C’est tout un art que d’enlacer
sans se perdre un peu
Je me perds
me retrouve
et me reperds
dans toutes mes étreintes
Je suis tombée amoureuse d’un arbre cette semaine.
Il avait tout d’un prince charmant.
Il m’a emmenée sur son cheval
au moment où je dessinais dans ma tête
la nostalgie d’enfants qui jouent auprès de vieux qui chantent.
Je pensais à ce chemin pris il y a longtemps déjà
qui menait là où on se trouve.
D’un bord nos vieux, de l’autre nos petits.
L’évolution industrielle.
Et la tribu à la poubelle.
En galopant, on a parlé des belles choses.
Et j’ai senti le vent qui portait le temps doux.
Vas-y, que j’lui ai dit, le plancher est à toi.
Et elle s’est lancée, comme une âme sur l’infini.
je fais le rêve d’un grand plancher
où tu pourras danser et virevolter
sans t’accrocher les pieds
un plancher vide
des conditionnements qui aveuglent
et des autres pressions sournoises
qui volent autant du quotidien
tellement bien déguisées qu’elles sont
en choix et libertés
un grand plancher débarrassé
de ce qui fait qu’on perd du temps
à s’enfarger dans le futile
pendant que passe l’important
Je me verrais.
Vivre dehors, la plupart du temps.
Dans une certaine vastitude.
Avec le simple nécessaire.
Mais je vis dans un pays de froid.
Dans cet autre, il n’y aurait pas de murs.
Seulement un toit peut-être.
Et même la pluie, j’aime quand elle tombe sur moi.
Alors, un petit toit.
Juste assez grand pour un répit.
En attendant, je vis ici.
Dans un pays d’hiver qui dure.
Où l’on s’abrite éperdument.
Heureusement que l’été
vient y faire quelques beaux détours.
Ce matin encore, je pense à l’écriture.
À toutes ces lignes que je ne laisse jamais partir
parce qu’elles ne résonnent pas comme je le voudrais,
parce qu’elles sont boiteuses, trop imparfaites encore.
Et à toutes ces autres que je laisse partir trop vite
quand mon perfectionnisme m’agace trop.
Et je pense à ma vieille tante aussi.
Qui est maintenant là où elle mourra sans doute.
Et qui réagit plus fort que jamais, qui peine à s’adapter.
Un choc qui me propulse à mon tour dans une sorte de deuil.
Une peine qui vient de partout et de nulle part à la fois.
Je traîne de l’âme depuis deux semaines.
Et ce matin, j’ai vu un peu mieux pourquoi.
J’ai pleuré dans la douche en pensant à elle.
Parce que je la sais qui pleure.
Et quand j’ai levé le store,
j’ai vu le printemps qui s’avance enfin.
Les rues sont sèches,
et les pousses vertes dans les carrés du trottoir
sont plus hautes et plus nombreuses qu’hier.
La vie est faite d’espoir, que j’me dis.
Aujourd’hui la pluie.
Après le vent chaud d’hier.
La journée avait commencé pour moi
dans cet autre vent de mes lundis matin.
Cette semaine, c’en était un de vieillesse et d’accablement,
de douleur et de frustration plus grandes que d’habitude.
De gratitude aussi, car elle y est toujours celle-là.
D’une fois à l’autre, Gaby est gentil.
Peut-être devine-t-il que je supporterais mal le contraire.
Jamais il ne se met en colère contre moi.
Contre la vie parfois, c’est certain.
Celle qui lui sape ses moyens.
Il a pleuré hier. Rare.
Il est fatigué. Il me l’a dit.
Après ma visite chez lui,
j’ai goûté à ce vent chaud,
mon premier de l’année sur la montagne.
Celui qui me grise infiniment.
Rien de moins.
La perfection.
Pour Marie-C.
La neige sale finira de fondre.
Les rues et les ruelles seront nettoyées
de tout l’enfoui de l’hiver.
On s’en sortira, tu sais.
La laideur que tu as vue
disparaitra
et laissera la place
au vert tendre des feuilles
aux fenêtres entrouvertes
aux voix qu’on entend des maisons
aux petits carrés de fleurs bien soignés
aux attroupements sur les coins de rue
au vent chaud qui enivre
et à ces tonnes de coeurs battants
qui se jetteront sur le temps doux
sachant qu’encore et comme toujours
il partira trop vite.
Et si dans ta ville souffle un bon vent de mer,
ici dans la mienne, malgré la poussière,
crois-moi, Marie, on s’en sortira. 

LA PLUIE BIEN VENUE (triptyque) – Le 8 avril 2014 sur Montréal