j’y vois la rive du fleuve et la troupe d’acteurs qui y venait l’été – dans le temps où septembre n’arrivait pas trop vite on n’y pensait même pas, ni aux fenêtres sales ni au cheval lointain
pour mon écharpe oubliée là tu peux la donner à Manon, elle la trouve belle
et pour la suite je vais laisser venir
Photo : NOIR DE CHAMP ET DE VENT * Petite Nation – Juillet 2022
te rappelles-tu ce qu’on s’est dit sur le bruit des moteurs, j’ai oublié
et pour le jaune aussi s’il y en aurait plus au mois d’août –
au fond quelle importance de quoi on s’est parlé, c’était avant tout la rivière et d’être là avec vous deux, moi qui connais peu de bonheurs plus grands que nos beaux arrimages, pas grand-chose de plus doux que d’y marcher les ponts entre nos grands escarpements –
et puis toutes ces perles d’eau qui déboulaient de vos épaules comme des morceaux de soir sur vos deux corps de magiciennes –
il se peut même que j’aie pensé par chance qu’il y a le grand fleuve pour y calmer l’eau d’une rivière avant qu’elle n’arrive à la mer, celle d’hier plus agitée que toutes les rivières que j’ai vues, comme les âmes des derniers temps, et la tienne et la mienne aussi –
t’allumes la machine à café et tu fuis, avec ou sans rivière
l’heure a trouvé son os, un vieux de ces jours-là – de ta peau hématome à force de débouler l’escalier de ciment
et ta mère qui disait que chaque maladresse cachait une absence de soi – le rosier du jardin qu’il faudra mettre ailleurs on y croyait si peu qu’on l’a planté à l’ombre – mais qu’est-ce qu’on a pensé?
toi tu courais pour fuir la marmaille tu volais des ailleurs au fond des garde-robes des forêts au plus près de la grâce
et là l’eau froide qui te prend sans retenue qui t’aime de toute son âme d’eau
C’est vrai pour le silence, je lui dis. Et le grognement du monde comme d’un chien assommé. Vrai pour le spleen aussi – le temps d’un pied fourbu qui se lève au matin et la part qui pénètre la chair. T’as raison pour la vague qui me reste du bassin de rivière. Et le bleu d’une saison sauvage. Mais il flotte sur juin la prière de ma ville, la senteur des roses.
PHOTO : LA PLUIE ET L’ARBRE – Deschambault – Juin 2022
Des livres sur la table, deux qui seront restés fermés et deux que tu auras ouverts au fil de la journée pour sentir le parfum des mots / De cette vie, à souvent chercher quelque chose d’une peau échappée qui t’aurait laissée là sans existence que celle de ta chair intérieure / De ce souvenir d’une nuit, noire d’entre les noires, et de tes forces mises à croire que tout se passerait bien, qu’elle s’en sortirait, que son corps saurait faire / De ces lambeaux de peau que t’as pas vus tomber.
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PHOTO : UNE HISTOIRE DE JOURS – Montréal – Juin 2022
il y a de ces lieux comme Grand-Remous et Cascades-Malignes, de ces endroits aux noms venus du corps des âmes vives – d’un temps d’avant ce vent qui lisse et aplatit les jours jusqu’à y rabrouer le chant des rivières qui s’emportent
respire, me souffle-t-elle et puis oublie un peu
la pluie y sera belle tout le long de la route
et quelque part tu y auras vu le grand fleuve et la rose
PHOTO : LE TRUCK ET LA PLUIE – Sur la 40 – Juin 2022
Un parfum d’envers, ça te dit quelque chose? C’est là, on sait pas trop pourquoi. Ça arrive, sans qu’on ait vu venir. On pensait savoir, mais on savait rien.
j’ai lu ailleurs loin de toi, loin de nous des mots indéchiffrables
j’aurais pu essayer mais ils étaient si beaux sans tête que j’ai préféré pas
tu comprendras, je sais combien le loin peut parfois nous sembler plus près que le près
et que de toute manière avec le temps qui passe, surtout s’il s’agit de rivières et de quelques belles eaux claires, on se laisse emporter
PHOTO : DE LA PLUIE SUR MA RUE – Montréal * Juin 2022