Reflet


tout se passe quand même –
les heures et la lumière

comme hier, les pieds dans les flaques
les reflets dans la coupe au bord de la fenêtre d’un café branché

de ce côté-ci, sept heures après toi –
il y a une heure à peine, le ciel était franc noir
près des fils électriques

ta douleur n’est pas mienne –
mais quelque chose d’un miroir sur mes jours
une même terre de naissance

·


PHOTO : APRÈS LA PLUIE – Montréal * Avril 2022

Dans les éclats de pluie

Le matin, tôt. Ta voix et je savais. Depuis l’arrière, ça s’entendait. Dis-moi aussi, le rose dans le ciel d’hier, c’était toi? Je t’ai entendue en cascade, et je t’ai vue, du moins je pense.

Qui sait où va le temps. Et l’innocence. Quoi qu’il en soit, ça endure ici-bas. Le monde craque à peine sous le poids du lucide. Les bas-fonds s’entrecroisent. Au sein même des absences. Dans les éclats de pluie et de rouge écarlate, partout comme ailleurs.

Oui, je sais. Tout ce qui danse quand même, parce qu’il faut bien danser. Même quand le jour hallucine. Qu’il ressemble à un deuil. À un dégrisement. À un pays lointain, plus près des océans. Des miroirs profonds où vont boire nos âmes.

PHOTO : DÉJOUER LA BÊTE – Montréal * Avril 2022

Parole vive

si seulement pour les mots
leur beauté pure
ce serait déjà pas mal, tu dis

asphalte, vertiges, passants
terre, tiédeur

mais reste le corps –
et sa parole vive

pour nous tendre l’image d’une vie sans fin

PHOTO : SE TENIR IMMOBILE – Montréal * Avril 2022

Même si

le linge suspendu sur la porte
la pile sur le petit bureau

merci pour l’illusion permise

dans la terre du jardin
la pluie fait s’ouvrir les fissures

le sol se laissera retourner
la beauté est partout

PHOTO : FILLE QUI LIT – Montréal * Avril 2022

Le ciel entier

Bientôt les feuilles viendront.
Et ce vert tendre qui verse un baume court.

Mon âme se bute aux mêmes imbroglios
de vent ou de fleuve trop absent.
C’est partout la bourse ou la mort.

Là, ton piano qui me repose.
Me ramène à ce jeu qu’on jouait sans y penser.
Où le corps, du regard, visait le ciel entier
sans chercher à savoir d’où le son arrivait.

Je sais qu’il fait chaud quelque part. Mais ici,
même si j’éclate de rire, le froid persiste et dure.

Et sous nos pas, derrière les silences,
l’emmêlement aveugle d’un temps.

PHOTO : PENDANT CE TEMPS, LA LUMIÈRE – Montréal * Avril 2022

Sur la route

À l’aller, dans le ciel froid d’hier, des milliers d’oies sauvages volaient en longues formations. Et au retour, seulement deux solitaires. Sans doute qu’on regardait ailleurs.

On a mis du piano en longeant la rivière. J’ai baissé un coup la fenêtre et fantasmé un vent de mer. Après un moment sans rien dire, on s’est parlé de la journée et du temps qui efface.

Les hivers viennent et passent. Et la neige encore s’en retourne avec sa part du rêve.

PHOTO : LA FONTE – Petite Nation * Fin mars 2022

Autant d’hivers

je n’ai de vraie maison que nous
de lieu que mes amours

pendant ce temps la neige revient
qui sait tomber

autant d’hivers
à laisser faire le vent

et tout ce qu’on croit savoir

PHOTO : LA MUSIQUE DE MA VILLE – Montréal – Mars 2022

Petits enterrements

il n’y a pas trop de ceci ou trop de ça
ni du bout des doigts ni d’ailleurs

tu restes belle depuis l’ombre
à jamais traversée de cendres

sans idole et comme bon te semble
à tout enterrer à mesure –
de ces regrets et vains espoirs 

avec le cadeau encore
d’un corps vivant

la mort est plus docile que la contre-bascule

PHOTO : TRAME SONORE DE VILLE – Montréal – Mars 2022

Quelques semaines encore

C’est la musique. Et mon âme décalée. J’aime les mots, je les aimais déjà. Et d’entendre ta guitare électrique. Et Wynona. Ça faisait un moment, cette manière que tu as.

Et là sur l’asphalte, ce rayon qui me parle d’un morceau de ciel bleu.

Mon café est bon et le printemps arrive. Je me prends à sentir un sourire qui monte de mon plexus à ma bouche.

Et si tu veux danser, vas-y fort, que j’entends.

La neige fond – quelques semaines encore et le bougainvillier sera bien sur le balcon arrière. Et je pense à ta cour déjà pleine de fleurs.

Nos histoires sont belles et leurs failles avec. Et c’est tout ce qu’on a.

PHOTO : LE LONG DES TROTTOIRS – Montréal – Mars 2022

La saison des cailloux

Je suis bête et sauvage. Et ne me veux partout que le temps d’y passer. Cette peine qui demeure la mienne comme la nôtre. Mon amour de béton et de corps émouvants retrouve sa consistance. Le brun mouillé des rues. Les courbes de la neige, décadente et fondante. Les cailloux répandus pendant la saison froide.

Deux portes. Et toi qui les aimais les deux.

Ne dis pas que j’ai tort ni que j’ai eu raison. Je ne veux y savoir que le temps d’être ici. Et qu’un instant mon coeur n’a de maison que nous. Ma même nostalgie n’est encore qu’une fenêtre d’où y scinder le jour. Je danse la distance qui fait d’elle une amie.

Et sur le coup du vent, charge-moi d’un éclat de cette biosphère. Comme la pluie dans la vitre me dit que je suis vive. Je ne sais qu’à moitié cerner mes dépendances, et voisine comme je peux les ombreux subterfuges. Ma déception perdure mais l’espèce reste mienne. Aussi belle que bête. Bête et sauvage.

je suis bête et sauvage et ne me veux
partout que le temps d'y passer
cette peine qui demeure
la mienne comme la nôtre
mon amour de béton et de corps émouvants
retrouve sa consistance
le brun mouillé des rues
les courbes de la neige décadente et fondante
les cailloux répandus pendant la saison froide
ne dis pas que j'ai tort ni que j'ai eu raison
je ne veux y savoir que le temps
d'être ici et qu'un instant mon coeur
n’a de maison que nous
ma même nostalgie n'est encore qu'une fenêtre
d'où y scinder le jour
je danse la distance qui fait d'elle une amie
et sur ce coup du vent
charge-moi d'un éclat de cette biosphère
comme la pluie dans la vitre me dit que je suis vive
je ne sais qu'à moitié cerner mes dépendances
et voisine comme je peux les ombreux subterfuges
ma déception perdure mais l'espèce reste mienne
aussi belle que bête
bête et sauvage

PHOTO : BLEU DE VILLE – Montréal – Mars 2022

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