En revenant d’un moment aux côtés de ma tante
dans un froid moins prenant
qui laissait plus de place pour une méditation tranquille,
j’ai pensé à l’oubli.
Au sien d’abord, celui qu’elle subit.
Elle qui perd sans cesse jusqu’au souvenir qu’elle ne voit plus.
Puis j’ai pensé à l’autre, celui qu’on fait de soi.
Si dénigré de nos jours. Si peu populaire.
Pourtant, il a parfois drôlement le tour
de me rapprocher de son contraire.
Mais je suppose qu’ici encore
tout est dans la manière.
Pendant ce temps, ma vieille tante, elle,
en belle vieille renarde qu’elle est,
est toujours aussi drôle.
Barbe Bleue dans la neige
Pour faire honneur à la neige tombante
on s’était donné rendez-vous
le long de la voie ferrée
elle sur ses skis
moi sur mes semelles
arrivant de points opposés
on allait inévitablement se rencontrer
j’ai pris cette photo à la hauteur de Fabre
quelques secondes avant
de la voir venir de très loin
elle qui
est un port choisi de ma vie
un coeur d’ancrage joyeux
au calme de notre amitié
j’ai bien des fois repris mon souffle
et mon erre d’aller
et parce que ce soir elle s’envole
le temps de quelques mois
pour fouler de son pas
îles et continents
des terres grecques et turques
j’ai eu envie d’écrire d’elle
et de lui dire aussi
Anne, ma soeur Anne
mille fois bon voyage
et
pendant qu’au loin ton âme danse
je penserai à ton retour
avec une belle impatience
DES TRACES DANS LA NEIGE – Le long de la voie ferrée, Montréal – 18 février 2014
Mes amours et mes semelles
Ce qu’il doit procurer
ce qu’on doit éprouver
souvent l’amour
m’est raconté
comme un festin gourmand
mais moi je l’aime
plus frugal
variante sur le même t’aime
où je marche avec l’autre
à plein coeur
souveraine
dans mes bottines
le plus paisiblement du monde
sans rien attendre qui ne soit là
déjà
juste quelques pas dans le temps
ici, ailleurs, chemins battants.
Ma rivière, mon coeur
Et ma rivière sort de son lit
emportée encore par sa fougue
mouillant les rives qui la longent
les tendres terres qui la côtoient
et ma rivière comme la vie
sauvage
et noire comme la nuit
dansante comme un matin de neige
et ma rivière quitte son lit
et moi je la regarde faire
et je ris
tant il m’est de plus en plus clair
que même les jours où elle rugit
elle est chantante ma rivière.
BELLE PARSEMENCE – Parc Maisonneuve, 5 février 2014 (Montréal)
Moments
De source et de terre
Vieille et rebelle
Elle résiste.
Comme une feuille qui s’accroche en hiver.
Je la vois qui s’acharne, se fâche, s’énerve.
Parce qu’elle ne comprend pas ce qui se passe.
Le sait un instant, et puis oublie.
Entre autres, qu’elle ne voit plus.
Puis il y a tous ces moments où elle chante. Et où elle rit de bon coeur.
Et je me dis que ça a quelque chose à voir avec sa légendaire désobéissance.








