Humeur vive

Des rues brunâtres. De neige sale.
Auxquelles on s’habitue.
Pourquoi pas.
J’suis pas du genre à trop vouloir.
Autre chose, j’veux dire.
Et je m’en porte mieux, peut-être.
Ou je m’emporte mieux, qui sait.
L’homophonie me plaisait.
Puis l’autre chose vient toujours.
Du moins, elle est toujours venue.
Quand l’autre chose ne faisait plus.
Alors, je laisse faire les choses.
J’y peux si peu de toute manière.
Tout ça, ou presque, pour les mots.
Le simple plaisir de la chose.
Et une pause entre deux choses.
Le vrai, le faux, comme une danse.
Et si c’était mon jour de chance.
Chose certaine, l’humeur y est.
Et là, dehors, une fille déneige sa voiture.
Avec un tout petit balai, et un manteau rose.

carolinedufourfirube

MA VILLE EST UNE DÉNEIGEUSE – Il y a deux jours, rue Beaubien

Pour la suite des choses

ma voix n’est celle de personne
et ma route – raboteuse
est celle de l’âme qui s’abandonne
à son errance singulière

elle est mieux éclairée ma route
depuis qu’il m’est venu
qu’à prendre ombrage des autres
je la perdais de vue

carolinedufourrachcou

RÊVE D’HIVER – Il y a deux jours, rue Rachel

Cette beauté qui attrape

J’ai pris, hier soir, l’une des plus belles marches blanches de ma vie.
Un air d’hiver parfait. La neige qui venait d’arrêter de tomber.
Je l’ai pas choisi, c’est arrivé comme ça, je revenais d’une rencontre.
Et vu l’heure, j’aurais sans doute pris le bus s’il n’y avait eu cette extase.
J’ai mis le pied dehors dans des rues souverainement blanches.
Comme elles ne peuvent l’être que la nuit, avant l’assaut du matin.
J’ai traversé le quartier dans un éclairage réverbère adouci par la neige.
Des rues presque vides aussi. Un spectacle immensément tranquille.
Le vent a bien choisi son moment pour s’absenter.
C’était digne d’un rêve.

carolinedufourtrme3Cvi

IVRESSE MONTRÉALAISE – Hier, dans le Mile-End

J’aurai marché

J’suis allée voir Gaby, hier.
L’air était extrêmement doux.
Évidemment, tout est relatif.
Mais j’étais bien, le manteau ouvert, à respirer l’air.

J’aurai marché dans les vingt dernières années.
Pas loin de tout mon soûl.
S’il fallait que demain, je ne puisse plus le faire
j’aurai des souvenirs à ressasser.

Si on me demandait ce qui m’apporte le plus de paix
je répondrais que c’est la marche.

Le vent a soufflé très fort toute la nuit.
La température a chuté de vingt degrés.

carolinedufourmarf2

Le mal-aimé

la culture dominante
ne l’aime pas trop
lui qui fait rêver d’autres lieux
fait prendre d’autres chemins
en beau grand débridé qu’il est
il tire l’âme hors du rang
vers des ailleurs sauvages
où l’amour et la gloire
prennent d’autres formes

carolinedufourfibusma

UN BUS LA NUIT (L’imaginaire) – Montréal, il y a deux jours

Morsures

du moment que je goûte aux morsures du vent
j’me rirai tant que j’peux des morsures du temps

moi qui m’aime légère
et qui me cabre
encore
quand je sens s’enfuir les vents chauds
si vous l’aviez vu 
ce manteau
beau manteau blanc des derniers jours
venu abrier ma ville

et là maintenant
ce matin de froid polaire
dessous le ciel
qui a bleui
et les pans de lumière
sur les rues déjà sales

j’entends le bruit d’la déneigeuse
et je pense à la montagne
où la blancheur pourra vivre

et la fournaise qui repart
ça fait combien d’fois aujourd’hui
et moi tout à l’heure
et quand même
j’irai mettre le nez dehors
vers le frimas dans mes narines
les brûlures sur mes joues
et le soleil qui danse

et pour la femme au manteau noir
c’était hier dans le métro
sur l’autre quai
j’la trouvais belle assise là
et je résiste pas
j’essaie même pas

Mon chemin d’espérance

Je viens de penser à ce bel oiseau blanc, ce grand cacatoès qu’on s’arrêtait pour regarder, sur une belle rue de Paris, dans la vitrine du garage où il passait ses jours. Je me souviens de lui mieux que de moi à cette époque, si ce n’est que déjà je n’en avais que pour le beau.

Encore aujourd’hui, je creuse. Je creuse mon âme et mon coeur, dans l’espoir de m’approcher toujours plus près de la liberté. La vie est un mystère, mais je n’y pense pas trop. Je vaque avec ce coeur, de plus en plus petit à mesure qu’il se densifie, et que les années passent. Un jour, quand il ne restera que lui, que tout autour aura cédé, il implosera mon coeur, ou il explosera.

En attendant, je creuse. Et je donne à la beauté, qui promet tout encore.

carolinedufourfite3r

PÉPITE DE TEMPS – Il y a quelques jours, dans mon quartier

Petite mort et tu l’auras

moi qui suis faite d’habitudes
je prends souvent les mêmes chemins
et mes chemins me connaissent

première vraie neige
petite tempête
mes yeux l’embrassent
mon coeur la sait
et si je me languis un peu
et mon désir aussi peut-être
c’est rien qu’un petit vent
dans la moisson d’un jour d’hiver
une petite mort
comme tant de petites morts avant
et de commencements

je m’en vais marcher dans la blanche
elle si belle qui tombe encore

carolinedufourtempauc

IL NEIGE PAR MA FENÊTRE – Ce matin, derrière chez moi

Belle brume

Jusque dans ses plus grands brouillards
la planète reste belle
et moi j’imagine
et je rêve
qu’à force de temps passé
à se faire guerres et tourments
peurs et orgueils s’étiolent
et on ne fait plus que danser

carolinedufourbrume

SATIN – Il y a deux jours, sur la montagne

Pensée d’un jour sans neige

Nous naissons. Nous mourons. Nous sommes tout pendant quelques années. Nous ne sommes rien pendant des millénaires. Philippe Claudel

une journée sublime par sa seule lumière – immense
une journée d’air froid et d’hiver sans neige
mais une journée parfaite quand même
et en marchant vers chez ma mère, je me suis entendue penser que tant que les bateaux s’empliront à coups de coeurs qui se vident et d’âmes qui se taisent, je tendrai l’oreille au poète avant de la tendre au marchand

a day sublime by its sheer light – huge
a day of cold air and snowless winter
but still a perfect day
and walking to my mother’s, I heard myself thinking that so long as boats are filled by way of hearts going empty and souls staying silent, my ear will go to the poet before going to the trader

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