Le ballet séant

alors on changera l’histoire
celle des papillons de nuit
difficile de dire sans dire
c’est ce que je voulais faire
du bout de l’âme
sans faire de bruit

d’entre toutes les heures
le matin des oiseaux

immenses les villes
et vos bidules
permettez-moi l’envers
et les becs sans médailles
asseyons-nous devant
mon abstrait et le vôtre
nos atomes vivants
et le ballet séant

et pourtant d’attendre l’instant
c’est fou comme le temps est là

le vent qui traque fort
les craques de nos baraques
et le grand quiproquo
des amours du dehors

et devant moi le ciel
qui s’attache mes yeux ou pas
mais sans lui rien qui ne nous croit
ni même le grand ciel d’aimer

 


Photo – OBSERVATEUR * Avril 2020 – Montréal

Même les rats rient

la journée est sauve
tu dis
c’est le café et l’eau
et nos restes d’esprit *

tous les chevaux de larmes
cent fois, mille fois
et de rires aussi

si le ciel était gris
d’un coup là, sans mes yeux
il a viré au bleu

je sais pas dans vos lits
mais ce matin j’ai lu
que même les rats rient

 


Photo – Rue St-Laurent * Le 14 avril 2020 – Montréal

* Merci, Gilles. Et sourire.

L’objet du rêve

et l’horizon dans
un grand coup de vent

où il en va d’argile et
de mers déchaînées,
de forêts millénaires et
de lacs gelés, je meurs
d’autant que je possède

le rêve ne s’éteint pas qui
ne demande qu’à être

 


Photo – SOUS DES SIAUX DE PLUIE * Le 13 avril 2020 – Montréal

Tellement vaste, le temps

Touche-moi, dit-elle à l’aube.
Même juste me frôler
comme un souffle de verre.
Coulé par le grand ciel
envers et malgré nous.

S’accrocher, tu me dis.
Bien sûr au tendre jour.
À l’érable qui berce
le lieu de nos amours.

Pareil pour la vague,
celle-là même qui se brise
juste avant d’être au sable.
Bien sûr la tendre rive,
et la mer qui rend tout.

Si vrai que dans mon corps
se dilate mon âme, sinon que
dans mon âme se dilate mon corps,
ma peau y sait le drame.
Et qu’à défaut de vite,
on ira lentement.

Le temps est tellement vaste
qu’il tient de quoi se perdre
et de quoi se trouver.

 


Photo – LE MATIN EN MONTÉE * De la cuisine, 7h06 – 12 avril 2020

Fourmis d’avril

C’est vrai, le large. Les mots que je laisse partir sans me soucier du cap. Parce que cette envie de bondir. Parce que la rue. Parce que mon corps et mon verbe qui partent à l’assaut. Parce que sinon, les fourmis et le sur-place, sans espoir de ciel.

M’énerver contre trop d’absurde? Aussi bien plonger dans une mare déjà pleine. À l’étroit, sans air pour respirer, sans eau pour divaguer. D’autant qu’à travers les vagues, des poissons me frôlent les jambes, de grands oiseaux me font la cour, et des enfants joueurs m’ouvrent tout grand le monde.

Photo – LA CLAIRE-TROTTOIR  – Montréal *  Fin mars 2020

La pluie d’y voir

Et le soleil s’étend sur les nuages blancs. Ma ville se repose et le vieil impatient me toise comme avant. Les murs font son bonheur.

Encore là, c’est la vie à la place de rien. Un jour, une peine, et l’autre, une joie. C’est pareil pour la nuit. L’envie reste famine et le bonheur s’attrape. Ne manque que la pluie d’y voir. Le tic tac intelligent. Le nuage poussé par le vent.

Et c’est là que je pense à l’amour. À celui qu’on intente. À celui qu’on invente à force d’inventer. Et à l’abîme qui, tranquille, se fond à l’or des jours. Au futile d’y forer tellement le temps s’en charge.

On y passe et on meurt. Le plus grand rival du jour est sans doute le jour lui-même. En attendant, le printemps n’envie pas l’automne. Et dans la cour, l’érable se réveille. Hier entre les branches, le cardinal chantait.

 


Photo – LA FILLE AU MONDE DANS LES YEUX  – Montréal *  8 Avril 2020

Les petits silences

je suis rentrée les mains gelés
parce que le vent reste froid

la fille avait les yeux ailleurs
tout son corps me parlait du monde

dans quelques mois ce vent
ensablera les roses
sur nos nuits et nos heures
et nos éclats de peine

le lourd et la beauté
s’emmêleront quand même

il y a le grand du jour
et les autres d’avant
tous ces petits silences
dont on a l’habitude

 


Photo – LA TRACK – Montréal *  8 Avril 2020

À bras désouverts

danse, ma soeur, danse
sur le plancher qui tremble
pleure un coup
si les larmes
même à bras désouverts
nos coeurs se tendent encore

Photo – LE VENT QUI VA – Montréal *  4 Avril 2020

Calquer la beauté

Un autre jour, d’autres contrastes.
Même la pluie sait ce qu’elle fait.

Encore la vieille histoire de verbes.
Avoir vouloir posséder être.

Vivre pour calquer la beauté
au lieu de calquer le vide.

Photo – ÉTATS DE MARS – Montréal *  Fin mars 2020

Et je pense à Cécile

Avec le temps
ne reste surtout que le désir
(elle me l’a dit et je la crois)
pour le tendre parfum des jours.

Des feuilles sèches sur le trottoir.
Réchappées de l’automne.

Le matin joue de son errance.
Le rêve repart sur lui-même.
Et tout du long, l’émoi qui reste.

Ça sent les tendresses furieuses
perdues depuis un bout.
Le vent aimé.
Suspendu à l’instant nu.

Photo – PIEDS ET LIGNES ET VITRE EMPOUSSIÉRÉE – Montréal *  Fin mars 2020

No more posts.