L’air du temps

c’est vrai madame votre chapeau
est à la mode et plutôt beau
mais que se passe-t-il en dessous
tout ça restera entre nous
petits désirs qui vous rongent
petites envies, petits mensonges
et on se réveille un matin
mêlant caprices et besoins

et puis on veut toujours plus fort
peur de la vie ou de la mort
vous parlez de nécessités
je pense que vous exagérez
je sais madame votre chapeau
est parfait avec ce manteau
mais qu’est-ce qui se cache en dessous
courou courou courou coucou

carolinedufoursudontL’APPEL DU PRINTEMPS – Montréal 2014

Fausse charade d’un samedi de printemps

Mon premier est humain.
Mon second est arbre.
J’aime les seconds.
Et la plupart des premiers.
Avec un fort penchant pour ceux
qui ne se prennent pas pour mieux que les seconds.

La neige était mouillée jeudi.
Il nous fallait garder les yeux sur le chemin
pour ne pas plonger le pied dans une sloche trop profonde.
Mon amie n’avait pas les bottes qu’il fallait.
Elle débarquait d’Europe, et n’avait pas mesuré la danse du temps.
Belles, ses bottes, mais pas les bonnes.
On s’est rencontré au pied, et elle m’a dit let’s do it anyway.
Moi, j’en avais mis des vieilles, trop lourdes, en gros caoutchouc épais.
Je sais, je procrastine, je n’ai pas encore remplacé mes autres.
Mais l’air, oh l’air! tellement il était bon.

carolinedufourmarcheuravril2cL’HOMME PARMI LES ARBRES – Sur le mont Royal, Avril 2014

Le dos de Rémi

crée neige avec ton manège
v’là un autre matin
entre blanc et brun beige
dans les rues d’un printemps
qui la joue en arpèges
sans plaquer d’accord
do froid ré chaud mi tiède fa sec
sol humide la mouillé si mes pieds
et qui jazz en mettant
sur tout plein de temps faibles
tout plein de contretemps
et ton dos Rémi?
t’es encore tout transi
et y a ma soeur aussi
c’est elle
qui retournait chez elle
après un temps heureux
sur une histoire à deux
elle et moi on joue ensemble
avec les mots
comme sur un grand piano

carolinedufour-masoeur2SORTIR DE L’OMBRE – Mars 2014, Montréal

Petite bataille

hier samedi
une autre neige
une vraie
malgré qu’elle était belle
comme une jeune première
m’abandonner à elle
après l’air chaud de jeudi
où j’ai jubilé
et cru voir s’éclipser le froid
moi si fin prête
mon corps dansait la légèreté retrouvée
mais voilà que l’hiver n’a pas fini sa chanson
j’ai revêtu mon attirail
et j’ai tendu l’oreille
une dernière fois…?

hier ne m’a donné de choix
qu’entre morose et blanc de neige

carolinedufourcorani2À QUOI TU PENSES, CORNEILLE? – Sur le mont Royal, 22 mars 2014

Tapisserie

Au soleil qui tapisse notre amour bord en bord
même si souvent le vent nous est contraire.

la pluie sur ma ville
et sur la glace fondante
un matin d’un hiver
qui n’en finit plus d’être hiver

et mes hivers?
et mes froidures à moi?
il va sans dire, que je me dis
le temps a le droit lui aussi

en attendant – oui, le printemps
je jouerai de stratège
en buvant ce qu’il y a de lumière
et pourquoi pas
je lèverai même mon verre
à l’errance d’une saison
qui sans chercher d’excuse
n’aura fait qu’être libre
de n’être que l’hiver
et rien d’autre

carolinedufourcelle4MARCHER AVEC LES ARBRES – Mont Royal (Montréal, mars 2014)

La bien-aimée

Comme un élixir, la lumière.
Et ce matin encore.
Elle s’offre.
Malgré le froid qui persiste.
Avec le froid.
La toute belle.
L’immense, l’unique.
La lumière, ouf.
Sans elle, je saurais pas.
carolinedufourdebrue8 1500DÉBRIS ET LUMIÈRE – Centre-sud de Montréal, 16 mars 2014

Petit sommet

La confiance, c’est la bonté des autres qui me la donne,
ainsi que la beauté de la nature. (Christian Bobin)

Moi, paisible?
Ça dépend.
Oui monsieur, avant toute chose.
En colère?
Ça m’arrive.
La complaisance, la trop grande.

Bien, moi, au milieu des arbres?
Sans équivoque, monsieur.
Pour tout vous dire, la ville
sans la montagne et l’homme que j’aime
je l’aurais peut-être quittée.
Or, ma nature étant ce qu’elle est
tant qu’à y être et y rester
je prends où elle donne à aimer.

carolinedufourmontcv3 800QUESTION DE NATURE – Mont Royal, Montréal 2014

La lumière est reine

Ça y est, la lumière change.
Le printemps reviendra.
Si ma tête n’en doute jamais,
mon corps, lui, s’impatientait un peu, j’avoue.
Vu l’air humide de février surtout.
Sur ce, je vous lève un joli chapeau pointu.
Et je retourne profiter un peu
de cette lumière si tant royale
avant qu’elle ne s’éteigne pour la nuit.

carolinedufourlumi3cAMANTS DE LONGUE DATE ET GRANDS-PARENTS D’UN JOUR – Plus tôt aujourd’hui, sur le mont Royal (Montréal 2014)

Mon amie montagne

T’as même mis sur mon chemin
une grosse pomme de route bien gelée
que j’ai bottée sur quelques pas
au vent de mon coeur plus léger.

Tu me manquais, montagne.
Trop de choses,
moins de temps,
et ça y est,
j’oublie.
Dans le survol des apparences
je perds un peu la boussole,
attirée pendant trop de jours
par ma seule gravité.
Par chance, tu es fidèle au poste.
Je voulais ta densité
ton silence
ta plénitude.
Je les ai trouvés.

carolinedufourecorce 1500LUMIÈRE DE MARS – Sur le mont Royal, Montréal 2014

Complaisance et autres bêtises

S’insinue parfois la désillusion
elle se faufile
subrepticement
cherchant la porte de mon espoir
pour le saper
s’amuser avec

le problème
c’est la bêtise
celle de ce monde
notre bêtise
qui surgit pour des riens
à tout bout de champ
sans trop qu’on s’y oppose
comme si c’était normal
la complaisance
la domination
la guerre
la tuerie
et valsent les compagnies

comme si c’était normal

et la bêtise attisée
la désillusion prend son pied
elles sont amies je dis
bonnes amies

carolinedufourregarderli3b 2REGARDER – Au pied du mont Royal (Montréal 2014)

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