Bercement

Je ferai un bout de chemin sous le soleil.
Je penserai à ce que j’ai
plutôt qu’à ce que j’ai pas.
En attendant que c’qui s’passe passe.

RUE MONKLAND - Novembre 2014, Montréal

RUE MONKLAND – Novembre 2014, Montréal

L’abandon

Le jour tombait. J’ai cliqué.
Je savais que la noirceur montante empêcherait la précision.
Mais la beauté tient de quelque chose de subtil.
Et ce qui se dégageait d’eux m’inspirait.

J’aime quand quelque chose me rappelle
qu’on ne contrôle, en somme, que si peu de choses.
Et que j’ai raison de m’abandonner à l’instant.

FIN DE JOUR - Novembre 2014, sur le Mont Royal

FIN DE JOUR – Novembre 2014, sur le Mont Royal

L’absence

Ça y est. D’un coup.
Soixante minutes de moins.
Faut se lever tôt le matin pour compenser la perte.
C’est le moment de l’année, j’avoue,
où mon espoir ressemble au solstice d’hiver.
À ce temps où la lumière remontera doucement.
J’y pense comme au retour de quelqu’un que j’aime.
Je m’y ferai à cette noirceur – comme on se fait à l’absence.
Mais il est cinq heures au moment où j’écris ces lignes.
Et il fait presque noir.
Bonne plongée tout le monde.

LA BELLE ÉCORCE - Mont Royal, octobre 2014

LA BELLE ÉCORCE – Mont Royal, octobre 2014

Inventions humaines

Par la fenêtre, des fleurs me disent
que le gel n’a pas encore touché ma ville.
Et les feuilles s’accrochent.

Il y a tellement de beau
que j’oublie souvent l’existence
de ces hauts lieux et autres planques
où l’on forge des plans sordides
pour asservir les malheureux et les trop-doux.
La soif de dominer m’est si étrangère.
Il y a tellement mieux à faire avec la vie et le temps
que de fabriquer de la misère.
Comme marcher sur une grande rue le soir tombant
pour aller voir quelqu’un qu’on aime.
S’arrêter en chemin contre un gros arbre pour attraper une image.
Le matin d’après, faire un bol de gruau à une petite fille qui vient de se lever.
Et puis regarder dehors, en se disant qu’on a de la chance.

CRÉPUSCULE RUE DE LORIMIER - Plateau, Montréal, octobre 2014

CRÉPUSCULE, RUE DE LORIMIER – Plateau, Montréal, octobre 2014

Brunante

Je suis remontée le lendemain, mais plus tard que d’habitude.
J’ai même flâné passé la brunante, saoulée par l’air humide et tiède.
Plusieurs fois, j’ai pris de longs respirs, habitée par une sorte d’urgence.
La lumière avait beau tomber, mon corps en demandait encore.
Je me suis assise par terre dans les feuilles
et j’ai pris mes genoux comme trépied pour quelques photos.
Je serais restée là des heures.
Dans cet air qui m’enveloppait comme une caresse d’avant l’hiver.

L'HEURE BLEUE - Soir de la mi-octobre, sur le mont Royal

L’HEURE BLEUE – À la mi-octobre, sur le mont Royal

Rose d’hier

Et puis le rose.
Et puis le rouge sanguin sur les feuilles jaune clair,
dans le grand arbre à côté de la maison Smith.
Ça n’en finissait plus d’être beau.
Et ce matin, il pleut.
Ce sera beau encore.
Mais hier était sublime.
Et je m’en rappellerai pour vrai
comme l’une de mes plus belles errances d’automne.

PLANCHER ROSE ET AUTRES MERVEILLES - Le 14 octobre, sur le mont Royal...

PLANCHER ROSE ET AUTRES MERVEILLES – Le 14 octobre, sur le mont Royal…

AAAAH l’automne

Le plus beau jour de la saison sans doute.
L’air chaud, les couleurs tellement vibrantes
que j’ai eu le sentiment d’une première fois.
Chaque courbe menait vers une autre mer d’orangés et de jaunes.
Et puis cette impression de boire les couleurs.
Qu’elles pénétraient en moi comme des remèdes divins, rien de moins.

VIBRATIONS - Le 14 octobre, sur le mont Royal

VIBRATIONS – Le 14 octobre, sur le mont Royal

L’étonnement et l’indignation

Je suis encore étonnée,
émerveillée devant la beauté des choses.
Mais indignée aussi
devant l’indicible stupidité
dont tant d’humains font preuve.

Je tiens à mon étonnement
et j’entends bien le cultiver.
C’est lui qui donne du sens à ma vie,
lui qui m’aide à rester en selle
malgré les secousses.

Pour ce qui est de mon indignation, je me pose la question.
Je ne veux pas la voir s’étioler, j’aurais peur de devenir tristement stupide.
Pourtant, j’ai de moins en moins tendance à la marquer.
Or, ces temps-ci, aux nouvelles, l’absurde est si souvent la règle.
Devant tant de bêtise toujours, je m’en tiens parfois rigueur.
Me faut-il davantage cultiver mon indignation?
Pour ceux qui viendront après moi, l’émerveillement suffit-il?

MUR DE FEUILLES - Au coeur de Rosemont, octobre 2014

MUR DE FEUILLES – Au coeur de Rosemont, octobre 2014

Ce qui s’insinue

je reste sur mes gardes
quant à ce que je crois être
tout comme je me méfie
de trop de certitude
histoire de toujours et quand même
avoir le loisir de changer
creuser les sillons qui m’inspirent
ceux où s’insinuent sans embûche
les morceaux de bonheur

AU PIED DE L'ARBRE - Sur le Mont Royal, octobre 2014

AU PIED DE L’ARBRE – Sur le Mont Royal, octobre 2014

Petit amour, petit refrain

le bruit des feuilles de septembre
sous mes pas pesants de géant
le goût du miel et du gingembre
et ce qu’il m’est donné de temps
pour regarder autour de moi
ce qui existe éperdument
si le doute est mon paysage
l’amour est mon bagage

À DOS D'AUTOMNE - Dans la Petite-Patrie, Montréal , septembre 2014

À DOS D’AUTOMNE – Dans la Petite-Patrie, Montréal , septembre 2014

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