Y a-t-il vraiment plus amoral que ces personnes dites morales, ces entités dites sociales – les anglais disent corporations, ça fait déjà un peu moins mal.
Dans la fracture béante, le silence est assourdissant. C’est une prise d’otages après l’autre. Une espèce en perte de mots à force de se taire.
Sans doute n’ai-je de réel pouvoir que celui de mon amitié. Et d’un peu de tendresse.
PHOTO : ET PARTOUT LA BEAUTÉ DES ARBRES – Montréal * Avril 2022
Le matin, tôt. Ta voix et je savais. Depuis l’arrière, ça s’entendait. Dis-moi aussi, le rose dans le ciel d’hier, c’était toi? Je t’ai entendue en cascade, et je t’ai vue, du moins je pense.
Qui sait où va le temps. Et l’innocence. Quoi qu’il en soit, ça endure ici-bas. Le monde craque à peine sous le poids du lucide. Les bas-fonds s’entrecroisent. Au sein même des absences. Dans les éclats de pluie et de rouge écarlate, partout comme ailleurs.
Oui, je sais. Tout ce qui danse quand même, parce qu’il faut bien danser. Même quand le jour hallucine. Qu’il ressemble à un deuil. À un dégrisement. À un pays lointain, plus près des océans. Des miroirs profonds où vont boire nos âmes.
Bientôt les feuilles viendront. Et ce vert tendre qui verse un baume court.
Mon âme se bute aux mêmes imbroglios de vent ou de fleuve trop absent. C’est partout la bourse ou la mort.
Là, ton piano qui me repose. Me ramène à ce jeu qu’on jouait sans y penser. Où le corps, du regard, visait le ciel entier sans chercher à savoir d’où le son arrivait.
Je sais qu’il fait chaud quelque part. Mais ici, même si j’éclate de rire, le froid persiste et dure.
Et sous nos pas, derrière les silences, l’emmêlement aveugle d’un temps.
PHOTO : PENDANT CE TEMPS, LA LUMIÈRE – Montréal * Avril 2022