À la p’tite heure

et l’aube qui revient
dans un ciel sans regret

la lumière comme de l’eau
sur l’escalier de vignes

les oiseaux au soleil
dessus le toit de tôle

à la p’tite heure qu’il est
ce qu’encore j’aurai vu

que je n’sais rien de rien
ni de l’amour non plus

Photo : HERBAGES * Hier – Montréal

Le mutisme d’un temps

tu n’avais jamais vu d’écueil
à ce que je m’empare du matin
des fleurs qui roussissent
et des pluies qui avalent
et là d’y sentir sans le dire
un fanage du monde
d’y toucher les parois
plus opaques des jours
comment parler du beau
sans y parler du lourd

·


Photo : BELLE D’HIER * Montréal

Crépuscule

levée pour de l’eau dans la chaleur humide
j’ai attrapé à la fenêtre le suave des roses

ces nuits que d’autres trouvent lourdes
déjà enfant je m’arrangeais bien avec –
l’intensité peut-être, ce poids du corps
qui me sort de ma tête

quatre heures vingt-cinq
un nuage rose dans la clarté montante

il y a deux jours, je t’ai fait une tresse
que tu as trouvée belle

quelque part un oiseau

Photo : DE NOS ENTRELACEMENTS – Juin 2021 * Montréal

Sans qu’on demande

entre la fièvre et rien
m’asseoir
le matin vient sans qu’on demande

et j’avance
un pas
deux pas, et tu reviens

ne me reste
qu’à ne rien vouloir
d’autre

Photo : PERSONNE – Printemps 2021 * Montréal

Ma rivière tranquille

c’est l’absence, diras-tu
l’absence d’elle tendre
ton ventre qui lui ressemble
d’où toucher l’ombre et le silence

˜

Le matin est derrière. Des heures, déjà, que mon désir et ma rigueur se bousculent au bout de mes doigts. Et voilà que remontent les mêmes voix sous le ciel, chargées, trop près dans mon été. Le jour y fait au mieux, mais mon corps se bute, mon enfance peut-être. Je n’entends que ce bruit qui fait fuir les oiseaux. J’en perds ma rivière tranquille.

Et c’est là, souvent, que je pars marcher. Marcher pour élargir le monde. Pour aborder le soir dans un air diffus. Où ma ville m’enveloppe de flou et de voix inconnues.

·


Photo : BOUT DE RUELLE – Hier à 16:00 * Montréal

Venu l’été

des roses partout
sur mon chemin de ville
leurs parfums comme des mots tendres

et la voisine d’en face
qui lit chaque jour sur son balcon
toutes ces années sans un sourire

et là ton téléphone
ça sonne et tu ne réponds pas
tu roules à vélo je suppose

peut-être qu’une rose
la dériderait

Photo : NOS LIEUX – Juin 2021 * Montréal

Au fond la terre

c’est bon
j’accepterai

je ramasserai des bouts de bois

au fond la terre ne reprend rien
qu’on ne puisse trouver

c’est toujours ça
et de mourir un peu

et jamais l’arbre
ni la rivière belle

·


Photo : LA PROFONDEUR DES ROSES – Juin 2021 * Montréal

Le bleu des heures

le vent des pales
sur tes épaules moites
et les préludes qui glissent
dans la nuit qui s’effeuille

d’y aborder le seuil
le bleu des heures qui savent
ce temps où ton errance
cherche une ombre légère

une aube qui s’avance
sous un ciel moins lourd

Photo : ET D’HIER – Juin 2021 * Montréal

Un vent de juin

Mille pianos désaccordés, des partitions mal éclairées, des airs qui sonnent faux, des notes tiraillées entre silence et blâme – dans cette oeuvre qu’on signe, la dissonance reste mordante. Et là sur mon dimanche malgré les bruits à rendre sourd s’élèvent la musique des feuilles et l’infinie beauté. Et malgré la bêtise à faire grincer le coeur, un vent qui souffle fort et magnifie le ciel.

Photo : SPLENDEUR * Juin 2021 – Montréal

L’aria et l’oiseau

Elle s’était perdue, coincée dans le décor.
Puis elle s’est vue glisser sur un bouton d’aurore.

Avec le temps qui va,
je joue à retenir les notes qui résonnent.
Dans le soleil levant, mes mains qui s’abandonnent.
Tellement que plus rien, même le bruit de l’asphalte,
ne me rappelle hier.

Comme l’orage est aussi un revers de l’absence,
je m’y déprends le coeur sans m’y prendre la tête.

Le crépuscule est blanc et déborde de roses.
Et pareil au printemps qui répand son parfum,
c’est l’aria et l’oiseau, sans complexe merci.

Photo : CHEMIN CLAIR – Printemps 2021 * Montréal

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