L’homme tendre

 Au paradis, paraît-il, mes amis
C’est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés…
Félix Leclerc − 1950

Je n’ai pas su m’arrêter à temps, il était si beau sous les arbres. Quand il m’a vue, il m’a fait signe d’attendre et s’est avancé vers moi.

– Puisque t’as volé mon image, je vais te voler un instant. Comme ça, on sera quitte.

En s’aidant de sa canne, il a fait un tour sur lui-même suivi d’une lente révérence. Puis en me regardant dans les yeux, il a entonné d’une belle voix chaude la chanson de Félix. « Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé, ils m’ont porté de l’école à la guerre, j’ai traversé sur mes souliers ferrés le monde et sa misère… »

Toujours en chantant, il m’a fait un salut de la tête et a repris son chemin. Je l’ai regardé s’éloigner sans bouger. Je souriais encore quand sa voix s’est perdue au plus loin de la courbe. « … sur mes souliers y a de l’eau des rochers, d’la boue des champs et des pleurs de femmes… ».

Il avait un regard extrêmement tendre.

Photo : Sur le mont Royal * Mai 2016

Mon plus bel outil

dans cet art majeur
que je pratique au quotidien
celui de vivre et d’engendrer des états d’âme
qui triomphent de la bêtise et des conditionnements
et me laissent voir de mieux en mieux l’infinie beauté des choses
dans cet art, donc
mon principal outil demeure le regard que je pose

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JOUR DE MAI – Avenue du Mont-Royal * Montréal 2016

Je t’embrasse, montagne

Y a une odeur de mouffette, c’est parfait, j’adore ce parfum. Un dimanche matin tranquille, il est tôt, huit heures à peine. Il y a quelques coureurs, plus de coureurs que de marcheurs. Je viens rarement dans cette partie du jour. Je choisis plutôt l’après-midi après quinze heures, quand mon cerveau est moins efficace.

C’est dimanche, et aussi mon anniversaire. J’ai des amis qui vont passer me dire bonjour tout à l’heure. Et je voulais venir te dire bonjour, montagne. Ça fait plusieurs jours. Je nous néglige un peu depuis quelques semaines. L’hiver s’est étiré, et il m’a découragée un peu de ma constance.

Je suis venue seule. J’avais envie de toi et moi seulement. De notre intimité.

Je me dis qu’il me faudra changer certaines habitudes, augmenter certains rituels, ces moments où je renforce mon âme. Ce n’est pas une résolution, seulement une réflexion. En attendant, la vie la mort, il est clair que tout cela me fait de moins en moins peur. J’arrive à vivre mieux qu’avant. Pour le reste, on verra. Chose certaine, je veux continuer d’exister pour la beauté des choses.

Une chance que je t’ai, montagne. Et ce matin, les oiseaux.

Je t’embrasse. À très bientôt, mon amie.

* Photo – Ce matin, j’étais tournée vers le fleuve

Le dessin

– Qu’il n’y ait pas de fins à ton voyage, lui dit-elle.
– Mais de quel voyage parles-tu?
– De celui que ton âme dessine, au gré de son infinitude.

Et elle repartit sans autre mot. Lui resta immobile un instant avant de reprendre sa route. Les ruelles étaient belles dans cette ville du continent. Une ville au cœur tendre, une ville qui n’a pas peur. Le monde est vaste, se dit-il. La journée sera belle. Aussi belle que le ciel de ce matin, ce bleu d’entre les bleus. Et moi, je marcherai. Petit que je suis, dans l’immensité du monde.

Photo : Hier, dans une ruelle de mon quartier

Pas ailleurs

ne me laisse pas errer ailleurs
que dans ma plus belle errance
tomber ailleurs que dans ma plus belle chute
mourir ailleurs que dans ma plus belle mort
ainsi je danserai pieds nus
mon cœur à portée du monde

SOLEIL BAS - Hier, dans une ruelle pas loin de chez nous (cliquer 2x pour agrandir)

SOLEIL BAS – Hier, dans une ruelle pas loin de chez nous – cliquer 2X pour agrandir

Le rêve du littoral

des semaines
à remonter la rive et le courant
contournant les rochers sur la fin de l’hiver
et voilà ce matin le soleil fou

je suis le jour qui change
l’onde qui danse sur le vent
rien de plus ni de moins
qu’une rumeur du temps

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BRUME – Jour d’hiver sur le fleuve St-Laurent

Évidemment que je t’aime

L’essor est lent, la montée paresseuse. Les fleurs du magnolia restent campées dans leur enveloppe. Non, l’hiver n’a pas fini de passer. L’ombre froide finira bien par céder sa place à celle chaude de l’été, mais elle se fait lente la sortie des marais gelés, et grande la hâte de chanter la liberté retrouvée et de sentir l’air qui court entre les fenêtres ouvertes.

C’est que le cycle est si intense dans ce morceau du monde. Tellement qu’encore, malgré autant de saisons à y faire, quand j’avance contre le fouet d’un vent glacial, mon cerveau a du mal à me croire si je lui raconte qu’en ce même lieu dans peu de temps, l’air sera lourd et tropical. Puis quand juillet s’installe et que je m’abandonne dans mon hamac aux vents torrides de quelques nuits, l’idée du froid géant qui parfois nous traverse semble tout aussi irréelle.

La caresse du chaud se fait attendre. Comme celle d’un amant parti loin qui serait revenu dans la nuit sans faire de bruit. Et qu’on regarde se réveiller au matin, tandis qu’il bâille et s’étire pour un peu trop d’éternité avant même que d’ouvrir les yeux.

Dis-moi printemps, mon bel amour, m’aimes-tu encore?

Mais évidemment que je t’aime.

Photo : SOUVENANCE D’UN JOUR D’AUTOMNE – Sur le mont Royal * Octobre 2015

Pendants de vie

tourner dans les heures
le fer de la beauté
sinon quoi faire de ces amours
où l’on se jette éperdument

QUATRE INSTANTS DANS L’ORDRE – Hier, Montréal

Le passage (des fleurs pour Germaine)

les états du soir, les lumières
les gens qui marchent doucement, le vent tiède
c’est tout ça qui s’en vient
j’aime l’été, la lenteur, la langueur
l’immobilité des choses
le temps vidé de l’urgence de bouger ou rentrer

il fait soleil ce matin
et tout à l’heure je me rendrai
à la célébration pour ma tante Germaine
l’une des dix sœurs de ma mère
une autre des femmes d’où je viens
une famille québécoise pleine d’amour et de bonne volonté
c’est de là que je viens

je viens de l’amour et la bonne volonté

bon passage ma tante
et un vent de sympathie et de tendresse
vers ceux et celles qui vous ont tant aimée
vos enfants surtout
Diane, Monique, Guy, Nicole, François
et vos soeurs encore là
Yolande, Hélène et Louise

Pour l’amour du ciel !

coulée intime au milieu
du monde
elle, bleue
d’encre et de soleil
le bruit des arbres
et des âmes
dans l’infini et l’ici
pour l’art
celui de vivre et de créer
l’exister par et pour
la vie et rien d’autre
apprendre le
se fondre sans y penser
pour rejoindre le souffle

juste une vie
une danse à s’accorder
le temps qu’elle dure

alors dansons pour ne pas
être tristes
dansons pour que
la joie existe
dansons
pour l’amour du ciel !
et surtout
pour la beauté du monde

carolinedufourdanenfho

L’HOMME, L’ENFANT ET LA DANSEUSE – Hier, dans le Mile End

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