Quand je dis toi, je dis moi

quand je dis toi, je dis moi
sinon je suis sans existence
le coeur sans la terre
le ciel sans la mer
on n’imagine pas le monde
sans tempête

un désert gris sans rien
d’autre que lui-même

et si je tremble encore
c’est parce que je ne sais
rien faire
mieux qu’aimer

le reste est ma blessure
mon lot de circonstances
pour en être
le temps d’une vie

Photo : L’ILE AU BOUT DE MA LENTILLE * 5 avril 2018 * Lac des Deux Montagnes, vu de l’autoroute 40

Notes et nimbus

pour A.

je laisse aller les choses
c’était long, qu’il me dit
il faut nos âmes coulantes
pour que la peine passe

celle que j’aime s’est perdue
il y a bien des années déjà
entre notre lit et l’oubli
nos grands jardins se sont défaits
comme un tissu qui ne tient plus
elle a oublié les accords
même ceux-là qu’on jouait ensemble
au fond, dit-il
c’est la musique qui décide

mais là tu vois, je n’ai plus peur
le temps a passé tant de fois
que je ne lui résiste plus
ça n’a jamais servi à rien
la lumière passe à travers tout
du plus petit à l’immense

et puis je m’éteindrai, dit-il
comme ce nimbus qui se meurt
la vie se repeindra d’elle-même
dans son grand ciel mystère
parce qu’on n’est jamais que soi
pareils aux notes et aux nuages
et de moi comme d’elle
il ne reste déjà
que l’écho
et un long filet blanc

Photo : RUELLE DE FIN D’HIVER * 6 avril 2018 * Rosemont – Petite Patrie

Détours et murmures

c’est ma rivière
avec ses creux et ses silences
ses remous et ses pierres au fond
je m’y suis faite avec le temps
jusqu’à aimer sa démesure
ma rivière encore et seulement
ses longs détours et ses murmures
mais dieu que j’ai hâte au printemps

Photo : RESTANT DE NEIGE * 5 avril 2018 * De l’autoroute 40

Le premier élan de l’étreinte

l’étreinte, hier
dans son premier élan

je romps sans le vouloir
comme le ciel se couche

étreins-moi dans ma chair
que le vent glisse dans la faille
et verse
jusqu’au creux de ma terre
abreuve-moi
que se coule le tendre

et puis j’ai digressé
le doute m’a emmenée ailleurs
qu’importe à tort ou à raison

j’ai changé la photo
et parlé du printemps
en me disant
qu’au fond je lui ressemble

Photo : Métro Beaubien, sous terre * 31 mars 2018

L’étreinte

le printemps
comme l’étreinte qui traverse la chair
et qui verse
au plus creux de nos terres
là où l’on s’abreuve
pour que monte le tendre

Photo : Métro Beaubien, mur extérieur * 31 mars 2018

Jamais vu

un regard, un geste
presque rien
et ce désir qu’elle conçoit

les saisons errent sans y penser
et le temps joue sa danse
pareil au vent

de tout ce qu’elle ne veut pas perdre
il y a ce jour
qu’on n’avait encore jamais vu


Photo : LÀ – Fin mars 2018

Jamais mieux qu’à vivre

avec mon âme même sur le seuil
qui verse en direction du jour
tout devient tellement plus facile

les saisons, le ciel
la terre, le vent
aussi fidèles que changeants
sans la vaine résistance

la vie ne me sert jamais mieux
qu’à vivre

Photo : SUR LA PLAZA – Fin mars 2018

Je sais l’instable

je sais l’instable
les jours qui passent sans qu’on y sache

et je sais toi
ton beau regard ailleurs
porté sur l’immuable

saoulée de vent et de désir
je t’entends rire
et je te vois
qui te joues d’elle et la déjoues

jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien
rien à faire résonner
que le jour et l’espace


Photo : LUMIÈRE TENDRE – Fin mars 2018

La forme

L’esprit interprète la forme.
Candide, il voit le beau. Morose, il voit le laid.
Et les jours où il est joyeux, c’est qu’il aperçoit le sublime.

Photo : COIN DE RUE – Montréal * Mars 2018

Vers la fin d’un hiver

juste une histoire
un film tendre
sans cris ni blessures
où les rues sont tranquilles
et les enfants se bercent

et où bien sûr
le coeur l’emporte

on s’y demandera peut-être
où l’on sera
quand la musique s’arrêtera

mais on voudra surtout savoir
que tout peut naître de rien
que le rêve à lui seul suffit
si un amour l’abrite

je ne sais vraiment que ce que j’aime
comme la chaleur des corps qui parlent

y aura quand même les cicatrices
embellies par des poussières d’ange
on dansera dans les failles
et dans les canyons

et on y reviendra
demain et après
pour la musique et pour le reste


Photo : LE COEUR DES ÉLÉPHANTS (diptyque) – Montréal * Mars 2018

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