Un certain abandon

soit je résiste ou j’ondule
au vent des jours

et je sais
mon amie

sur les sentiers de l’intime
des plus noirs aux plus lumineux
le refus nous heurte
là où l’abandon
nous tempère et nous danse

en chantant les manières
de l’écorce et du tendre
je nous veux et nous rêve
solides en dehors
et souples en dedans

et je sais
que tu sais

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Photo : L’INTIME – Il y a deux jours, sur le mont Royal

Le beau grand lit

y a des jours carrément sublimes
et hier, c’en était un
passé le gris tout s’est ouvert
et on a marché, anne et moi
et même étiré la balade

l’automne s’étend tranquillement
et l’été amoureux fou
reste là dans le grand lit
sous la couverture

ah! jouissifs
ces amours entre saisons

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BELLE D’AUTOMNE – Hier, au parc Jeanne Mance

Brillance et gravité

un mélange de gris et de bleu
qui ressemble à la vie
le ciel est comme ça ce matin
les feuilles sont en feu
l’arbre penche vers le repos
et le ciel est quelque part
entre le bleu et le gris

j’entends le frigo
je devrais mettre des bas
l’air est froid dans la maison
mais je suis plongée dans l’instant
parce que j’écris peut-être
sûrement

je me repose dans cette image
de la vie qui passe sans gravité
comme un train au loin
qu’on regarde pour y rêver

˜

Photo : LUMIÈRE D’AUTOMNE SUR MÉTAL – Hier, rue Beaubien

Juracán

je cherche une cuillère…………. searching for a spoon
et je m’énerve un peu…………… I’m getting impatient
pendant que quelque part……. while somewhere
une femme se demande……….  a woman wonders
devant ses murs tombés………. looking at her fallen walls

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NOS VIES PARALLÈLES / OUR PARALLEL LIVES – Octobre 2016, Montréal

Ce qui suffit peut-être

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si tu voyais la lumière
dans l’arbre
les feuilles c’est irréel
avec les fils
les gros fils noirs qui font la rue
je suis assise ici tranquille
attendant la couleur des jours
et rien d’autre vraiment

Le temps passe et je lui donne tout. Mes jours, mes amours. Il a tout de moi, le temps. Mais il continue de passer, sans s’arrêter jamais. Il passe et je m’en fous. Bon, y a des mensonges comme ça.

Mon père m’a dit quelques jours avant de mourir que ce qu’il trouvait le plus difficile à l’idée de partir était la certitude qu’ailleurs ne pouvait pas être plus beau. On regardait la pleine lune ensemble, assis sur le balcon d’en avant.

Ce matin, en regardant la lumière sur les feuilles de l’érable, je pense à lui.

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Photo : L’HOMME ET LA FILLETTE- Sur le mont Royal * Octobre 2016

Sourire en coins

Y a un vieux qui vit au coin d’une rue où je marche souvent. Devant lui, sa télé, et sur sa gauche, une grande fenêtre d’où il nous voit passer, à coup de centaines par jour. C’est évident qu’il passe le plus clair de son temps assis là, dans son fauteuil qui pivote. S’il a souvent les yeux sur la télé quand j’approche, dès que je mets le pied sur le trottoir, il se retourne et la délaisse pour l’autre écran, le plus vivant, celui avec du vrai monde. Et il me sourit toujours.

Hier, un peu plus loin, sur un autre coin, j’ai vu une femme, une très vieille femme, qui descendait d’un taxi. Elle a atteint le trottoir de peine et de misère, le corps penché par en avant, avec ses gros sacs lourds au bout des bras. Une autre, à peine plus jeune qu’elle, s’est élancée pour la soulager d’une partie de son fardeau. Arrivée près d’elles, j’ai offert un coup de main. Mais on était devant l’église, elles étaient déjà rendues. Je reprenais ma route quand la plus jeune des deux m’a lancé sur le ton de la blague « Continuez de suivre l’esprit saint, c’est le meilleur des GPS ! ». Je me suis retournée. Elle m’a fait un clin d’œil et un sourire grand comme le monde.

Esprit saint ou pas, je me dis que la vieillesse est un art. Et qu’on s’en sort pas sans sourire un peu.

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Photo : BRUINE D’AUTOMNE- Dimanche, dans Rosemont Petite-Patrie

L’effet du sel

j’ai mis du sel dans ma mémoire
un peu de blanc un peu de noir
et pour autant de matins sourds
des nuits enveloppées de velours

j’ai mis du sel avec du vent
un peu de noir un peu de blanc
et pour autant de matins blêmes
des soirs d’amour et de bohème

j’ai mis du sel dans ma mémoire
un peu de blanc un peu de noir
j’ai mis du soleil et du vent
un peu de noir un peu de blanc

carolinedufourfisecsnab

CHANT D’AUTOMNE – Hier, quelque part à Montréal

L’impossible monogamie

ça y est, t’es parti
et les pieds nus sous mon bureau

j’ai le bout des orteils froids

la lumière est d’automne
comment ne pas l’aimer
mais quand même, tu vois
c’est toi mon vent
mon beau grand vent d’ivresse
qui verses chaude ta langueur
ton souffle humide, lent et pesant
et tant m’allèges par ta lourdeur
que je t’en aime infiniment
mon beau grand vent
mon vent’nivrant
te voilà reparti déjà
pourtant je te l’ai dit
et si éperdument
que moi qui n’ai marié personne
je me plierais à tes élans
m’en tiendrais à tes seules caresses
des plus douces jusqu’aux plus cruelles
et t’épouserais pour de bon
quand même encore tu m’abandonnes
froid’ment est le moins qu’on puisse dire
à mon sort de fille d’ici
tant pis si t’es encore parti
pour t’oublier en t’attendant
je me donnerai sans retenue
à tous les autres vents

Photo : SOLEIL D’AUTOMNE- Près de chez moi, il y a trois jours

Le seuil

j’ai fait le geste
et dit les mots qui venaient
on a marché
parce qu’on fait ça ensemble
l’instant le grand
est seul à se savoir
mais la présence
est comme le soleil sur les feuilles
indéniable
le reste on ne sait pas
l’effet le jeu le temps
ne nous appartient pas
si peu dépend de nous

le moment est l’objet

carolinedufourvifis

LÀ AVEC ELLE – Hier, près de chez moi

Ça s’est passé dans une ville tranquille

Après quelques heures à marcher ensemble, il est entré en lui disant qu’il allait faire une sieste. Pendant qu’il dort, elle écrit. Parce que c’est ce qu’elle aime faire sur le passage des jours. Entre marcher, manger, respirer, et tout le reste, l’amour y compris, entre tout ça, elle écrit. Quand il se réveillera, ils se feront à manger. Pendant que ça cuira, elle retournera écrire un peu. Et lui lira sans doute. Et un autre bout de leurs vies aura passé. Ni plus ni moins que ça.

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UN JOUR – Septembre 2016, Mile End

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