Argile

bien sûr, les images ratées
ces choses qu’on tait à moitié

les mots parfois comme de l’argile
qu’on pétrit sans trop de ferveur
tant ils nous semblent sourds au lyrisme des jours
aveugles aux ardeurs de l’automne

 


Photo – HIER SUR MA RUE * Montréal 2019

Navets d’entourloupe

Il faut pas croire dès que l’on dit
que l’on y dit vrai ou vraiment.
On joue de carottes enjouées,
de navets d’entourloupe.

Amanchez tout comme il vous sied,
dans le sens qui fait votre affaire.
Mais laissez-la prendre son pied
et brasser sa soupe.


Photo – AUTOMNANCE * Montréal – 21 octobre 2019

À visage ouvert

Le ciel escorte.
Et ce piano encore.
Comme des gouttes d’âme.

On l’a vue rire sur le trottoir.
Malgré la noirceur évidente.

On l’a vue qui piochait dans l’ombre.
La déchéance et les frissons.
Les là-bas et les solitudes.

Et toutes les parois qui éclatent.
Jusqu’à laisser entrer le vent.

À visage ouvert, elle a ri.
Le temps pesant lâchait la bride.
Le coeur y rembarquait l’errance.
Et la brume sentait bon.

 


Photo – SUBLIME D’OCTOBRE * Campus McGill, Montréal – 21 octobre 2019

Éditation

Dehors les branches de l’érable / dans les grands bras de l’espace / et la lumière qui martèle / jusque dans l’ombre / que tout est là / les rumeurs sont fausses / qui disent qu’on doit forcer / l’été et l’hiver passent / et reviennent / les penchants de l’azur / et les couleurs de l’eau / chaque jour pour se souvenir / les trottoirs / et la marche vive / m’éditer / dans l’automne et ailleurs.

Photo – ENTREDEUX * 21 octobre 2019, Montréal

Affleurement

La chaleur est partie, qui m’écrase et que j’aime.
Mais la lumière m’aide à pardonner au temps.

Je creuse un peu les souvenirs.
La lisière du corps et de ma démesure.
La pensée de toi nulle part et les fausses couleurs de ma plainte.
Là où je titube au matin.
Comme un hiver qui ne trouve plus à fondre.
Un grand bois éperdu au pied d’une tendresse.

Le lac et son aube me manquent.
J’y connais l’amour chaque fois, le clair bruit de l’âme.
Mais mon poing reste bas.
Et quand les frissons viennent, la poésie m’abrille.
On ne meurt pas de ça. Peut-être qu’on en vit.
Le doux d’un vent n’arrache rien.
Et si mon reflet brûle, c’est toujours malgré moi.

Par chance, la nuit s’occupe.
Pour que d’entre les lèvres, la clameur s’échappe.
Le temps délabré se console.
Je fus l’amante et je le reste.
Tous les délices, toutes les promesses.
On s’abîme surtout soi-même.
Et le ciel amer ne l’est pas.

Mon envoûtement persiste.
Le reste n’est qu’un visage.
Pareil aux saisons.

 


Photo – EN FORÊT TENDRE * Dans la Petite Nation ∼ Octobre 2019

L’indéfectible

Certaines âmes nous savent.
Et nous réparent du reste.

Tout contre vous, je me repose.
Une ronde douce, des heures qui bercent.

Et ce matin, les feuilles de l’érable devant.
Celles qui dansent surtout, au plus près du ciel et du vent.
Dans l’effarante lumière de l’automne.


Photo – LE BLEU TURQUOISE DE NATHALIE * Hier, dans la Petite Nation

Susurrement et cri

Vas-y mon âme, émule.
Fais comme l’endroit des jours
et l’envers des matins,
le susurrement des arbres
et le cri des rivières.

(À J.)

Je viens de lire ta lettre
et tes états de vague.

Tu dis qu’il y a tout
dans ce qui vient et part.

 


Photo – RUELLE D’AUTOMNE * 7 Octobre 2019, Montréal

Valse frisquette

Samedi matin.

Et les feuilles.
Plus d’orangé qu’hier.
Et ce piano.
Qui joue dans sa tête et son cœur.

Le café est bon.
Et ses pieds un peu froids.
Elle se lèvera mettre des bas.
Mais tout à l’heure.

Pour là, elle valse sur l’automne.
Sur une suite d’accords.
Plaqués doucement.


Photo – SOUFFLE D’ÉCRU ET CRAQUELURES * Octobre 2019, Montréal

En toute utilité

Petit supplice matinal. Frisson banal.
Ciel et feuilles en contraste.
Le temps y danse.

Elle qui pourtant
choisit toujours
le doux du sentiment utile
à la rudesse du regret
se bat contre ses orteils froids.

Elle se lève de sa chaise,
traverse le corridor
et enfile des bas.

 


Photo – FISSION * 30 septembre 2019, Montréal

Matin velours

Et ces livres qui traînent, un peu comme ma vie, rien de grave. Puisque rien près de moi ne l’est jamais vraiment. Des échos qui se croisent comme autant d’urgences de vivre. Et nos failles, je sais. Tous ces vides où se glisser pour entendre le bruit. Le bruit du monde et des jours.

Et la soie. La soie de la fleur et de toi. Jusqu’à sa rouille.

Tout ce fol inventé. Comme ce soleil, dehors. Ce plein de bleu et d’orangés. J’y serai tout à l’heure. Vivante, encore, d’être faite de doute.

 


Photo – LA FILLE AU MANTEAU DE VELOURS * Le 28 septembre 2019, Montréal

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