Le matin, tôt. Ta voix et je savais. Depuis l’arrière, ça s’entendait. Dis-moi aussi, le rose dans le ciel d’hier, c’était toi? Je t’ai entendue en cascade, et je t’ai vue, du moins je pense.
Qui sait où va le temps. Et l’innocence. Quoi qu’il en soit, ça endure ici-bas. Le monde craque à peine sous le poids du lucide. Les bas-fonds s’entrecroisent. Au sein même des absences. Dans les éclats de pluie et de rouge écarlate, partout comme ailleurs.
Oui, je sais. Tout ce qui danse quand même, parce qu’il faut bien danser. Même quand le jour hallucine. Qu’il ressemble à un deuil. À un dégrisement. À un pays lointain, plus près des océans. Des miroirs profonds où vont boire nos âmes.
Bientôt les feuilles viendront. Et ce vert tendre qui verse un baume court.
Mon âme se bute aux mêmes imbroglios de vent ou de fleuve trop absent. C’est partout la bourse ou la mort.
Là, ton piano qui me repose. Me ramène à ce jeu qu’on jouait sans y penser. Où le corps, du regard, visait le ciel entier sans chercher à savoir d’où le son arrivait.
Je sais qu’il fait chaud quelque part. Mais ici, même si j’éclate de rire, le froid persiste et dure.
Et sous nos pas, derrière les silences, l’emmêlement aveugle d’un temps.
PHOTO : PENDANT CE TEMPS, LA LUMIÈRE – Montréal * Avril 2022
À l’aller, dans le ciel froid d’hier, des milliers d’oies sauvages volaient en longues formations. Et au retour, seulement deux solitaires. Sans doute qu’on regardait ailleurs.
On a mis du piano en longeant la rivière. J’ai baissé un coup la fenêtre et fantasmé un vent de mer. Après un moment sans rien dire, on s’est parlé de la journée et du temps qui efface.
Les hivers viennent et passent. Et la neige encore s’en retourne avec sa part du rêve.
C’est la musique. Et mon âme décalée. J’aime les mots, je les aimais déjà. Et d’entendre ta guitare électrique. Et Wynona. Ça faisait un moment, cette manière que tu as.
Et là sur l’asphalte, ce rayon qui me parle d’un morceau de ciel bleu.
Mon café est bon et le printemps arrive. Je me prends à sentir un sourire qui monte de mon plexus à ma bouche.
Et si tu veux danser, vas-y fort, que j’entends.
La neige fond – quelques semaines encore et le bougainvillier sera bien sur le balcon arrière. Et je pense à ta cour déjà pleine de fleurs.
Nos histoires sont belles et leurs failles avec. Et c’est tout ce qu’on a.
PHOTO : LE LONG DES TROTTOIRS – Montréal – Mars 2022
Je suis bête et sauvage. Et ne me veux partout que le temps d’y passer. Cette peine qui demeure la mienne comme la nôtre. Mon amour de béton et de corps émouvants retrouve sa consistance. Le brun mouillé des rues. Les courbes de la neige, décadente et fondante. Les cailloux répandus pendant la saison froide.
Deux portes. Et toi qui les aimais les deux.
Ne dis pas que j’ai tort ni que j’ai eu raison. Je ne veux y savoir que le temps d’être ici. Et qu’un instant mon coeur n’a de maison que nous. Ma même nostalgie n’est encore qu’une fenêtre d’où y scinder le jour. Je danse la distance qui fait d’elle une amie.
Et sur le coup du vent, charge-moi d’un éclat de cette biosphère. Comme la pluie dans la vitre me dit que je suis vive. Je ne sais qu’à moitié cerner mes dépendances, et voisine comme je peux les ombreux subterfuges. Ma déception perdure mais l’espèce reste mienne. Aussi belle que bête. Bête et sauvage.
je suis bête et sauvage et ne me veux partout que le temps d'y passer cette peine qui demeure la mienne comme la nôtre mon amour de béton et de corps émouvants retrouve sa consistance le brun mouillé des rues les courbes de la neige décadente et fondante les cailloux répandus pendant la saison froide ne dis pas que j'ai tort ni que j'ai eu raison je ne veux y savoir que le temps d'être ici et qu'un instant mon coeur n’a de maison que nous ma même nostalgie n'est encore qu'une fenêtre d'où y scinder le jour je danse la distance qui fait d'elle une amie et sur ce coup du vent charge-moi d'un éclat de cette biosphère comme la pluie dans la vitre me dit que je suis vive je ne sais qu'à moitié cerner mes dépendances et voisine comme je peux les ombreux subterfuges ma déception perdure mais l'espèce reste mienne aussi belle que bête bête et sauvage