Vingt-six décembre. Et le bas du ciel est bleu tendre. S’il n’y avait la neige, d’aucuns le diraient blanc.
Joni m’a fait pleurer hier. Both sides now. Version 2000.
Un vieil homme passe devant, les yeux sur le trottoir. Le temps est froid. Moins froid que chez ma fille, qui vit dans les montagnes, mais froid dans cette histoire.
Le bougainvillier n’a fait aucune fleur depuis qu’on l’a rentré. L’an dernier, au même jour, je ne les comptais plus.
Joni m’a fait pleurer hier. Moi qui ne sais rien de l’amour même après tant d’années. Ni de la vie non plus. Sinon que les saisons passent.
Photo : LA BLANCHEUR SOUVERAINE * Le 23 décembre 2025 – Montréal
Un jour d’automne, tu as enfourché ton vélo pour chercher le cahier perdu. Le grand cahier d’Émile, celui que j’ai laissé se perdre parce que j’avais le coeur ailleurs.
Je viens de la beauté comme de la violence. Je suis un ange et un monstre.
Photo : UN COULOIR CLAIR * Décembre 2025 – Montréal
Personne, et pourtant l’eau tape sous la barque, personne, et encore le frêne se tait, personne, et le tremble brille, personne, mais quelqu’un. Suzanne Jacob
Le vent me taillade la peau. Les mots me tiennent l’âme. Tout ce temps-là, y avait quelqu’un. Quelqu’un à réparer, dit-on.
Faudrait déjà pouvoir me dire de quel bois je suis faite.
Ma folie joue de failles tendres et mes matins tiennent toujours. La vie de toute manière me ramassera bien assez vite.
Photo : L’HIVER DE LA ROSE * Le 6 décembre 2025 – Montréal
On parlait d’aller voir ailleurs. Un autre insoutenable. Et d’y aller encore comme entre les oiseaux. Et comme l’eau peut-être. On ferait avec le cassé. Le grain entier ou pas.
Ça va aller, tu dis. Le gars d’en face a mis sa belle étoile. Celle de l’année dernière.
Toute la beauté toujours. Et balancer le reste. Poser nos yeux sans rien savoir. Seulement la ressemblance.
Et moi je n’ai rien dit. C’était faire avec le brisé. Tout le cassé de nous.
Photo : LES TENDRES BOURRASQUES * Aujourd’hui 14:08:36 – Montréal
C’est déjà tellement froid dehors, ça ressemble à janvier. Le sentier est changeant qui longe la voie ferrée. J’y vais et j’y retourne, les enjeux y sont poétiques. De toute façon, le soleil tient la barre et l’hiver sera l’hiver. J’ai croisé une bande de moineaux hier, qui piaillaient à tue-tête à l’abri d’un buisson serré. Vu deux enfants aussi qui jouaient sur une butte de fortune pas loin des grandes cheminées. Avec tout ça et même moins, le monde reste encore le monde.
Finalement, j’ai laissé tomber. Le texte, je veux dire. Sur les bêtes qui marchent au pas. J’aime mieux penser aux âmes qui trottent. Et au temps qui n’est pas perdu.
Photo : BONTÉ D’HIVER * Avant-hier, le long de la ferrée – Montréal