Tapisserie

Au soleil qui tapisse notre amour bord en bord
même si souvent le vent nous est contraire.

la pluie sur ma ville
et sur la glace fondante
un matin d’un hiver
qui n’en finit plus d’être hiver

et mes hivers?
et mes froidures à moi?
il va sans dire, que je me dis
le temps a le droit lui aussi

en attendant – oui, le printemps
je jouerai de stratège
en buvant ce qu’il y a de lumière
et pourquoi pas
je lèverai même mon verre
à l’errance d’une saison
qui sans chercher d’excuse
n’aura fait qu’être libre
de n’être que l’hiver
et rien d’autre

carolinedufourcelle4MARCHER AVEC LES ARBRES – Mont Royal (Montréal, mars 2014)

La bien-aimée

Comme un élixir, la lumière.
Et ce matin encore.
Elle s’offre.
Malgré le froid qui persiste.
Avec le froid.
La toute belle.
L’immense, l’unique.
La lumière, ouf.
Sans elle, je saurais pas.
carolinedufourdebrue8 1500DÉBRIS ET LUMIÈRE – Centre-sud de Montréal, 16 mars 2014

Petit sommet

La confiance, c’est la bonté des autres qui me la donne,
ainsi que la beauté de la nature. (Christian Bobin)

Moi, paisible?
Ça dépend.
Oui monsieur, avant toute chose.
En colère?
Ça m’arrive.
La complaisance, la trop grande.

Bien, moi, au milieu des arbres?
Sans équivoque, monsieur.
Pour tout vous dire, la ville
sans la montagne et l’homme que j’aime
je l’aurais peut-être quittée.
Or, ma nature étant ce qu’elle est
tant qu’à y être et y rester
je prends où elle donne à aimer.

carolinedufourmontcv3 800QUESTION DE NATURE – Mont Royal, Montréal 2014

La lumière est reine

Ça y est, la lumière change.
Le printemps reviendra.
Si ma tête n’en doute jamais,
mon corps, lui, s’impatientait un peu, j’avoue.
Vu l’air humide de février surtout.
Sur ce, je vous lève un joli chapeau pointu.
Et je retourne profiter un peu
de cette lumière si tant royale
avant qu’elle ne s’éteigne pour la nuit.

carolinedufourlumi3cAMANTS DE LONGUE DATE ET GRANDS-PARENTS D’UN JOUR – Plus tôt aujourd’hui, sur le mont Royal (Montréal 2014)

Mon amie montagne

T’as même mis sur mon chemin
une grosse pomme de route bien gelée
que j’ai bottée sur quelques pas
au vent de mon coeur plus léger.

Tu me manquais, montagne.
Trop de choses,
moins de temps,
et ça y est,
j’oublie.
Dans le survol des apparences
je perds un peu la boussole,
attirée pendant trop de jours
par ma seule gravité.
Par chance, tu es fidèle au poste.
Je voulais ta densité
ton silence
ta plénitude.
Je les ai trouvés.

carolinedufourecorce 1500LUMIÈRE DE MARS – Sur le mont Royal, Montréal 2014

Complaisance et autres bêtises

S’insinue parfois la désillusion
elle se faufile
subrepticement
cherchant la porte de mon espoir
pour le saper
s’amuser avec

le problème
c’est la bêtise
celle de ce monde
notre bêtise
qui surgit pour des riens
à tout bout de champ
sans trop qu’on s’y oppose
comme si c’était normal
la complaisance
la domination
la guerre
la tuerie
et valsent les compagnies

comme si c’était normal

et la bêtise attisée
la désillusion prend son pied
elles sont amies je dis
bonnes amies

carolinedufourregarderli3b 2REGARDER – Au pied du mont Royal (Montréal 2014)

Le rire et l’oubli

En revenant d’un moment aux côtés de ma tante
dans un froid moins prenant
qui laissait plus de place pour une méditation tranquille,
j’ai pensé à l’oubli.
Au sien d’abord, celui qu’elle subit.
Elle qui perd sans cesse jusqu’au souvenir qu’elle ne voit plus.
Puis j’ai pensé à l’autre, celui qu’on fait de soi.
Si dénigré de nos jours. Si peu populaire.
Pourtant, il a parfois drôlement le tour
de me rapprocher de son contraire.
Mais je suppose qu’ici encore
tout est dans la manière.
Pendant ce temps, ma vieille tante, elle,
en belle vieille renarde qu’elle est,
est toujours aussi drôle.

carolinedufourgitaut7COEUR DE GITANE – Mile End, Montréal, février 2014

Barbe Bleue dans la neige

Pour faire honneur à la neige tombante
on s’était donné rendez-vous
le long de la voie ferrée
elle sur ses skis
moi sur mes semelles
arrivant de points opposés
on allait inévitablement se rencontrer
j’ai pris cette photo à la hauteur de Fabre
quelques secondes avant
de la voir venir de très loin
elle qui
est un port choisi de ma vie
un coeur d’ancrage joyeux
au calme de notre amitié
j’ai bien des fois repris mon souffle
et mon erre d’aller
et parce que ce soir elle s’envole
le temps de quelques mois
pour fouler de son pas
îles et continents
des terres grecques et turques
j’ai eu envie d’écrire d’elle
et de lui dire aussi
Anne, ma soeur Anne
mille fois bon voyage
et
pendant qu’au loin ton âme danse
je penserai à ton retour
avec une belle impatience

carolinedufourvfskiautDES TRACES DANS LA NEIGE – Le long de la voie ferrée, Montréal – 18 février 2014

Mes amours et mes semelles

Ce qu’il doit procurer
ce qu’on doit éprouver
souvent l’amour
m’est raconté
comme un festin gourmand
mais moi je l’aime
plus frugal
variante sur le même t’aime
où je marche avec l’autre
à plein coeur
souveraine
dans mes bottines
le plus paisiblement du monde
sans rien attendre qui ne soit là
déjà
juste quelques pas dans le temps
ici, ailleurs, chemins battants.

carolinedufourstzotiqueTROTTOIR D’HIVER – Rue St-Zotique, Montréal, février 2014

Ma rivière, mon coeur

Et ma rivière sort de son lit
emportée encore par sa fougue
mouillant les rives qui la longent
les tendres terres qui la côtoient
et ma rivière comme la vie
sauvage
et noire comme la nuit
dansante comme un matin de neige
et ma rivière quitte son lit
et moi je la regarde faire
et je ris
tant il m’est de plus en plus clair
que même les jours où elle rugit
elle est chantante ma rivière.

carolinedufourquatorcut3BELLE PARSEMENCE – Parc Maisonneuve, 5 février 2014 (Montréal)

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