L’annonce de l’orage

mon amour pour la terre
la mer et les rivières
comme mon amour du vent
me prêtent mille fois raison

près de la fenêtre
la brise me parle de l’orage
et du bel arbre aussi
ses longues branches qui retombent
et ses feuilles qui se replient
tout doucement et simplement
tandis qu’il vit tout ce qu’il est
dessous le ciel qui change

j’ai moins l’cœur à cueillir que je l’ai à semer
le temps m’ayant donné tant de belles choses à voir

UN SOUFFLE ENTRE LES FEUILLES - Mont-Royal, juillet 2015

UN SOUFFLE ENTRE LES FEUILLES – Mont-Royal, juillet 2015

La rondeur du temps

comme un grand cercle dans l’instant
un endroit où me vivre
sans rien perdre de l’écho des heures

vain de vouloir m’accrocher
et vain de les vouloir parfaits
aussi bien les faire fuir

les mots les gens les jours

j’ai moins l’cœur à changer que je l’ai à me vivre
le temps m’étant précieux comme l’eau des rivières

MARCHEUR DE JUILLET - Montréal

MARCHEUR DE JUILLET – Montréal

UNE CHAMBRE POUR LA NUIT

La nuit tombait. En marchant vers sa voiture, il tira son cellulaire de sa poche et l’éteignit sans même y jeter un œil. Un coup de nausée l’obligea à s’appuyer contre la portière avant de l’ouvrir. Il allait remonter sur l’autoroute quand il comprit qu’il lui fallait filer une vraie nuit de sommeil. Il resta sur la route secondaire et s’arrêta au premier motel. Sous le néon clignotant, un écriteau en bois présentait une inscription manuelle garnie de fioritures mais élégante quand même. Les mille et une nuits. Il attrapa son sac de voyage et se dirigea vers l’accueil.

La pièce était minuscule et une forte odeur de renfermé imprégnait l’air. Un homme d’une trentaine d’années sortit sans se presser de derrière un rideau et lui tendit une fiche et un crayon en silence. Il la compléta rapidement et présenta sa carte de crédit. L’homme la saisit et lui fit signe de le suivre.

En longeant la cour, il distingua une ancienne chapelle à moitié démolie attenante au bâtiment principal. Plus loin, sous les rayons d’un petit lampadaire, il eut le temps d’apercevoir un potager qui regorgeait de grosses tomates prêtes à être cueillies. L’odeur suave qui lui monta au nez le réconcilia avec l’aspect un peu sinistre de l’endroit. Si vous avez envie d’une tomate, faut pas vous gêner, il y en a pour les fins et les fous, lui dit l’homme tout en lui indiquant la porte à ouvrir. Et sans attendre de réponse, l’homme rebroussa chemin. Frappé par le calme et la lenteur de sa démarche, il se dit alors que ce qu’il avait pris pour de l’ennui ou de l’aigreur n’était peut-être finalement que le reflet d’une vie vécue sans se soucier des codes d’usage. Quand l’homme eut tourné le coin, il ouvrit la porte. Une lampe était déjà allumée à côté du lit. Il fut rassuré par le propret de la chambre. Il déposa son sac, se déshabilla complètement et se glissa dans les couvertures. Il étira le bras pour éteindre la lampe. Il se sentait étrangement en paix, plus qu’il ne l’avait été depuis très longtemps.

LE MOTEL

LE MOTEL

Le goût des choses

All good things are wild and free.
(H. D. Thoreau)

l’envol
et les petites ombres échappées en chemin
après le mauvais pied
un château qu’on rapièce
à coup de ritournelles
et de bois de mésange
et toi qui ris encore
de moi qui perds le nord
ah la belle histoire
la liberté goûte bon petit poucet
la tendresse et le temps aussi

LE CHANT DES HEURES - Viaduc DeLorimier, juillet 2015

LE CHANT DES HEURES – Viaduc DeLorimier, juillet 2015

L’ESPACE D’UN DÉSIR

Elle venait d’enfiler son tablier et se déplaçait lentement derrière le comptoir.

Du fond de la salle, il la suivit des yeux tandis qu’elle alla vers ses premiers clients, adressant à chacun un sourire plaqué. Il prit son verre et alla s’asseoir au bar. Elle tourna vers lui un regard indifférent, et le même sourire. Il avait espéré autre chose.

Une fillette poussa la porte et fit son chemin jusque derrière le comptoir. Il la regarda mettre ses petits bras autour des cuisses de la femme et coller une joue contre son ventre. La femme posa une main tendre sur la nuque de l’enfant et se pencha pour lui glisser quelques mots à l’oreille. La petite leva la tête, forma un « je t’aime » avec ses lèvres, desserra son étreinte, et partit.

La femme se tourna vers la grande fenêtre et regarda l’enfant s’éloigner. Puis elle se mit à dépoussiérer la tablette sur laquelle s’enlignaient les alcools. Pour chaque bouteille qu’elle soulevait, elle passait un petit coup de linge. Elle continua ainsi pendant de longues minutes, sans se retourner.

Quand l’envie de la prendre dans ses bras lui devint insupportable, l’homme cala son verre, mit de l’argent sur le comptoir, et quitta le bistro.

LE BISTRO

LE BISTRO

Entre couleurs et continents

frôler le vide
doucement
sans s’en faire
des pieds qui se délient au matin
un arbre penché sous la pluie
deux et tant d’autres à être
pour quelque chose à voir
quelque chose à se vivre
semer s’aimer
il fait si bon
se bercer ainsi sous le ciel

J'Y AI VU TOUTE LA TENDRESSE DU MONDE Quelque part sur deux jours, en mars 2006

J’Y AI VU TOUTE LA TENDRESSE DU MONDE
Quelque part sur deux jours, en mars 2006

Le temps s’en mêlera

un vendredi bleu
sur un ciel de fin de mois
le temps se jette contre les jours
le long de sa longue mémoire

l’homme monte l’escalier
il traine avec ses sacs trop lourds
le temps passe plus vite qu’on le pense
c’est qu’elle ne lui répondra pas
il déverrouille et ouvre

le vent est encore frais
et nous on a le temps
pour un moment encore
y a tant de choses qu’on suppose

CROSSROADS - Montréal, juin 2015

CROSSROADS – Montréal, juin 2015

À l’entrée du jour

assise là
je sens à peine le vent
froid malgré l’été

et la douche qui crie
faudrait réparer
mais on se fait à tout

je suis privilégiée
et ordinaire
je me souviens du passé
ou plutôt de l’enfance
comme d’un temps sans histoires
sans réel drame
si ce n’est peut-être
celui de l’ignorance
et même là
je n’en

LA FEMME LION (Esthel) - Parc Molson, 20 juin 2015

LA FEMME LION (Esthel) – Parc Molson, 20 juin 2015

Perles et flamenco

la tête sur l’oreiller
et ce soleil qui monte sur le mur d’en face
on y est vraiment
que pour si peu de choses
et moi qui rêve de mots
qui vaguent
et qui valsent
sur les remous du coeur
et de perles qui glissent
le long du fil de l’eau
et qu’on soit toujours là
où dansent nos silences
un regard à la fois
jusqu’à la fin des temps

COMME SON ÂME QUI DANSE - Montréal, juin 2015

COMME SON ÂME QUI DANSE – Montréal, juin 2015

Et pas ailleurs, petit bonheur

l’oreille au coeur
et le coeur à l’oreille
le gouttant de la pluie
et les mots les plus simples
me disent tout ce qu’il y a à dire
en regardant le soir qui vient
sans douleur et sans habitude
rien que ce qui est là
le feu des rouges dans la cour
les verts qui font chanter le vent
et nos amours qui veulent être éternels
j’ai l’oreille au coeur
et la brise vermeille
et le bonheur tout court
que tu sois près de moi

PARLER DU TEMPS QU'IL FAIT OU D'AUTRES BELLES CHOSES Au pied de la montagne, juin 2015

PARLER DU TEMPS QU’IL FAIT OU D’AUTRES BELLES CHOSES
Au pied de la montagne, juin 2015

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