Le temps s’en mêlera

un vendredi bleu
sur un ciel de fin de mois
le temps se jette contre les jours
le long de sa longue mémoire

l’homme monte l’escalier
il traine avec ses sacs trop lourds
le temps passe plus vite qu’on le pense
c’est qu’elle ne lui répondra pas
il déverrouille et ouvre

le vent est encore frais
et nous on a le temps
pour un moment encore
y a tant de choses qu’on suppose

CROSSROADS - Montréal, juin 2015

CROSSROADS – Montréal, juin 2015

À l’entrée du jour

assise là
je sens à peine le vent
froid malgré l’été

et la douche qui crie
faudrait réparer
mais on se fait à tout

je suis privilégiée
et ordinaire
je me souviens du passé
ou plutôt de l’enfance
comme d’un temps sans histoires
sans réel drame
si ce n’est peut-être
celui de l’ignorance
et même là
je n’en

LA FEMME LION (Esthel) - Parc Molson, 20 juin 2015

LA FEMME LION (Esthel) – Parc Molson, 20 juin 2015

Perles et flamenco

la tête sur l’oreiller
et ce soleil qui monte sur le mur d’en face
on y est vraiment
que pour si peu de choses
et moi qui rêve de mots
qui vaguent
et qui valsent
sur les remous du coeur
et de perles qui glissent
le long du fil de l’eau
et qu’on soit toujours là
où dansent nos silences
un regard à la fois
jusqu’à la fin des temps

COMME SON ÂME QUI DANSE - Montréal, juin 2015

COMME SON ÂME QUI DANSE – Montréal, juin 2015

Et pas ailleurs, petit bonheur

l’oreille au coeur
et le coeur à l’oreille
le gouttant de la pluie
et les mots les plus simples
me disent tout ce qu’il y a à dire
en regardant le soir qui vient
sans douleur et sans habitude
rien que ce qui est là
le feu des rouges dans la cour
les verts qui font chanter le vent
et nos amours qui veulent être éternels
j’ai l’oreille au coeur
et la brise vermeille
et le bonheur tout court
que tu sois près de moi

PARLER DU TEMPS QU'IL FAIT OU D'AUTRES BELLES CHOSES Au pied de la montagne, juin 2015

PARLER DU TEMPS QU’IL FAIT OU D’AUTRES BELLES CHOSES
Au pied de la montagne, juin 2015

D’amour et de racine

La montagne est belle. Après plusieurs jours de pluie, la terre s’assèche et l’air se réchauffe à nouveau. En m’assoyant entre deux énormes racines pour m’adosser à un vieux chêne, je me suis souvenue de ce temps où j’allais m’adosser à un vieux hêtre, tout au bout de la belle forêt où j’ai passé huit ans de ma vie. Et où j’ai marché des milliers d’heures. J’ai aimé cette forêt de toute mon âme. J’en garde le souvenir et la douceur de pouvoir marcher seule dans une immensité sauvage, sans jamais avoir peur, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Une grande pluie de glace s’est un jour abattue sur elle, avec un vent complice. Des milliers d’arbres se sont effondrés les uns sur les autres, les sentiers sont disparus sous des amas de troncs et de branches, les cimes des grands arbres ont toutes été arrachées, et tous les bouleaux blancs ont courbé l’échine. L’ironie a voulu que ce soit triste et beau à la fois, avec la lune et le soleil qui faisaient briller les branches alors qu’on les entendait se casser sous le poids de l’eau meurtrière. Je me rappelle avoir pensé que cet état de destruction ressemblait à celui de l’amour que je vivais à l’époque. Et m’être demandé si l’histoire qui se terminait avait valu le coup.

Aujourd’hui, comme hier, la montagne est belle. Et je ne regrette rien.

LA MONTAGNE EST BELLE - Un beau jour de printemps sur la montagne

LA MONTAGNE EST BELLE – Un beau jour de printemps sur la montagne

Nos âmes ensemble

dans le regard et le vent
y a toujours de ce que l’on sème
c’est quantique, c’est électrique
et tu as raison, lui dit-elle
c’est absolument magique

oui oui, c’est ça
t’as tout compris, voilà
ce que l’on s’aime, toi et moi
ce que l’on sème

LA MAGIE DES ROSES - Montréal, juin 2015

LA MAGIE DES ROSES – Montréal, juin 2015

Le samedi de Constance

toutes ces histoires à se vivre
et toutes celles qu’on voudrait se dire
et là dehors encore le temps
qui danse avec Constance
sur le chaud plancher du matin
en tirant de beaux traits qui coulent
sur des amours à colorier
pendant qu’il passe
le temps
d’autant que là
le ciel est bleu
et l’air se réchauffe à nouveau

CARMIN ET VERMILLON - Rue St-Laurent, mai 2015

CARMIN ET VERMILLON – Rue St-Laurent, mai 2015

La belle échappée

tu étais où dis-moi
moi qui te croyais là
on se cherche, on se trouve
puis on se perd encore
ah ce brouillard des jours
et nos amours toujours
mais je ne m’en fais pas, va
la saison reste tendre

NOS ÄMES FURTIVES - Montréal, 30 mai 2015

NOS ÄMES FURTIVES – Montréal, 30 mai 2015

Un banc au paradis

Cette humidité, où flottent des parfums de fleurs et de terre. La montagne est tranquille, il a plu fort ce matin. À gauche, à droite, personne. Je me suis assise pour t’écrire un peu. Te dire l’intensité des odeurs. Et ce vert, celui qui vient juste après le tendre, tout plein de lumière encore.

Il n’y a presque pas de vent, seulement quelques froissements ici et là, mais rien vraiment. Et à chaque pas, ces odeurs en suspension dans l’air gorgé. Comme celle des deux grands chevaux de la police montée, croisés tout à l’heure, plusieurs centaines de mètres derrière. Mais je reconnais le parfum âcre de leur peau, cette odeur grasse que j’aime sans trop savoir pourquoi. Elle est restée piégée ici, dans des bulles d’humidité, du moins c’est ce que je m’imagine.

Bref, cet air chargé de parfums. Qui me fait inspirer plus fort que d’habitude, comme si je buvais des gorgées de paradis. Un merle vient de chanter doucement au-dessus de ma tête, c’est le paradis ça aussi. Et là un homme, surgi de nulle part, qui pousse une femme en fauteuil roulant, sur ce chemin raboteux. Ils se parlent à voix basse. Il a tourné la tête et m’a souri, le regard paisible. Ils s’éloignent maintenant. Sans que j’aie vu son regard à elle, resté plongé dans la forêt.

Il recommence à pleuvoir. Je suis bien sur ce banc, sous les arbres.

AUSSI VRAI QUE VRAI SE PEUT Hier, sur le mont Royal

AUSSI VRAI QUE VRAI SE PEUT
Hier, sur le mont Royal

Les heures tendres

nuit blanche et matin noir
sur de grandes eaux sauvages
le coeur trop lourd
l’âme naufrage
t’as débarqué chez moi
pour faire dévier l’histoire
on a marché lentement
jusqu’au coeur de la ville
trouvant entre les mots ce qui ne se dit pas
le soleil accroché sous chacun de nos pas
le temps gagne à passer
vers des mers plus tranquilles

REFLETS ET AUTRES RUPTURES prise à travers la fenêtre du Quat'sous,  24 mai 2015

REFLETS ET AUTRES RUPTURES
prise à travers la fenêtre du Quat’sous, 24 mai 2015

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