Près du rêve

souffle-nous
comme ce matin la brise

je me rêve et nous rêve
en coulance vers la mer
dans le salin des âmes
où le cœur cicatrise

mène-nous
que le cri se désarme
avant que le corps chute
de trop d’isolement

et porte-nous
toujours plus tendrement
comme ce matin le vent

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ENSEMBLE – Hier, au centre-ville de Montréal (à 2 312 km d’Orlando)

Le temps d’un retard

et si c’était la ville
qui m’arrive en plein cœur
comme un souffle manquant
et toi qui prends ton temps
et moi qui aime attendre

le café
les gens
les sourires qui s’emboîtent
et les mots qui s’enfilent

et j’entends qu’on se dit
les perles d’un chagrin
quelqu’un qui se souvient
de sa peau de ses bras

et puis le bruit du vent
et du ventilateur
c’est un petit café
trop petit mais ça va
on y sera bien quand même

Ah, te voilà… Mais non voyons, pas du tout. J’étais bien à t’attendre.

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L’ENTREDEUX – Juin 2016, Montréal

Le fond de l’histoire

l’histoire reste banale
et ressemble souvent
à celle d’un désir

d’être comme la rivière
qui coule libre et forte
sans craindre les tournants

ni l’usure des rives
une histoire ordinaire
sur un fond de miracle

Photo : Montréal, Juin 2016

Sublimos gratos

c’était un jour
ordinaire et
malgré qu’elle n’avait rien
demandé
elle entendit le bruit
du vent dans les feuilles
et un merle
qui chantait dans l’arbre

it was an ordinary
day and
though she’d asked for
nothing

she heard the wind
rustling the leaves
and a robin
singing in the tree

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ALLER TRANQUILLOS – Juin 2016, Montréal

Mon coeur, un abîme

j’ai mis l’instant derrière moi
ça sert jamais à rien
d’y plonger trop de choses
j’aime mieux l’idée qui veut
qu’on n’a besoin de rien
vraiment
que l’instant se suffit
et que l’eau qui l’emporte
le sait bien mieux que moi

je touche le ciel et l’ombre
sans regret et sans peine
et quand je me sens humble
de la bonne manière
mes pas sont ceux des autres
et mon cœur est l’abîme
le plus doux, le sublime

Photo : JEAN ET MICHEL – Ripon, Petite Nation, fin mai 2016

Tambour d’âme

j’aime le silence
plein qu’il est
des plus beaux mots du monde
et quand on s’arrêtera
sur le souffle du vent
on ne se dira
que ce qui nous fait bon

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MON AMIE NATHALIE – Samedi, à Ripon, dans la Petite Nation

En résumé, ma chance

hier… ou demain
un garçon dans la ruelle
qui court sous l’averse
le quantique
… ou l’instant pensé beau

en attendant
y aura dessus les jours
des enfants qui jouent
et des vieux qui savent
tellement qu’ils en rient

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SOUS L’ONDÉE – Hier, dans mon quartier

L’écho d’un privilège

ma ville est une forêt
ma vie aussi
j’y marche
dans l’une comme dans l’autre
une manière de promenade
dans les rues de mon âme
amoureuse que je suis
de l’errance
et de l’insondable cadence
du temps et des choses
chaque jour sans prière autre
que celle que j’entends
dans le souffle du vent

PHOTO : ELLE QUI MARCHE – Hier, dans mon quartier

Somme toute et puis après

tant que tes revers
épousent mes revers
que tes sourires
courent après les miens
que tes doigts
se rêvent encore de moi
tandis qu’on est bien
et tandis qu’on est mal
c’est tandis qu’on est là
et c’est déjà pas mal

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LE DERNIER COUP D’ŒIL – Hier, dans mon quartier

L’homme tendre

 Au paradis, paraît-il, mes amis
C’est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés…
Félix Leclerc − 1950

Je n’ai pas su m’arrêter à temps, il était si beau sous les arbres. Quand il m’a vue, il m’a fait signe d’attendre et s’est avancé vers moi.

– Puisque t’as volé mon image, je vais te voler un instant. Comme ça, on sera quitte.

En s’aidant de sa canne, il a fait un tour sur lui-même suivi d’une lente révérence. Puis en me regardant dans les yeux, il a entonné d’une belle voix chaude la chanson de Félix. « Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé, ils m’ont porté de l’école à la guerre, j’ai traversé sur mes souliers ferrés le monde et sa misère… »

Toujours en chantant, il m’a fait un salut de la tête et a repris son chemin. Je l’ai regardé s’éloigner sans bouger. Je souriais encore quand sa voix s’est perdue au plus loin de la courbe. « … sur mes souliers y a de l’eau des rochers, d’la boue des champs et des pleurs de femmes… ».

Il avait un regard extrêmement tendre.

Photo : Sur le mont Royal * Mai 2016

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