La fenêtre est là. Pour qui aime la fuite. Regardes-y depuis l’esquisse. Dans tous les désirs hasardés, les secrets bien gardés. Aujourd’hui comme demain, ça restera insoutenable. Tu as perdu l’eau et le lac, il faudra trouver autre chose. Et tu trouveras autre chose.
·
Hier après-midi. Assise sur le banc du piano, j’en jouais du bout des doigts pendant qu’il préparait la chose. J’avais trouvé la gamme, je suivais la musique. Deux gars debout à côté de moi attendaient leur café. Une jeune femme qui venait d’entrer parcourait le menu. D’en arrière du comptoir, il a chanté mon nom. J’avais payé déjà. On s’est dit bonne journée. Je suis repartie au soleil, avec mon butin chaud.
À mesure des années, j’observe l’enchantement. Et je le vois qui glisse in and out of me. Faire face et faire l’amour. Aussi loin que possible des lits préfabriqués. C’est de ça surtout que je rêve. Errer au ras les vagues. Sans trop jamais couler.
Je peux faire sur noir. Des lettres blanches. Après, je verrai. Une chose est déjà certaine, ce n’est pas mon premier mensonge. Ni à moi ni aux autres.
Le temps qu’on met. À voir l’orgueil et la blessure.
J’observe les feuilles des érables, le vent dans les cimes. J’ai la distance nécessaire pour voir les membres, le corps tout entier. Et le fébrile qui vient avec.
En attendant tu bouges, et j’en perds le rire dans l’image. Arrête un peu que je t’admire. Il n’y a jamais eu de promesse, ni là ni avant. C’était toujours à prendre. Ou à laisser.
C’est vrai que c’est à fond et que sinon c’est pas. Comme c’est d’être tendre dans un monde à bascule et pourtant de glisser dans mille trous d’enfance. J’ai beau dire le contraire, j’aurais pu autrement. Ça prend si peu d’espace de prendre moins d’espace, d’ôter mes grosses bottines à moi. Mais les failles s’en mêlent et mes intérieurs blêmes. Je reste bête et encoffrée.
En attendant, gardes-y l’aube, elle sait si bien être à nous deux. Et dis-moi nos désirs, les tiens, les miens, là détournés. Et que dans la noirceur quand même, la beauté s’insinue.
Photo : LES ARMES BASSES * Aujourd’hui – Montréal 2021
Ne pas douter, refuser de nuancer, cela repose l’esprit, cela met le coeur en vacances,
et cela conduit aux pires tragédies. (Serge Bouchard, L’allume-cigarette de la Chrysler noire)
je ne sais pas où exactement mais j’y pense souvent
c’est là que tendent les oiseaux et les âmes tendres
ailleurs, ça vire toujours au drame
Photo : BLEUS ET NOVEMBRE * Montréal 2021
L’homme est si apte à l’hommerie qu’on peut se demander comment il se fait qu’on soit encore là.
Lenteur, sang et silence. Et l’envoûtement tiendra. J’y serai jusqu’au bout. Dans un demi-vol. Après, il y aura mon cri. Celui de l’aube et du ruisseau. Juste un cri. Rien d’autre.
Un poème inspiré par le travail d’Irène Tétaz. Et l’image a été capturée dans une vidéo qu’elle vient de créer.