De chat en ruisseau

chercher d’entre les jours
des bouts du temps qui passe

chercher d’entre les nuits aussi

mais chacun me dit-on
y cherche encore son chat

mais tu cours après quoi, dit-elle

à gauche, à droite
entre tous les draps et puis l’autre
des petits cris et des plus gras

c’est à y perdre le sens de l’eau –
me dirait le ruisseau

Photo : PAS D’CHAT SOUS L’VIADUC * Novembre 2021 – Montréal

Mécanique humaine


Ne pas douter, refuser de nuancer, cela repose l’esprit, cela met le coeur en vacances,
et cela conduit aux pires tragédies.
(Serge Bouchard, L’allume-cigarette de la Chrysler noire)


je ne sais pas où exactement
mais j’y pense souvent

c’est là que tendent les oiseaux
et les âmes tendres

ailleurs, ça vire toujours au drame

Photo : BLEUS ET NOVEMBRE * Montréal 2021


L’homme est si apte à l’hommerie
qu’on peut se demander comment il se fait
qu’on soit encore là.


L’enchantement et le cri


Lenteur, sang et silence.
Et l’envoûtement tiendra.
J’y serai jusqu’au bout.
Dans un demi-vol.
Après, il y aura mon cri.
Celui de l’aube et du ruisseau.
Juste un cri.
Rien d’autre.

Un poème inspiré par le travail d’Irène Tétaz.
Et l’image a été capturée dans une vidéo qu’elle vient de créer.

De ça et du temps

Pour J.

je te lis
et si j’ai oublié les mots
je n’ai pas perdu l’âme

ici le ciel se tend
sans rien retenir

et les feuilles s’abandonnent

avoir des morceaux de ça
pour y tendre nos vies

de ça et du temps

Photo : DE BRUINE ET DE VILLE * Novembre 2021 – Montréal

Danser près des failles

Pour S.

c’est du revers d’une aube
claire comme ce bleu d’hier caché entre les eaux

la pluie était légère et la musique belle

plus tard j’irai puiser dans les mots de la nuit
on y sera ensemble mille fois plutôt qu’une

et nos âmes emportées sur des rives de failles
tout près de ce qui boit à l’eau de nos silences

anéanties mais vives – d’amour mais rompues
quand d’avance tu danses pour ne pas te casser

et les fleurs qui tiennent – celles du bougainvillier
un miracle de plus

Photo : L’HOMME À LA PIPE * Novembre 2021 – Montréal

Mémoire perdue

c’est tant de sens qui se languit
tremblant devant l’abîme

rêver sans peau de peine
de cet avant à bras ouverts

des mois à taire mon silence
ne me demande pas

ces murs teintés de pénitence
ces portes verrouillées

et les bateaux, les rats qui dansent

non plus les jours qui s’habituent
au vide négocié

Photo : GLISSEMENT * Novembre 2021 – Petite Nation

Les songes d’eau

t’as bien dû t’en apercevoir
je ne sais pas ce que je sais

ni l’ombre des jours de novembre
ni ses abimes au fond de moi

tu en parleras aux enfants·

le pas plus lent, la mine d’oiseau
quand le sommeil désenchante
qu’on est dedans, pris de travers·

le monstre peut gémir tant qu’il veut
le vent ne nous oubliera pas
ni les cambrures de l’automne

et demain on prendra la route
le reste est toujours indicible
encore je traduis un ciel gris
qui ne fait pas l’avenir·

on se débrouille quasiment
tant toi là-bas que moi ici

et là ces roses en plein novembre

elles qui ne retiennent rien
ni le beau ni les songes d’eau

Photo : INATTENDUES – Mi-novembre 2021 – Montréal

Valse d’automne

Il y a du vin plus souvent sur la table.
Et le bouquet d’hier qui se fane déjà.

L’ermitage nous glissera sans doute entre les doigts.
Et l’autre que j’aimais est bel et bien perdu.

Heureusement que je joue avec les vents du coeur.
Un jour c’est mieux ici. Un jour c’est ailleurs.

Je peux bien vivre là, sous le ciel et les arbres.
D’autant qu’où que je sois, l’automne aura sa valse.

Photo : CITY HEARTS * Novembre 2021 – Montréal

D’un certain silence

ça bouge à peine
et encore
c’est tout le sang d’automne
qui pénètre mes veines

j’y reste
déçue

est-ce qu’on se fait jamais
à ces enfouissements

et toutes ces ambitions que je ne comprends pas

quand même d’errer dans ma ville
errer pour errer

Photo : LIANT DE PAPIER * Novembre 2021 – Montréal

Un monde ou un miracle

J’ai d’abord vu ma mère. Après, loin dans la brume, quatre grands peupliers. Avec une rivière en cascades tout près d’une maison où dormait une enfant dans les bras d’une femme.

Et là cette pluie de feuilles dans la lumière folle. Un monde ou un miracle, ce serait pareil. J’y revois même ce jour où le vent s’est levé d’un coup. Je ramassais du bois de grève et toi tu coupais l’arbre, mort depuis bien des années.

C’est encore mes yeux et ma peau, et la vie qui respire. Mais dis-moi, quand même, est-ce que la beauté nous disloque, moi et mon corps d’orgueil?

Photo : SUR UN MORCEAU DE JOUR * Novembre 2021 – Montréal

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