L’espoir des bateaux

Surtout n’oublie pas la délicatesse. On s’en sortira. Nos amours sont des anges troubadours. On s’en sortira. Pour voir derrière le mur, suffira de s’ébattre, de revenir en arrière peut-être, et de tourner sur nous-mêmes. Parce que l’histoire se répète, pour nous et les autres. Les désespoirs nous emportent comme des bateaux sur l’océan. Et puis ils nous ramènent pour la fin. Et la suite. On se réinvente, et puis ça y est. Les enfants nous font rire à nouveau. Nos cœurs battent, et ça suffit.

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LE PENCHANT – Hier, sur l’avenue De Lorimier

Entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je me sens comme une histoire 
à peine commencée
c’est peut-être ce qu’on se dit
sans trop jamais rien se dire

y a moi qui aime le silence
et y a toi qui le sais
moi qui vis mieux dedans
sur les mots qui s’envolent pour mieux trouver le cœur
sur les sourires aussi
comme des berceaux de chenilles
y a rien qu’à s’y cacher l’instant d’un matin doux
le monde est cachotier et c’est très bien comme ça
je n’ai besoin de temps que pour être avec toi
avec un peu de chance il ne pleuvra pas trop
et on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je trouve encore une histoire
où je peux me cacher le temps d’un matin doux
et si le monde est cachotier
on n’y peut rien et c’est pas grave
fais-moi ce que tu sais
en silence surtout
pour que les mots nous trouvent
comme ça peut-être
on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

Photo : DÉPANNE – Il y a deux jours, rue Beaubien

D’âme et d’errance

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plus tard j’irai marcher
dans l’air qui se réchauffe

et au milieu de tout
j’entendrai mon âme
me parler de nous

ma précieuse
ma constance nécessaire
ma rivière de bohème

au printemps comme ailleurs
dans la soif de mes jours
je bois à la rumeur du monde

Photo : LES INSTANTS DE PASSAGE – Hier, sur l’avenue du Mont-Royal

L’espoir nu et vivant

Ça sent tellement le printemps. Malgré la petite neige qu’ils annoncent encore, y a pas de doute, on y est. Tout le dit. La lumière du soleil, le sourire des gens. Et mon corps, oui mon corps. Il s’allège mon corps. Il se détend mon corps. Il s’ouvre au renouveau. Bref, il bourgeonne, ça se sent.

C’est beau dehors. Malgré toute la saleté qui se découvre sous la neige qui fond. Les manteaux sont ouverts, les épaules et les têtes sont plus hautes. On se protège moins. Ah, printemps. Te voilà.

Et moi, j’espère. Chaque année, quand le printemps arrive, je me mets à espérer plus fort. Rien en particulier. J’espère, c’est tout.

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LA DÉTENTE – Hier après-midi, rue Sherbrooke

P’tit matin doux

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puissions-nous tous avoir
la douceur au matin
pour que nos yeux qui s’ouvrent
voient ce qu’il y a à voir
et la neige et le ciel
et la beauté du monde.

Photo : DE L’AUTRE BORD DE LA RUELLE – Ce matin

Un amour par chance

et la lumière qui change
et la douceur du temps
tout ça
comme un amour de passage
un amour par chance
auquel je n’échapperai pas

Photo : BEAU PARADOXE – Dans mon quartier, hier après-midi

Les mots dans l’instant du monde

La rue est à moitié neige, à moitié pluie. Les choses passent, chacune à leur manière. Le ciel est blanc, les arbres nus, et mon cœur penche vers la saison qui vient. Comme vers un amant trop longtemps parti.

Et les mots qui s’y mettent et m’échappent eux aussi. C’est normal, que je me dis. Ils aiment pas qu’on les mette en laisse les mots. Pas ceux qui me font rêver.

Je les aime sauvages, les mots. J’aime penser qu’ils ne se laissent pas caresser par n’importe qui. Qu’il faut les apprivoiser. Qu’ils sont furtifs et suspicieux. J’aime les savoir libres et bohèmes, les mots. Capables d’autant d’amour que d’humeur, d’autant de vent que de mer.

Je cours un peu ces jours-ci. Après eux comme après moi, sans doute. C’est la fin de l’hiver. Et puis Gaby, qui en arrache. Et d’autres gens que j’aime.

Mais quelle que soit la raison de leur fuite, que ce soit moi ou l’instant du monde, je continue de les aimer. Et de les vouloir libres et sauvages.

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ENTRE NEIGE ET PLUIE – 27 mars 2017, Montréal

Simone et la matière humaine

C’était hier, au bistro du coin. Simone m’écoutait attentivement. Quand j’ai eu fini de lui exposer ce qui me tracassait, elle a pris une gorgée de café et m’a servi son sourire à mille piastres. « On tire pas sur les fleurs, ma chérie. La matière, qu’elle soit humaine ou pas, prend le chemin et le temps qu’elle prend. Et là, tu m’excuseras, mais je dois partir. »

Elle s’est levée, m’a embrassée et s’est rendue au comptoir pour payer. En repassant à côté de moi, elle s’est penchée à mon oreille : « J’ai longtemps soupesé le monde. Pis un jour, j’étais sûrement rendue là, j’ai arrêté de le faire. »

Je l’ai regardée s’éloigner. Simone boite depuis quelques semaines. « Une simple articulation qui s’emballe », qu’elle m’a dit. Mais elle n’en sourit pas moins. Si ça se trouve, c’est le contraire.

Crée Simone. Le moins que je puisse dire, c’est que tu m’inspires.

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ANGÈLE AU SOLEIL – Mars 2017, Montréal

La caresse

J’ai marché jusqu’à mon poissonnier, l’âme remplie de neige. Je suis arrivée là les cheveux couverts de blanc. Avec des traces de mascara sous les yeux.

J’en avais fini avec lui, j’avais plus rien à lui donner, du moins c’est ce que je pensais. Mais hier, il m’a sorti le grand jeu. Un baiser magistral, pour pas que je l’oublie. J’étais bien dans ses bras, mieux que depuis des mois. Il a tout fait comme il faut. Une lourdeur moite et résolue, dans un souffle grisant. 

Et ce matin encore, sa neige s’accrochait aux branches.

Photo : LILAS D’HIVER – Ce matin même, derrière chez moi

L’entrebleu

bleu bleu
tu viens, tu fuis
l’instant déballe tout
et l’hiver, lui
continue sa danse
la neige tombe tombe
et c’est heureux qu’elle soit blanche

les flocons sont pesants
gorgés
et le vent, je sais
se réchauffera

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LE GESTE – Mars 2017

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