La glace et les moineaux

La cuisine est encore sombre. L’aube achève et la neige rend le dehors plus clair qu’il ne le serait l’été.

Je me demande souvent ce que tu dirais. Pour redonner au vent ce qui lui appartient. Je te parle la nuit dans l’espoir de t’entendre.

Depuis que je suis levée, aucun oiseau n’est venu dans les branches du lilas.

Hier, il a fallu verser plusieurs seaux d’eau chaude sur les marches du balcon avant. La neige qui glisse du toit avait rempli l’escalier et on a trop attendu, tout a gelé. Une fois la glace accrochée au tapis de jute, la pelle ne suffit pas à la tâche. Il va faire de plus en plus froid dans les jours qui viennent et ça n’allait pas fondre tout seul.

Je viens de voir deux moineaux. L’un d’eux ébouriffait ses plumes. De l’espace pour plus de chaleur.


Photo : LAUGHING WATER – Février 2021 * Montréal

Le désir qui tient

Ces mots où tu parles du lac.
De la terre, et du désir qui tient.

L’hiver ici bat son plein.
Les jours ressemblent à la neige, soumis à tous les vents.
Chaque matin qui relance le sens à la dérive.

Par la fenêtre, les flocons dégringolent.
Les uns contre les autres. Le sublime qui s’accroche.


Photo : SOIR D’HIVER – Février 2021 * Montréal

Où qu’elle aille

il est revenu tanguer
le vent
avec la neige folle
le piano et les mots
dans le sommeil de l’ourse

tu la vois
qui s’enferme pour échapper au bruit
dans l’ombre de la neige – parce qu’elle n’a pas fondu –
le visage est resté de la femme en colère

à quoi sert d’engranger le soleil?

quand tu la vois trop propre, redis-lui la manière
celle de l’aube restée amoureuse du temps


Photo : AU PIED DU JOUR –  Janvier 2021 * Montréal


Janvier qui se ressemble

et ce grand noir et blanc sur le mur de la chambre
un Salgado que j’aime toujours autant

mon café est parfait

et devant les maisons
la neige qui reste là

janvier qui se ressemble

t’as raison que le temps n’arrête pas la danse

Photo : SE PARTAGER LA ROUTE – Janvier 2021 * Montréal

Et pareil les corps figés

pour une fois c’est toi que j’entends
qui chantes la neige /
de mon côté de la grande eau
je trouve aussi dans la blancheur
le beau sens des jours / et pareil les corps figés
devant le champ de ronces / la même peur
de la déchirure / et tous ces dos tournés
à la forêt qui brûle

Photo : LUMIÈRE DU SOIR – Janvier 2021 * Montréal


À deux pas
Mais t’es où? Météo
Du port, on voit
D’abord le vent qui frise la mer
Les rives sont désertées
Quand arrive le grand air des tempêtes.
La nuit noire souffle alors en bourrasques
& les jours, qu’on croyait se répéter sans fin,
prennent un gout de naufrage.
Ici, le temps n’arrête pas la danse & on vit le climat.
De l’eau, de l’air & les vagues qui claquent.
La nature qui s’accroche en lichens
& les arbres poussent adossés au vent.
La neige est très loin dans les mémoires
Le gel, le grésil, la grêle, quelquefois.
⚪️⚪️⚪️⚪️
🌬Amical mirliton
🌑🌑🌑🌑

Humanus

ce qui nous manque
ressemble à une main
posée sur la blessure

c’est qu’on s’égare, non?
mais ce serait parler d’une douleur
qui n’est pas à la mode

j’entends l’appel et j’y réponds
mes pieds sur le béton
le long des bâtiments

je regarde et nous vois
chacun et personne
nulle part et partout

tous ces corps qui se taisent
à l’idée de se perdre

Photo : QUATUOR – Janvier 2021 * Montréal

Le doux parfum

par ma fenêtre un paysage
de ville et de neige

j’irai dehors tantôt
dans le baiser glacial de l’air
humer dans la blancheur
face à l’absurde et aux temps lourds
le doux parfum du jour

·


Photo : MONTRÉAL MA BELLE ET VIVE – Janvier 2021

Bribes d’un dimanche

La science se doit d’être poétique.
Puisque la nature l’est.


De mes jours,
je pourrais ne dire que le triste.
Mais j’écris d’abord pour moi.
Pour conjurer les grandes vagues.
Qu’elles n’emportent pas tout
de mon bonheur d’y être.


Et encore cette femme qui chante.
Ce quelque chose dans sa voix.
D’entre ces lieux où je me berce.
Où je me sens tranquille.


L’océan porte les bateaux.
Et nos âmes le monde.

Photo : POUR Y VOIR – Janvier 2021 * Montréal

Cadeaux

Hier, sur mon chemin du jour, un cadeau m’attendait.

Dans une de ces grosses boîtes de bois où les gens laissent des livres qu’ils veulent passer à d’autres, quelqu’un en avait laissé un sur l’oeuvre gravé de Giacometti. Un livre acheté au Musée des Beaux-Arts de Montréal, en août 1998. La facture est encore dedans.

On y voit des lithographies surtout, et quelques eaux-fortes. Quelques textes aussi, certains de sa propre main, dont cette phrase « Je ne crée pas pour réaliser de belles peintures ou de belles sculptures. L’art ce n’est qu’un moyen de voir. »  Du bonbon pour mon âme.

Parmi les textes écrits par d’autres, se trouve celui-ci de Jean Genet « Je ne pense pas que Alberto Giacometti ait porté une fois, une seule fois de sa vie, sur un être ou sur une chose un regard méprisant. Chacun doit lui apparaître dans sa plus précieuse solitude. »  En lisant ces mots, j’ai pensé mon père. À sa tristesse trop grande mêlée à sa joie trop profonde pour que le mépris trouve une place. Jamais je n’en ai vu dans ses yeux. Un des cadeaux de mon enfance.

·


Photo : Tête de jeune homme et Autoportrait (lithographies) GIACOMETTI – Maeght Éditeur * Collection Carnets de Voyage

Sans rancune, le sens

Tout finit par mourir, excepté la conscience qui témoigne pour la vie.
René Char

dis-moi ce silence dehors

j’ai mis un violon une voix
de quoi remplir l’espace

mais dis-le-moi quand même

quand on sait à peine la danse
à peine l’errance
de vivre et de mourir

et d’aussi loin que la mémoire
tout ce désir de l’autre

Photo : DE MA FENÊTRE ARRIÈRE – 17 Janvier 2021 * Montréal

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