La montagne est belle. Après plusieurs jours de pluie, la terre s’assèche et l’air se réchauffe à nouveau. En m’assoyant entre deux énormes racines pour m’adosser à un vieux chêne, je me suis souvenue de ce temps où j’allais m’adosser à un vieux hêtre, tout au bout de la belle forêt où j’ai passé huit ans de ma vie. Et où j’ai marché des milliers d’heures. J’ai aimé cette forêt de toute mon âme. J’en garde le souvenir et la douceur de pouvoir marcher seule dans une immensité sauvage, sans jamais avoir peur, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Une grande pluie de glace s’est un jour abattue sur elle, avec un vent complice. Des milliers d’arbres se sont effondrés les uns sur les autres, les sentiers sont disparus sous des amas de troncs et de branches, les cimes des grands arbres ont toutes été arrachées, et tous les bouleaux blancs ont courbé l’échine. L’ironie a voulu que ce soit triste et beau à la fois, avec la lune et le soleil qui faisaient briller les branches alors qu’on les entendait se casser sous le poids de l’eau meurtrière. Je me rappelle avoir pensé que cet état de destruction ressemblait à celui de l’amour que je vivais à l’époque. Et m’être demandé si l’histoire qui se terminait avait valu le coup.
Aujourd’hui, comme hier, la montagne est belle. Et je ne regrette rien.









