Dessus le jour

L’oiseau fait encore son chemin sur un espoir savant. Là où résonne le chant de l’humble, celui d’avant qu’on s’aliène la mort. Et tout ce temps dessus le jour, le poids des coeurs ne change pas.

Vous dire combien je l’ai vue belle malgré nos vaines prétentions. Là où le vent sait l’arbre, ses saisons et ses danses, on joue encore d’orgueil, de pouvoirs futiles. Jusqu’à perdre le pas, la tendre cadence.

Photo : ET TOUJOURS LA BEAUTÉ – Hier – Montréal

L’amélanchier

Charles vient de se lever. Debout à la fenêtre, il regarde la cour, le vieux lilas en fleurs. Lou s’approche de lui et glisse une tasse entre ses doigts.
– Ton café, my love.
– Merci.
– T’as bien dormi?
– Oui. Par morceaux, mais j’ai dormi.
Elle retourne à son livre. Lui reste là, sans bouger ni boire.
– À quoi tu penses?·
– À ma mère. Je suis content qu’elle soit partie. Qu’elle ait pas eu à vivre les brisants de cette dérive.
– I know.

Il fait plus doux depuis deux jours. La journée sera belle. Ils ont loué une camionnette pour aller chercher deux petits arbres à la pépinière.
– What do you say we plant the shadbush first? Comment on dit en français déjà… l’amélanchier?
– Oui… Tu voulais qu’on le mette dans le fond de la cour, c’est ça?
– J’aimerais ça, oui. Là où était le magnolia.

·


Photo : D’ARBRE ET DE MUR – Samedi – Montréal

Danser avec les tendres

en écoutant l’heptade
le tendre qui chante comme un fou

la souche sous le bleu
et vos lèvres – perdues à mes yeux

tous les bâtons, les tâtons sous le ciel
et tout ce qu’on étend sur les corps pétrifiés

quand même c’est beau dehors – la pluie
et les branches de l’érable qui me disent le vent
et de danser encore avec les tendres fous

Photo : ELLE ÉTAIT BELLE – Hier – Montréal

Ça et tout

Encore le bruit de nos silences.
Assourdissants qu’ils sont, jusqu’à en oublier
l’immensité d’avril.

Étais-je plus habile dans le ventre de l’aube?
Et la chaîne et l’ardeur, et nos coeurs et nos âmes.
Tout ce qui reste pris et qu’on cherche à déprendre.

Et tu me dis doucement d’être ce que je suis.
Puisque c’est ça et tout
ce qu’il nous appartient d’oser.

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Photo : PORTES VITRÉES – Montréal * Mai 2021

Sous des ciels symphoniques

Pour M.

une dérive
petite ou grande
des moulins qui tournent carré

et cherche-t-on seulement
le roulant d’une eau tendre

j’écris sous des ciels symphoniques
en m’habituant à la musique
d’une note tordue
d’une envolée qui change

et nos corps dans l’histoire
qui s’aiment sans se le dire

après d’y jouer sur le temps
une escale à se vivre
avec de quoi, sur l’harmonique
trembler du soleil jusqu’à l’âme

Photo : LES TROUPEAUX SILENCIEUX – Route 327 – Avril 2021

Belle mule

deux heures belles
deux belles heures
à marcher dans la bruine
ô pluie tiède et divine
tant la beauté, en belle mule qu’elle est
sait faire fi de nous

·


Photo : L’AIR LIBRE – Vendredi – Montréal

S’attarder ensemble

j’y pense
comme à un amour clair

un champ où les oiseaux
peuvent passer la nuit
ou s’attarder ensemble
dans les montagnes autour

et la lune qui se penche
si seulement j’étais la lune

tu dis qu’il y en aura encore
la vie regorge d’amours clairs

Photo : BORD DE BROUSSAILLE – Avril 2021

Le matin d’après

Je sais nos démesures, et quelques chants qui te consolent. Il reste que tu as raison : malgré mes lieux d’apaisement, mon entêtement est bien vivant. Mais là où j’étais batailleuse, je m’assois plus souvent qu’avant, tranquille dans la rumeur, le regard vers le jour, l’oreille vers le vent et l’oiseau. Je sais mes os remplis d’histoire, ma chair restée teintée de rêves. Je voudrais te dire le chemin, mais ce n’est pas le mien. Ni celui où je t’aime.

·


Photo : LA VIEILLE MAISON – Toujours sur la route 327

L’oiseau, la rivière et la bride

Sans trop savoir pourquoi, j’aime ces vieux bâtiments qu’on voit le long des routes, ces vieilles granges surtout, de bois gris. C’est peut-être l’histoire qu’elles racontent en silence.

Puis il y a l’oiseau du matin. La rivière, la mer, et le sens du désir. Ce qui n’arrête jamais vraiment, ni du vent ni de l’âme. Et tout ce qu’on fait quand même pour y brider le jour.

J’ai mal à mon monde qui laisse faire les fous. Et moi qui ne sais faire que l’écrire.

Photo : DANS L’ERRANCE DU TEMPS – Avant-hier, sur la route 327

Clair jardin

la beauté est tenace
son chant résiste
aux assauts de l’absurde

aux violences d’un certain silence
et aux paroles vides de sens
j’oppose jusque dans la nuit
des lieux de poésie
pour autant de patience

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Photo : LA GRIVE EST REVENUE – Hier matin – Montréal

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