La vie et rien d’autre

un cœur penché
et un sourire grand comme le monde
de quoi nourrir le creux du jour
un cœur penché, oui c’était ça
et quand je suis sortie de là
le mien battait plus fort qu’avant

c’était hier
et ce matin la neige tombe
de gros flocons et l’air est doux
février qui tire à sa fin
et je me vois qui commence
à rêver du printemps

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REFLET DE LUI – Hier, quelque part à Montréal

La musique des jours

J’aime les bruits ambiants, des cafés, de la rue.

Je ne me souviens que d’une fois où je suis partie marcher les écouteurs sur les oreilles. Je venais de découvrir Kelly Joe Phelps, son album Slingshot Professionals. Je l’ai fait jouer en boucle tout le temps que j’étais sur la montagne, et pour m’y rendre et en revenir. Mes larmes ont coulé souvent ce jour-là. Sa voix venait me chercher loin. Je l’ai vu en spectacle à Paris, quelques mois plus tard. Au New Morning. C’était en 2003.

Là, ce matin, c’est si petit ici, j’entends les boulangers. Ingrédients secs… quiche… ah oui, hier soir, j’ai… ah cool… Et le bruit de leurs outils entre les mots qu’ils se disent. Je ne suis pas curieuse, je n’écoute pas les conversations des autres. Ce n’est pas de la pudeur, seulement une question de caractère, ma tête va ailleurs que là. Mais je me laisse bercer par les voix humaines. Et j’aime les bords de fenêtre aussi. D’où je peux voir passer les gens, seuls ou pas, pressés ou non, souriants ou tristes, et accablés parfois bien sûr.

Quoi qu’il en soit, j’aime être assise ici à écrire et à regarder le monde.

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Dans l’incommensurable lumière de certains jours d’hiver * HIER sur la rue Cherrier

Désir d’hiver

Je m’étais dit que j’hibernerais pendant deux jours. Qu’il ferait si froid que je pourrais me lancer à fond dans l’écriture sans que l’air du dehors ne m’appelle. Mais je m’étais trompée.

Quand j’ai vu le ciel ce matin, le soleil qui plongeait, la blancheur qui brillait, j’ai su. Su que je me donnerais à ce fouettage hivernal, à ce moins trente de ressenti, au vent insoutenable. J’ai téléphoné à Anne. Elle était partante. « On vise l’avenue du Parc? »

Le long de la voie ferrée, les yeux à moitié fermés par le coupant des rafales, on a presque viré de bord. Mais l’excitation était déjà trop grande.

L’intensité m’attire, je le vois bien. Du moins celle de l’hiver fou. Peut-être même que plus il est fou l’hiver, plus je l’aime. Une chose est sûre, après deux heures dans ce froid-là, mon corps me croit quand je lui dis que je veux vivre.

* Photo prise aujourd’hui aux abords de la voie ferrée, dans le Champ des Possibles (Mile-End).

Dulce melancolía

Voici les mots d’une vieille femme, une amie à moi, mon alter ego si tant est que j’en aie un. Elle refuse que je la nomme. Alors je l’appellerai Simone.

Voici donc les mots de Simone. Ceux qu’elle m’a servis hier, dans un seul et même élan, quand j’ai voulu savoir s’il lui arrivait de regretter des choses, de remâcher le passé.

Remâcher, moi ? Me faudrait être folle.
Il y a tant à manger à la table des heures.
Et pour c’qui est des regrets,
si la bouchée d’un jour est à ce point morose
qu’un fumet trop amer se rend à mon palais
j’avale sans mariner dans l’humeur de la chose.
J’ai bien assez de sel et de mélancolie
pour donner du piquant au plat de mes amours.

Et voilà pour Simone. J’me suis dit que vous l’aimeriez.

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COEUR DE VILLE ET NEIGE TENDRE – Rue Maisonneuve, avant-hier, pas très loin sans doute de chez Simone

Coeur humain

L’autobus est presque vide. Un homme âgé y monte. Une jeune fille est assise tout au fond.

Il la reconnait. Il sait bien que ce n’est pas elle. Mais il la reconnait. Et il le lui dira. Il s’assoira près d’elle et lui parlera de cette femme qu’il a aimée et qui lui ressemblait beaucoup. La jeune fille l’écoutera avec une certaine tendresse.

Quelques arrêts plus loin, elle se lèvera et saluera l’homme du regard. Elle rentrera chez elle, où elle s’endormira près du garçon qu’elle aime. Elle ne dira rien du vieil homme. Elle y pensera peut-être, mais l’oubliera surtout.

Lui rentrera chez lui, auprès de cette femme qui ne le reconnait plus. En la bordant ce soir-là, il posera doucement ses lèvres sur sa joue vieille et douce. Puis il s’allongera à ses côtés, heureux qu’elle y soit encore.

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Février 2016, Montréal

Carnet d’un seul jour

toi ma ville
toile de fond de mon désir
et de tant de mes extases
et moi qui n’ai rien à y faire
pour que tu te révèles
ma ville belle
aussi changeante qu’immobile
où ce matin encore il neige
sur tes petits parterres
et tes sentiers d’asphalte
et tes cicatrices
encore plus vieilles que les miennes
et c’est comme ça que je t’aime

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LA BEAUTÉ SANS Y FAIRE – Coin Mont-Royal et Esplanade, janvier 2016

Redoux de février

En m’éveillant, j’avais faim et hâte à mon café. Ma boîte était vide. J’ai dévalé l’escalier jusqu’au trottoir et me suis rendue au bistrot du coin, le manteau ouvert. Une petite brume mouillait mes narines et mes joues. Un air qui m’emplit toujours de désir.

Plus tard, j’irai marcher sur la montagne. La glace d’avant-hier aura fondu. Je mettrai mes bottes les plus imperméables. Je m’arrêterai au café d’en haut pour manger une bouchée et écrire un peu. Puis je redescendrai dans les rues de la ville.

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CHEMIN DE GLACE – Sur le mont Royal, il y a deux jours

L’outil des jours

je me suis lancée dans l’instant
ce n’était pas moi, mais oui
et puis le temps a filé
nous étions deux
et pourtant des milliards

je trafique et je mens
et pourtant non

quant aux certitudes
je n’en ai moi-même que très peu
n’en ayant pas trouvé encore
qui soient vraiment utiles

Dans la foulée des heures

je pleuve
et hier j’ai plu
mon vertige m’a fait
y monter sous la pluie
où des gouttes
se sont mêlées aux miennes
et mon corps tout entier sur l’écorce d’un géant
je lui ai demandé
et puis j’ai entendu
calme ton cœur, c’est tout ce qu’il a dit
et là ce matin
tandis que je l’écris
le soleil qui dessine
un rond blanc dans le gris
et voilà que le temps
change encore
et puis là dans la rue
sur le trottoir d’en face
une maman pousse
une poussette
et une fille au long pas
la dépasse
les deux mains dans les poches

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PLUIE D’HIVER ou QUAND MON COEUR S’EMBALLE – Hier, sur l’avenue du Mont-Royal

Au bord de l’immensité

J’ai marché sous la lune, hier. Presque pleine.
Je l’ai regardée au-dessus de moi, je l’ai photographiée à travers les branches.

À cinq heures ce matin, debout dans ma cuisine, j’ai pensé à elle.
Je la sentais là, au-dessus de ma tête. Sa grande présence. Son immense beauté.

Cette nuit, à cinq heures du matin, j’ai pensé à la lune.
Difficile de décrire l’impression que j’ai eue.
Je la sentais vivante, penchée sur moi. Enveloppante et bien-aimante.
Et pendant un court instant, j’ai goûté un sentiment qui m’est rare.
Quelque chose qui s’approche d’une réelle humilité.

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HIER SOIR, DANS LE CIEL DE JANVIER

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