la douceur de pouvoir marcher seule dans une immensité sauvage, sans jamais avoir peur, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Une grande pluie de glace s’est un jour abattue sur elle, avec un vent complice. Des milliers d’arbres se sont effondrés les uns sur les autres, les sentiers sont disparus sous des amas de troncs et de branches, les cimes des grands arbres ont toutes été arrachées, et tous les bouleaux blancs ont courbé l’échine. L’ironie a voulu que ce soit triste et beau à la fois, avec la lune et le soleil qui faisaient briller les branches alors qu’on les entendait se casser sous le poids de l’eau meurtrière. Je me rappelle avoir pensé que cet état de destruction ressemblait à celui de l’amour que je vivais à l’époque. Et m’être demandé si l’histoire qui se terminait avait valu le coup.

Aujourd’hui, comme hier, la montagne est belle. Et je ne regrette rien.

LA MONTAGNE EST BELLE - Un beau jour de printemps sur la montagne

LA MONTAGNE EST BELLE – Un beau jour de printemps sur la montagne

Nos âmes ensemble

dans le regard et le vent
y a toujours de ce que l’on sème
c’est quantique, c’est électrique
et tu as raison, lui dit-elle
c’est absolument magique

oui oui, c’est ça
t’as tout compris, voilà
ce que l’on s’aime, toi et moi
ce que l’on sème

LA MAGIE DES ROSES - Montréal, juin 2015

LA MAGIE DES ROSES – Montréal, juin 2015

Le samedi de Constance

toutes ces histoires à se vivre
et toutes celles qu’on voudrait se dire
et là dehors encore le temps
qui danse avec Constance
sur le chaud plancher du matin
en tirant de beaux traits qui coulent
sur des amours à colorier
pendant qu’il passe
le temps
d’autant que là
le ciel est bleu
et l’air se réchauffe à nouveau

CARMIN ET VERMILLON - Rue St-Laurent, mai 2015

CARMIN ET VERMILLON – Rue St-Laurent, mai 2015

La belle échappée

tu étais où dis-moi
moi qui te croyais là
on se cherche, on se trouve
puis on se perd encore
ah ce brouillard des jours
et nos amours toujours
mais je ne m’en fais pas, va
la saison reste tendre

NOS ÄMES FURTIVES - Montréal, 30 mai 2015

NOS ÄMES FURTIVES – Montréal, 30 mai 2015

Un banc au paradis

Cette humidité, où flottent des parfums de fleurs et de terre. La montagne est tranquille, il a plu fort ce matin. À gauche, à droite, personne. Je me suis assise pour t’écrire un peu. Te dire l’intensité des odeurs. Et ce vert, celui qui vient juste après le tendre, tout plein de lumière encore.

Il n’y a presque pas de vent, seulement quelques froissements ici et là, mais rien vraiment. Et à chaque pas, ces odeurs en suspension dans l’air gorgé. Comme celle des deux grands chevaux de la police montée, croisés tout à l’heure, plusieurs centaines de mètres derrière. Mais je reconnais le parfum âcre de leur peau, cette odeur grasse que j’aime sans trop savoir pourquoi. Elle est restée piégée ici, dans des bulles d’humidité, du moins c’est ce que je m’imagine.

Bref, cet air chargé de parfums. Qui me fait inspirer plus fort que d’habitude, comme si je buvais des gorgées de paradis. Un merle vient de chanter doucement au-dessus de ma tête, c’est le paradis ça aussi. Et là un homme, surgi de nulle part, qui pousse une femme en fauteuil roulant, sur ce chemin raboteux. Ils se parlent à voix basse. Il a tourné la tête et m’a souri, le regard paisible. Ils s’éloignent maintenant. Sans que j’aie vu son regard à elle, resté plongé dans la forêt.

Il recommence à pleuvoir. Je suis bien sur ce banc, sous les arbres.

AUSSI VRAI QUE VRAI SE PEUT Hier, sur le mont Royal

AUSSI VRAI QUE VRAI SE PEUT
Hier, sur le mont Royal

Les heures tendres

nuit blanche et matin noir
sur de grandes eaux sauvages
le coeur trop lourd
l’âme naufrage
t’as débarqué chez moi
pour faire dévier l’histoire
on a marché lentement
jusqu’au coeur de la ville
trouvant entre les mots ce qui ne se dit pas
le soleil accroché sous chacun de nos pas
le temps gagne à passer
vers des mers plus tranquilles

REFLETS ET AUTRES RUPTURES prise à travers la fenêtre du Quat'sous,  24 mai 2015

REFLETS ET AUTRES RUPTURES
prise à travers la fenêtre du Quat’sous, 24 mai 2015

La levée

aux jours sans gloire
mon verre
pour tout le temps qu’ils nous en laissent
aux sans-histoires aussi
sans besoin d’aucune raison
enfin aux jours
qui passeront
glorieux tous autant qu’ils seront
mon verre encore
et toute mon âme
jusqu’à la dernière goutte

REGARDER LE MONDE Au parc Lafontaine, hier

REGARDER LE MONDE
Au parc Lafontaine, hier

Rien n’oblige à rien

le soleil entre les feuilles
et ma surprise
de recevoir un mot de toi
surprise
le vent qui souffle encore trop froid
c’est à n’y rien comprendre
je m’demande si on s’reverra
en attendant
je répondrai quand t’appelleras
t’en fais surtout pas avec ça

LA TENDRESSE SERAIT UN ART SUBJECTIF À un arrêt d'autobus, hier, dans Rosemont Petite-Patrie

LA TENDRESSE SERAIT UN ART SUBJECTIF
À un arrêt d’autobus, hier, dans Rosemont Petite-Patrie

Rêver toujours

un autre jour à attraper
par la queue
par la tête
ce sera ta fête et la mienne
on ira au bois de Vincennes
avec nos joies et même nos peines
une autre journée pour rêver
surtout pas la laisser filer
oh que non
fleurs de framboise et rigodons

RACONTE-MOI LE BONHEUR Dans  l'autobus 95, avant-hier dimanche, Rosemont Petite-Patrie, Montréal

RACONTE-MOI LE BONHEUR
Dans l’autobus 95, avant-hier dimanche, Rosemont Petite-Patrie, Montréal

Pianos et autres rendez-vous

la pluie se préparait
pendant que j’te parlais
et puis je me suis tue
tout avait été dit
j’ai traversé la rue
sans regarder devant
on n’ira plus, c’est tout
à tous ces rendez-vous

Y A TANT DE CHOSES À FAIRE ENCORE Il y a quelques jours, à Montréal

Y A TANT DE CHOSES À FAIRE ENCORE
Il y a quelques jours, à Montréal

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