Dépouillement de saison

Je suis éblouie chaque fois
par la force-nature qui bat
au coeur de ma ville.
Ce doit être un secret pour plusieurs,
car par rapport à la masse urbaine
toujours si peu de gens y sont, il me semble.
C’est tant mieux pour moi.
Mais pour la conscience à long terme,
c’est peut-être pas très payant.

carolinedufourdeuxmarcheursLI3-3LE BEAU SECRET – Montréal, janvier 2014

Un lundi sur la terre

La neige a tellement fondu ces derniers jours.
Il ne reste d’elle que des amoncellements souillés
et de longs trottoirs glissants.

Je me répète sans doute, mais j’aime les traces que laisse le temps qui passe.
Peut-être de la même manière que j’ai un penchant pour les vieux,
pour cette histoire qu’ils portent en eux.

Ce mur, rendu plus beau encore par cette jeune femme venue attendre l’autobus.
Le vivant, qui insuffle l’âme. La raison d’être de ces ouvrages.
Ici, sur cette planète belle et solide qu’on bardasse trop.
Et plus près, dans cette ville où continue de régner la paix.
J’y pense de plus en plus souvent. C’est comme ça.

carolinedufourviaddelstj5Croisée de viaducs, Rosemont (Montréal, janvier 2014)

Le conditionnel présent

Le temps qu’on a perdu
Le fun qu’on aurait eu
À le laisser passer simplement
(Michel Rivard)

Je me suis dit que ça valait d’être dit
et que je n’aurais pas fait mieux
si j’avais voulu parler,
mais seulement si,
des choses et des sentiments
qui ne servent pas à grand-chose
si ce n’est peut-être qu’à nous rappeler
leur inutilité
et ce qu’on perd peut-être
à trop les regarder.

carolinedufourflanc-cv7cAU PIED DE LA MONTAGNE, DU CÔTÉ DE L’AVENUE DU PARC – Décembre 2013

Jour de janvier

Les rues brillent ce matin.
La pluie tombe et creuse des rigoles dans la neige qui restait.
Et tandis que je la regarde, je m’demande si je dois faire fondre
le petit bout de glace bleue qui s’est accroché à mon coeur.

Bien sûr que la beauté peut naître
de l’effort et la volonté.
Mais elle émerge si souvent
dans les rencontres improvisées.
Un lieu, des gens, un moment.
C’est plutôt là que je la trouve.
Le hasard est doué.

carolinedufourautobusrog2CROISEMENTS D’ÂMES PAR UNE VITRE D’AUTOBUS – Montréal, janvier 2014

Un mystère élastique

J’arrive d’une belle et longue marche.
Le temps s’est adouci, le froid n’est plus brutal.
Ça fait ma joie, évidemment.
Et d’avoir ce corps aussi, qui avance à volonté.

On existe.
On s’arrange.
Du mieux qu’on peut.
Dans ce monde, pour mystérieux qu’il soit.
Si on me demande, je dirais à souhait.
Déjà, que tout soit en mouvement.
Le coeur, le temps, le vivant.
Que rien ne reste pareil, jamais.
Et que tout puisse changer.
Entre autres et surtout peut-être,
le regard que je pose.
D’où le pourquoi j’en fais, c’est vrai,
ma plus belle astuce, ma douce gymnastique.

carolinedufourfant3cLES FANTÔMES DU MILE END – Décembre 2013

Pour le temps qui passera

Il est de la nature de l’évidence qu’elle passe inaperçue. Jean Paulhan.

La douceur des heures.
Le désir de poursuivre sa route.
L’amitié.
Les boulets laissés derrière.
Les reproches tus.
Du temps à prendre.
Et le souvenir de sa chance.

carolinedufourruerachel7Rue Rachel – Décembre 2013

Frimas de décembre

Ton sommet givré : un paysage rare.
Mais c’est toi, toujours, dans ta même grandeur.
Toi, montagne de mon coeur.
Qui m’as beaucoup donné, et sauvée aussi de quelques mauvais jours
à m’enfoncer trop loin dans mes pétrins imaginaires.

Vendredi, beaucoup d’âmes ont foulé ton grand serpentin.
À pied, en skis, en raquettes. Et quelques accros en vélo.
Inspirées par la neige, les vacances, le soleil.

Quant à la mienne, d’âme,
elle a trouvé ce qu’elle voulait.
Et la descente de ton flanc
à la lumière du jour tombant
lui a été divinement douce.

carolinedufoursommetglaceCcarolinedufoursentierDE FRIMAS ET DE NEIGE (diptyque) – Montréal, le 27 décembre 2013

Barbiers et gentillesses

Il me présente aux autres en disant que je suis sa fille.
Est-ce parce que dans son monde,
on ne fait pas la nuance entre fille et nièce?
Quoi qu’il en soit, ça fait une mèche que je ne démens plus.

On venait d’arriver.
On attendait que le barbier ait fini la tête de l’autre monsieur.
Depuis que son rasoir électrique a rendu l’âme, on y va de temps à autre.
C’est moins de trouble que le rasage quotidien.
Et ça ajoute à la courte liste de ses contacts humains.
Son barbier est vraiment fin avec lui.
Il le fait rire. Le taquine tant qu’il peut.
Avec toujours beaucoup de gentillesse.
Et pour le réveillon, ça s’imposait bien sûr.
Je m’étais assurée déjà que le salon serait ouvert le 24.
Pour qu’il arrive sur son trente-six dans la famille.

J’le trouve beau.
Certains se diront que je divague, extravague, radote, m’égare.
Ou que je ne vois pas clair.
Reste que c’est vrai, je le trouve beau.
Sans doute parce que je l’aime.
Et que je vois la même chose dans ses yeux.
Sans autres questions jamais.

carolinedufourgaby3 sigChez le barbier, quelques heures avant le réveillon – Montréal 2013

Fanfreluche dans la neige

La lumière y était.
Le temps, l’air aussi.
Et cette silhouette dans la distance.
Mon oeil de renard s’est approché.
L’hiver, le soir, marcher sous les lumières de la ville.
Quand la neige est neuve.
Y a quelque chose qui me rassure.
Comme une caresse de fin de jour,
une belle histoire de mon enfance.

carolinedufourfanfrel2cadcoCONTE D’HIVER – Soir de décembre 2013, Montréal

Quelque part une âme

La neige s’en est mêlée.
Pour rendre l’effet de contraste encore plus vibrant.
C’est le mariage extrême des lumières et des ombres
qui rend ces lieux de traverse si attirants.

Je serais restée là longtemps,
l’oeil perché discrètement,
jusqu’à ce que quelqu’un m’offre à son insu
un profil humain pour faire vivre l’image.
Ç’aurait pu être un chien aussi. Ou un chat.
Mais je n’ai pas eu besoin d’attendre.
Comme un acteur qui connait bien son rôle,
un homme s’est avancé vers la noirceur.

J’aurais voulu que je n’aurais pas su.
Faire mieux que le moment, j’veux dire.

carolinedufourNvidel2Sous le viaduc de Lorimier (Montréal) – 17 décembre 2013

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