Un cri quelque part

ne sachant pas de voix
ou laquelle écouter
je tends l’oreille au ciel
et à l’été qui passe

et là, tout de suite
à l’asphalte noirci par la pluie
et aux feuilles devant
presque parfaitement immobiles

encore ce grincement de la douche
qu’on a continué d’endurer

son double cri matinal
parce qu’il faut bien, semble-t-il
un cri quelque part

l’air est lourd comme je l’aime
et va savoir pourquoi je l’aime
un bonheur chaque été teinté
de mélancolie
sachant que rien ne dure

 


Photo : VILLE – Début août, Montréal 2019

A Sunday Morning Paradox

m’essuie à moitié et m’habille, fais mon café à toute vitesse
les mots se bousculent dans ma tête et je cours les écrire…

dans la douche – je pensais
aux gestes banals oubliés

je me souviens
des gens
des endroits où j’étais
des batailles
à se vivre

mais la matière des jours
les gestes de l’instant
le présent ordinaire

où avais-je
la tête ?

Photo : BEAU SOIR – 2 août, Montréal 2019

Toujours d’errance

ne me dites pas que tout est fini
alors que tout commence toujours
mes pas de chaque moment sur l’asphalte
mon regard sur les autres
jamais tout à fait le même
comme le ciel
et l’air, l’air plus dense ces jours-ci
mais c’est comme ça que je l’aime

 


Photo : OÙ L’OMBRE DU CLOCHER DONNE L’IMPRESSION QU’IL EST CROCHE – Fin juillet, Montréal 2019

Ad Infinitum

tandis qu’on se trouve et se perd
le ciel reste là
et les arbres autant qu’ils le peuvent

rien n’est plus lourd que la vie
et par quelque parfait revers
ni plus léger non plus

ô ma belle errance

troquer ad infinitum
l’avoir et le comprendre
contre y voir et sentir
la beauté, le parfum

à l’envers du vide prescrit

 



Photo : LA CADENCE DU REGARD – Juillet  2019, Montréal

Le stable

L’infime lieu où rien ne bouge.

Avec en lui le monde.
Ses arbres et son bitume.
Son ciel et ses désirs.

Photo : VÉNUSTÉ * 25 juillet 2019, Montréal

Mouvement de lune

rompus de noirceur
les nuages s’espacent
pour un coup de ciel clair

à chaque mouvement
la poussée

y sortir de soi

un même monde
le tien, le mien

dans sa beauté
comme dans sa laideur

c’est la lune, me dit-elle
et encore la lune

on voulait des marées

 


Photo : MARIE-CLARA * 23 Juillet 2019, Montréal

Dans un certain vertige

la mouvance, je sais
comme celle du vent
et du lac
qui bouge avec lui

tous ces jours poussés par la vague
et juillet qui s’en va
dans un certain vertige

ma belle errance fuit un peu
son souffle dissous

j’entends qu’il faut marcher quand même
et que mes pas me savent
qu’il n’y a que bien peu à comprendre
mais tout à vivre infiniment

nos solitudes sont fidèles
d’entre nos coeurs qui se ressemblent

 


Photo : LE MOUVEMENT DES JOURS * Sur le mont Royal – Juillet 2019, Montréal

D’un matin d’été

y a qu’à voir ce que le noir apporte, me disait-elle
et la couleur éclate

les plantes ont reçu dans la nuit
ce qu’il leur fallait de pluie
la terre est gorgée d’eau
le ciel s’est éclairci

et nos tendres façades, et ce coeur
qui de mille manières se cache des autres coeurs
si pareils pourtant

Photo : ONZE SOEURS ET LEURS PARENTS – Env. 1933 * Montréal
(ma mère est la petite qui tient les mains d’une plus grande)

Sur ma ville

pas de vent ou à peine

par la fenêtre
j’entends l’oiseau, je vois les feuilles
impartiaux et fidèles

le jour est de plomb sur ma ville

Photo : ABENDLICHT – Sur la 40 * Juin 2019

Le corridor

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre

Photo : UN MOUVEMENT DU DÉSIR – Juillet 2019

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